
1271FO – As Fonteia – Manius Fonteius
Avers : Anépigraphe
Tête laurée de Janus, au-dessus marque de valeur I.
Revers : (MN). FO(NT). ROMA (Manius Fonteius. Rome)
Proue de navire tournée à gauche; au-dessus, les bonnets des Dioscures.
INDICE DE RARETE : 10+
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 85 avant J.C.
Matière : Alliage cuivreux
Gens : Fonteia
Référence : RRC 353/3 – B.14 (Fonteia) – Syd.725
Le monétaire responsable de l’émission de ce denier est Manius Fonteius C.f. (Manius Fonteius, fils de Gaius). Il a frappé cette monnaie à Rome vers 85 av. J.-C.
La Gens Fonteia
Statut: La gens Fonteia était une famille plébéienne (roturière) de la République romaine.
Origine: Elle était originaire de Tusculum, une ville du Latium. L’orateur Cicéron mentionne que c’était l’une des familles les plus distinguées de ce municipe.
Ancêtre mythique: Les Fonteii revendiquaient une ascendance mythologique, affirmant descendre de Fontus, le fils du dieu Janus.
💡 Signification
La présence des Pilei des Dioscures sur le revers de cet As est l’élément clé qui relie la monnaie de bronze à l’émission en argent (le denier RRC 353/1).
Cohérence Thématique: Comme pour le denier, la mention des Dioscures sert à rappeler l’origine de la gens Fonteia à Tusculum, où leur culte était particulièrement important. Le monétaire s’assure ainsi que le message familial et l’allégation d’ascendance sont véhiculés sur toutes les dénominations frappées.
Janus: La tête de Janus est un motif classique des As, mais sa présence pourrait également renforcer l’allusion familiale puisque la gens Fonteia prétendait descendre de Fontus, le fils de Janus.
Cet As est donc un excellent exemple de la manière dont les monétaires de la République romaine intégraient des symboles familiaux dans le cadre des types monétaires traditionnels.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Il faut éviter de confondre le monétaire dont il s’agit ici avec le précédent qui porte le même nom. Celui dont nous allons décrire les espèces est appelé fils de Caius, et ce Caius est probablement le monétaire de ce nom dont il a été parlé plus haut. Cicéron nous apprend que, dans sa jeunesse, Man. Fonteius remplit la charge de triumvir; il désigne probablement par-là les fonctions de triumvir monetalis qu’il dut exercer vers 666 (88 av. J.-C.) après la promulgation de la loi Papiria, comme le prouve la mention Ex argento publico qu’on lit sur plusieurs de ses médailles1. Plus tard, vers 669 (85 av. J.-C.) il fut questeur; Mommsen croit qu’il fit battre monnaie pendant sa questure, mais rien n’autorise cette conjecture. Légat de Sylla dans l’Espagne citérieure et plus tard en Macédoine, nous le voyons enfin, entre 678 et 680 (76-74 av. J.-C.), préteur de la Gaule Narbonnaise. Ses exactions soulevèrent la province, et quelques années plus tard, vers 685 (69 av. J.-C.), le chef des Allobroges, Induciomarus vint l’accuser à Rome devant le Sénat. C’est dans cette circonstance que Cicéron prit sa défense et prononça le discours pro Fonteio. On ignore si Man. Fonteius fut acquitté; dans tous les cas, il cessa, à partir de ce moment, de jouer un rôle politique.
Les monnaies de Man. Fonteius C. f., qui ont quelque rapport de fabrique avec celles de L. Julius Bursio, présentent des particularités fort intéressantes. Signalons d’abord, dans le champ du revers, les bonnets des Dioscures rappelant le culte de ces divinités à Tusculum, la patrie originaire des Fonteii. La tête qui figure au droit de toutes les pièces d’argent a les traits d’Apollon; d’autre part, le foudre qui est placé au-dessous est un attribut de Jupiter. Il s’agit donc d’une divinité qui réunit les attributs de Jupiter et d’Apollon : c’est Apollon Vejovis ou Vediovis, qui avait à Rome, entre l’Arx et le Capitole, un sanctuaire fameux. On voyait dans ce temple l’image de ce dieu avec une poignée de traits à la main, telle que nous la présentent les deniers de L. Caesius et de C. Licinius Macer. Ce dieu était représenté sous les traits d’un jeune homme; le témoignage d’Ovide confirme celui des médailles :
Juppiter est juvenis, juveniles aspice vultus,
Aspice deinde manum, fulmina nulla tenet,
Fulmina post ausos coelum adfectare Gigantas
Sumpta Jovi; primo tempore inermis erat.
Si l ‘on voit au contraire le foudre sur les monnaies, c’est apparemment qu’il est fait allusion au combat de Jupiter contre les Géants. Le revers des deniers de Man. Fonteius se rapporte encore au culte d’Apollon Vejovis, car il y avait, dans le temple de cette divinité, une chèvre portant un enfant ailé qui représente le génie du dieu. La signification de ce symbole, reproduit sur nos pièces, doit être rattachée évidemment à l’enfance de Jupiter, nourri par la chèvre Amalthée dans un antre du mont Ida ou du mont Dicté en Crète. Aux nones de Mars on célébrait la fête annuelle d’Apollon Vejovis, et on lui sacrifiait une chèvre, rilu humano, dit Aulu-Gelle, pour exprimer que ce sacrifice était purement symbolique’. Ajoutons enfin que sur des monnaies d ‘Antonin le Pieux et de Gallien où l’on voit une chèvre avec l’inscription Jovi crescenti, il faut reconnaître la même allusion que sur nos deniers, à l’enfance d’Apollon Vejovis, et aux particularités de son culte.