Flora
Déesse des fleurs & du printemps · Iconographie numismatique · République romaine
Flore (Flora en latin) est une divinité romaine ancienne associée aux fleurs, au printemps et à la fertilité. Déesse agraire, elle veille à la floraison des céréales, de la vigne, de l'olivier et des arbres fruitiers, dont dépend l'abondance des récoltes ; Ovide lui fait même revendiquer le miel comme l'un de ses dons. Son domaine la rapproche de Vénus pour la vitalité végétale, de Cérès pour l'agriculture et de Pomone pour les fruits.
Les Romains l'identifiaient à la nymphe grecque Chloris. Selon Ovide, Chloris, enlevée puis épousée par Zéphyr, le vent d'ouest, devint Flore et reçut de lui l'empire des fleurs. Divinité d'origine italique, elle aurait été introduite à Rome par le roi sabin Titus Tatius selon Varron, et son culte est attesté chez d'autres peuples de langue osque avant comme après son intégration au panthéon romain.
« J'étais Chloris, moi que l'on nomme Flore : une lettre latine a altéré mon nom grec. »
— Ovide, Fastes, V, 195-196

Cette petite fresque sur fond vert, découverte dans la villa d'Ariane à Stabies (Castellammare di Stabia) et conservée au Musée archéologique national de Naples, est la plus célèbre image antique traditionnellement identifiée à Flore. La jeune femme, vue de dos, s'éloigne d'un pas léger en cueillant une fleur sur un arbuste : le geste, plus que tout attribut, dit son domaine.
L'identification reste conventionnelle — on y a vu aussi une allégorie du Printemps, voire Proserpine cueillant des fleurs — mais elle illustre la manière dont l'art romain associait la figure féminine, la floraison et la saison nouvelle, bien avant les grandes allégories de la Renaissance.

Sur la droite du tableau, Zéphyr, bleuté, saisit la nymphe Chloris, de la bouche de laquelle s'échappent des fleurs ; juste à côté, la même figure transformée en Flora, vêtue d'une robe fleurie, répand des roses. Botticelli met en image, en deux temps, le récit des Fastes (V, 195-214) : la métamorphose de la nymphe grecque en déesse romaine des fleurs.
Là où la fresque de Stabies saisit un geste simple, Botticelli construit une allégorie savante, nourrie de la lecture humaniste d'Ovide : c'est surtout par cette image que Flore est restée familière au public moderne.
Sur les monnaies républicaines comme dans les textes, Flore est identifiée par un petit nombre d'attributs qui renvoient à son domaine : le règne végétal, le renouveau et la fécondité.
Sur les deniers républicains, Flore apparaît sous les traits d'une jeune femme de profil à droite, couronnée de fleurs. Les attributs du champ — lituus ou fleur — varient selon le monétaire et renvoient autant à sa famille qu'à la déesse elle-même.
La tête de Flore n'apparaît que tardivement et rarement sur les monnaies de la République : sur le denier de C. Servilius C. f. (RRC 423/1, vers 57 av. J.-C.), puis sur les émissions de C. Clodius Vestalis (RRC 512/1-2, 41 av. J.-C.), aureus et denier. Dans les deux cas, le choix de la déesse relève d'une thématique familiale propre au monétaire.
Le premier type, avec sa légende FLORAL PRIMVS, est un véritable commentaire monétaire sur l'histoire des Floralia ; le second associe Flore à une Vestale, en écho au surnom du monétaire.
RRC 423/1Gens Servilia
La légende FLORAL(ia) PRIMVS désigne celui qui fut « le premier » pour les Floralia. Deux lectures s'opposent : pour Crawford, le monétaire lui-même aurait été le premier titulaire d'une charge liée à la fête ; pour W. Hollstein, le type est entièrement familial et renvoie à l'ancêtre C. Servilius qui, édile en 173 av. J.-C., fit rétablir les Floralia et les rendit annuelles.
Dans cette seconde lecture, le lituus de l'avers évoquerait l'augurat exercé dans la famille, et le duel du revers M. Servilius Pulex Geminus, consul en 202 av. J.-C., célèbre pour ses victoires en combat singulier. Le denier ferait ainsi de Flore un emblème de la mémoire de la gens Servilia.
