Kylix
Coupe à vin grecque · Symposion · Tondo · Kottabos · Numismatique romaine
S'il est un objet qui incarne à lui seul l'art de vivre de la Grèce antique, c'est bien le kylix. Bien plus qu'une simple coupe à vin, ce récipient peu profond — flanqué de deux anses horizontales et élevé sur un pied gracile — était le protagoniste incontournable du symposion, le banquet grec.
Entre prouesse technique, support de narration et instrument de jeu, le kylix condense en un seul objet la complexité du monde grec : beauté formelle, convivialité ritualisée et richesse iconographique. Sa présence sur le denier Cassia, aux côtés de Vesta, témoigne de la profonde hellénisation de l'aristocratie romaine républicaine.
« Pour le convive grec, boire dans un kylix était une expérience interactive — au fur et à mesure que le vin baissait, une image surgissait du fond, surprise réservée à celui qui avait tout bu. »
— Christopher Mérat, Kylix, LesDioscures.com
Le design du kylix n'est pas le fruit du hasard. Sa vasque large et peu profonde se vidait facilement sans avoir à se redresser, et offrait aux peintres une vaste surface circulaire. Le vin qu'on y versait avait d'abord été coupé d'eau dans le cratère, sous l'autorité du maître du banquet. Les deux anses horizontales permettaient une manipulation aisée en position allongée sur la kliné (lit de banquet) — posture caractéristique du convive grec lors des symposia.
La véritable magie du kylix réside dans son tondo : le médaillon circulaire situé au fond de la coupe. Pour le convive, boire dans un kylix était une expérience interactive — au fur et à mesure que le niveau du vin baissait, une image commençait à apparaître, surgissant lentement de l'obscurité du vin sombre.
Les ateliers attiques ont fait de la coupe une véritable toile. Au milieu du VIe siècle, Tleson, l'un des « Petits Maîtres », signe des coupes à figures noires (silhouettes sombres sur le fond clair de l'argile). Vers 530 av. J.-C. apparaît à Athènes la technique des figures rouges (figures laissées couleur d'argile sur fond noir), dont Euphronios est l'un des pionniers : elle permet un rendu anatomique et expressif bien plus précis. Aujourd'hui, ces coupes sont des sources inestimables pour comprendre les codes sociaux, les vêtements et les rituels de la Grèce classique.
Le kylix n'était pas seulement utilisé pour boire, mais aussi pour jouer. Le kottabos, venu de Sicile selon la tradition antique, était un jeu d'adresse très prisé lors des symposia : le convive, accoudé sur le bras gauche, glissait un doigt de la main droite dans l'une des anses du kylix et, d'un geste sec du poignet, projetait les dernières gouttes de vin (la latax) vers une cible.
Cette cible pouvait être :
Ce jeu était un mélange de précision et de décontraction festive — un art en soi, dans la continuité de l'idéal grec associant adresse physique et joie du banquet. Il était si prisé que les peintres l'ont souvent représenté, notamment sur les kylikes eux-mêmes.
Le kylix apparaît ici comme attribut de Vesta — déesse du foyer et du feu sacré, à laquelle on faisait des offrandes et des libations. La coupe à deux anses placée derrière la tête de la déesse évoque le rôle du vin dans les cérémonies religieuses romaines.
Le revers commémore la loi tabellaire (Lex Cassia tabellaria) qu'avait fait voter un ancêtre du magistrat, Lucius Cassius Longinus Ravilla, alors tribun de la plèbe en 137 av. J.-C. (il sera consul en 127) — loi étendant le vote secret par tablette écrite aux jugements rendus par le peuple, à l'exception des procès pour haute trahison (perduellio). L'association du kylix de Vesta et du citoyen votant est un programme iconographique qui unit piété religieuse et liberté civique.
- Platon, Le Banquet, 176a–e — Les convives fixent les règles de la beuverie au début du symposion.
- Athénée, Les Deipnosophistes, livre XI — Catalogue des coupes grecques, dont le kylix.
- Athénée, Les Deipnosophistes, livre XV, 665d–668f — Origine sicilienne, règles et variantes du kottabos.
- Beazley, J.D., Attic Red-Figure Vase-Painters, 2e éd., Oxford, Clarendon Press, 1963 — Catalogue de référence des peintres de vases à figures rouges, dont Euphronios et Onésimos.
- Lissarrague, F., Un flot d'images. Une esthétique du banquet grec, Paris, Adam Biro, 1987 — Le kylix, le tondo et le kottabos dans l'imagerie du symposion.
- Sparkes, B.A., The Red and the Black: Studies in Greek Pottery, Londres, Routledge, 1996 — Techniques de la céramique grecque et usages sociaux des coupes.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 413/1 (Cassia).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Gens Cassia.
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