
1649CA – Denier Cassius – Marcus Servilius
INDICE DE RARETE : 10+
1
10+
ATELIER : Sardes?
Datation : 43 – 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Cassia et Servilia
Références : RRC 505/3 – B.19 (Cassia) – Syd.1313
Ce denier est l’un des témoignages numismatiques les plus fascinants de la fin de la République romaine. Frappé entre 43 et 42 av. J.-C., il ne s’agit pas seulement d’une monnaie d’échange, mais d’un puissant outil de propagande militaire et politique utilisé par Caius Cassius Longinus, l’un des chefs des « Libérateurs » (les assassins de Jules César).
1. Contexte Historique : La Campagne d’Orient
Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius s’enfuient en Orient pour lever une armée capable d’affronter les héritiers de César (Octave et Marc Antoine).
La soumission de Rhodes : En 42 av. J.-C., Cassius doit sécuriser ses arrières et financer ses légions. Il s’attaque à l’île de Rhodes, qui refusait de lui fournir de l’aide. Après une victoire navale décisive au large de Myndus (près de l’île de Cos), il capture Rhodes et la pille systématiquement.
Le butin de guerre : Ce denier a été frappé par un atelier monétaire mobile suivant les armées républicaines. L’argent utilisé provenait probablement en grande partie du trésor saisi à Rhodes.
2. Analyse du Symbolisme du Revers
Le revers est une composition complexe d’emblèmes géographiques et politiques :
Le Crabe : Il s’agit de l’emblème de l’île de Cos. Sa présence fait référence à la bataille navale de Myndus, située à proximité de Cos, où la flotte rhodienne fut défaite.
L’Aplustre (tenu par le crabe) : C’est un ornement sculpté qui se trouvait à la poupe des navires antiques. Il symbolise ici la victoire navale et la maîtrise des mers par Cassius.
La Rose : Symbole héraldique indissociable de Rhodes (le nom de l’île dérive du grec rhodon, la rose). Elle marque la chute de la cité face aux forces de Cassius.
Le Diadème dénoué : C’est l’élément le plus politique. Un diadème noué était le symbole de la royauté hellénistique. Représenté dénoué ou brisé, il symbolise la défaite de la tyrannie et la restauration de la liberté républicaine, justifiant ainsi le meurtre de César, accusé de vouloir devenir roi.
3. L’Avers : Le Message Politique
L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté) avec la légende C·CASSEI·IMP.
Libertas : Elle incarne l’idéal pour lequel les conjurés prétendaient se battre. C’est l’opposé direct de l’image de Jules César, qui fut le premier vivant à apposer son propre portrait sur les monnaies romaines, un acte perçu comme un signe de despotisme.
Le titre d’IMP (Imperator) : Ce titre n’est pas utilisé ici au sens moderne d’empereur, mais comme une distinction militaire accordée par les soldats à leur général après une grande victoire.
Le magistrat monétaire mentionné sur cette monnaie est Marcus Servilius, un personnage clé de l’état-major des « Libérateurs » (Brutus et Cassius). Contrairement aux magistrats monétaires habituels de Rome (triumviri monetales), son rôle est ici celui d’un officier de haut rang doté de pouvoirs financiers en période de guerre.
Voici les informations essentielles sur ce personnage :
1. Son Identité et son Titre
Nom complet : Marcus Servilius. Il appartient à la gens Servilia, l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres de Rome.
Titre : LEG (Legatus). Il ne frappe pas monnaie en tant que magistrat civil, mais en tant que Légat. Cela signifie qu’il était un adjoint direct de Cassius (et parfois de Brutus), agissant avec l’autorité déléguée de son général.
Famille : Il descend probablement de Marcus Servilius Pulex Geminus (consul en 202 av. J.-C.), un héros de la deuxième guerre punique célèbre pour ses 23 cicatrices de duels victorieux. Cette lignée explique l’importance de Marcus Servilius au sein du camp républicain : il représente la vieille aristocratie romaine opposée à la dictature.
2. Son Rôle sous Cassius et Brutus
Pendant les guerres civiles de 43-42 av. J.-C., Servilius occupe une position de confiance absolue :
Commandement militaire : Il a activement participé aux campagnes en Orient. Selon les sources historiques, il a été personnellement impliqué dans les opérations militaires en Lycie (au sud de l’actuelle Turquie) pour soumettre les cités locales et lever des fonds.
Responsabilité financière : Sa signature sur l’aureus indique qu’il était responsable de la transformation du butin de guerre (or et argent pillés à Rhodes et en Lycie) en numéraire pour payer les soldats avant la bataille de Philippes.
En résumé : Marcus Servilius n’est pas un simple fabricant de monnaie, mais un aristocrate soldat qui met son nom et son prestige au service de la « Liberté » contre les héritiers de César. Son nom sur ces pièces est une garantie de la valeur du métal et de la légitimité de la cause.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Cassius Longinus. Imperaior en 712 (42 av. J.-C.)
Il s agit du meurtrier de César ; son histoire est bien connue et nous n’en résumerons ici que les traits généraux. On le mentionne pour la première fois en 701 (53 av. J.-C.) : il remplissait alors les fonctions de questeur dans l armée de Crassus, lors de sa funeste expédition contre les Parthes. En 7o5 (49 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et se déclara pour Pompée; après Pharsale, il se réconcilia avec César qui en fit un de ses lieutenants, et, en l’an. 710 (44 av. J.-C.), nommé prætor peregrinus, il devait partir l’année suivante pour la Syrie. Ce fut alors qu’il forma avec M. Brutus et d’autres conjurés le projet d’attenter à la vie du dictateur.
Après le meurtre de César, Cassius partit pour la Syrie où il eut à lutter contre les Parthes et contre les partisans de César.Après une victoire sur Caecilius Bassus et les Rhodiens en 712, il fut proclamé imperator à Sardes par ses troupes. On sait que l’armée de Brutus et de Cassius fut définitivement écrasée en Macédoine, dans les plaines de Philippes, en 712 (42 av. J.-C.), par les troupes des triumvirs Marc Antoine, Octave et Lépide ; Cassius désespéré se donna la mort.
Les monnaies sur lesquelles C. Cassius reçoit le titre d’imperator, ont été frappées en Orient par ses lieutenants M. Aquinus, P. Cornelius Lentulus Spinther, et M. Servilius. La tête de la Liberté rappelle que les Cassii s’étaient voués à la défense des revendications des plébéiens; le trépied qui fait peut-être allusion à la dignité de quindecimvir sacris faciundis, dont Cassius était investi rappelle -, en même temps les monnaies de Delphes, de Cyzique et de beaucoup d’ autres villes grecques; l’acrostolium, symbole de l’empire sur la mer, se voit notamment sur les médailles d’Aradus, de Berytus, de l île de Corcyre; le crabe parait sur les monnaies de Cos, et il figure ici, comme l’a montré Borghesi, parce que la victoire de Cassius sur les Rhodiens fut livrée en vue de cette île. On voit encore sur la même pièce une fleur; c’est la rose de Rhodes qui rappelle la victoire de Cassius, de même que le diadème dénoué fait allusion au titre de roi que les Rhodiens, suivant le récit de Plutarque, voulaient lui offrir, et qu’il refusa en se glorifiant d’être le meurtrier des rois.