RRC 512/2Gens Claudia
Frappé en 41 av. J.-C., sous le second triumvirat, par le monétaire C. Clodius C. f. Vestalis, ce type existe en or (aureus, RRC 512/1) et en argent (denier, RRC 512/2). Le revers renvoie au surnom Vestalis ; le British Museum identifie la Vestale à Claudia, Vestale de la famille célèbre pour avoir protégé son père lors de son triomphe.
Le choix de Flore à l'avers pourrait commémorer le deuxième centenaire de l'institution des jeux floraux, que Velleius Paterculus place en 241/240 av. J.-C. — hypothèse séduisante, mais que rien sur la monnaie ne vient confirmer explicitement. Elle montre en tout cas que, à la fin de la République, la déesse faisait partie du répertoire des thèmes mis en avant par les monétaires.
Les Floralia (ou Ludi Florales) étaient des fêtes populaires célébrées du 28 avril au 3 mai en l'honneur de Flore. Jeux, danses et spectacles scéniques y étaient marqués par une licence que les auteurs anciens soulignent volontiers. On y portait des vêtements de couleur et des couronnes de fleurs, et l'on lâchait dans le cirque des chevreuils et des lièvres, animaux pacifiques des champs et des jardins (Ovide, Fastes, V, 371-372).
Le culte fut institué en 238 av. J.-C. sur ordre des Livres sibyllins, pour obtenir la bonne floraison des cultures (Pline, Histoire naturelle, XVIII, 286). Les jeux tombèrent ensuite en désuétude ; ce n'est qu'en 173 av. J.-C., après une année où vents, grêle et pluies avaient ravagé les fleurs, que le Sénat les rendit annuels (Ovide, Fastes, V, 329-330) — épisode auquel renvoie probablement le denier de C. Servilius.
Flore possédait deux temples à Rome. L'un se trouvait sur le Quirinal, colline liée à la tradition sabine. L'autre, élevé par les édiles L. et M. Publicius Malleolus, se dressait près du Circus Maximus (Tacite, Annales, II, 49), à proximité des lieux de spectacle — un emplacement accordé au caractère festif des Floralia.
La déesse disposait d'un prêtre propre, le flamen Floralis, l'un des flamines mineurs dont Varron conserve la liste (De lingua latina, VII, 45). Cette prêtrise, rattachée aux plus anciennes couches de la religion romaine, montre que Flore n'était pas une simple divinité agraire locale.
Selon Ovide, Flore joua un rôle décisif dans la naissance de Mars. Blessée que Jupiter ait engendré seul Minerve, Junon demanda à Flore le moyen d'avoir un enfant sans lui. Flore lui donna une fleur venue des champs d'Olénos, dont le seul contact suffisait à rendre féconde : Mars naquit ainsi de Junon seule.
Le récit confère à Flore une place singulière dans la généalogie divine : sa maîtrise du végétal ne se limite pas aux récoltes, elle touche à la génération elle-même.
Flora à l'avers
Divinités liées
- Ovide, Fastes, V, 183-378 — Métamorphose de Chloris en Flore, origine des Floralia, naissance de Mars, domaine de la déesse.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVIII, 286 — Institution des Floralia en 238 av. J.-C. sur l'avis des Livres sibyllins.
- Velleius Paterculus, I, 14, 8 — Date de l'institution des jeux floraux.
- Tacite, Annales, II, 49 — Temple de Flore près du Cirque, élevé par les édiles L. et M. Publicius.
- Varron, De lingua latina, V, 74 et VII, 45 — Introduction du culte par Titus Tatius ; le flamen Floralis.
- Lactance, Institutions divines, I, 20 — Version chrétienne polémique faisant de Flore une courtisane ayant légué sa fortune pour instituer les Floralia.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 423/1 ; RRC 512/1-2.
- Hollstein, W., Die stadtrömische Münzprägung der Jahre 78-50 v. Chr. zwischen politischer Aktualität und Familienthematik, Munich, 1993, p. 256-260.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres.
- CRRO — RRC 423/1 · Denier de C. Servilius C. f.
- CRRO — RRC 512/2 · Denier de C. Clodius Vestalis
- Flore — Mythologie (Wikipédia)
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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