Passer au contenu principal

LesDioscures.com

More results...

Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors

Europe

Princesse phénicienne · L'enlèvement par Zeus · Iconographie numismatique · République romaine

NatureMortelle héroïsée · Princesse
OriginePhénicie · Tyr ou Sidon
FiliationFille d'Agénor · Mère de Minos
AttributsTaureau blanc · Voile · Crète
MonnaieRRC 377/1

Europe, fille d'Agénor, roi de Tyr (ou de Sidon selon les versions), et de Téléphassa, sœur de Cadmos, est l'une des figures les plus célèbres de la mythologie grecque. Son mythe — l'enlèvement par Zeus métamorphosé en taureau blanc — traverse toute l'Antiquité, du Catalogue des femmes attribué à Hésiode aux Métamorphoses d'Ovide, et la tradition y rattache le nom du continent occidental. Princesse phénicienne, elle incarne le pont entre l'Orient et l'Occident, entre le monde phénicien et le monde grec.

Son passage de la côte phénicienne aux rivages crétois n'est pas seulement un enlèvement divin : c'est un acte fondateur. Des fils qu'elle donne à Zeus — Minos, Rhadamanthe et Sarpédon — naissent des dynasties et des lignées qui structurent la géographie mythologique du bassin méditerranéen.

Fresque d'Europe assise sur le taureau, Pompéi — Musée archéologique national de Naples
Europe et le taureau · Fresque de Pompéi, maison de Jason (IX 5, 18) · Ier s. apr. J.-C. · Musée archéologique national de Naples, inv. 111475

« La fille d'Agénor admire qu'il soit si beau, qu'il ne menace d'aucun combat ; mais, si doux qu'il soit, elle craint d'abord de le toucher. Bientôt elle s'approche et tend des fleurs à sa bouche éclatante de blancheur. »

— Ovide, Métamorphoses, II, 858–861 (traduction libre)
✦ Le mythe de l'enlèvement
01 L'enlèvement — De Phénicie en Crète Mythe fondateur · Homère · Hésiode · Ovide

Selon le récit le plus répandu, celui d'Ovide, Zeus, épris de la beauté d'Europe, charge Hermès de pousser les troupeaux royaux vers le rivage, puis se mêle à eux sous la forme d'un magnifique taureau blanc aux cornes petites et luisantes, pour l'approcher sans l'effrayer. Europe et ses compagnes jouent au bord de la mer. Attirée par la douceur de l'animal, la jeune fille s'approche, le caresse, lui tend des fleurs, puis ose s'asseoir sur son dos.

Zeus saisit l'occasion : il s'avance dans les flots et gagne le large en direction de la Crète. Europe, agrippée d'une main à une corne, voit son vêtement gonflé par le vent — motif du voile flottant que reprendront peintres et graveurs de monnaies. Sur l'île, à Gortyne selon la tradition locale, Zeus révèle sa véritable nature. De leur union naissent trois fils : Minos, futur roi de Crète et juge des Enfers ; Rhadamanthe, également juge des morts, réputé pour sa justice inflexible ; et Sarpédon, qui selon certaines versions règne ensuite en Lycie.

La tradition prête à Zeus des présents pour Europe : Laelaps, le chien qui rattrape toujours sa proie ; un javelot qui ne manque jamais sa cible ; et Talos, le géant de bronze chargé de garder les côtes de la Crète. Europe épouse ensuite Astérion, roi de l'île, qui adopte ses fils. Ses frères, envoyés à sa recherche par Agénor, ne la retrouvent jamais : Cadmos, guidé par l'oracle de Delphes, fonde Thèbes.

✦ Représentations remarquables
R1 Cratère à figures rouges d'Assteas — Europe sur le taureau Vers 350–340 av. J.-C.
Cratère d'Assteas — Europe sur le taureau et monstres marins, vers 350–340 av. J.-C.
Assteas · Europe sur le taureau et monstres marins · Vers 350–340 av. J.-C. · Cratère en calice à figures rouges · Musée archéologique national de Paestum · CC BY-SA 3.0

Ce cratère, signé par Assteas, maître de la céramique à figures rouges de Paestum en Grande-Grèce, est l'une des représentations antiques les plus spectaculaires du mythe. Europe y est figurée assise sur le taureau qui fend les flots, son voile déployé en arc au-dessus de la tête, au milieu de créatures marines qui escortent l'animal divin.

La vivacité du dessin et la richesse narrative de la scène en font un témoignage de premier ordre sur la réception du mythe d'Europe dans le monde grec d'Italie du Sud au IVe siècle avant notre ère. Issu de fouilles clandestines et longtemps conservé au J. Paul Getty Museum, le vase a été restitué à l'Italie en 2005.

✦ Symbolisme & attributs iconographiques
02 Les emblèmes d'Europe dans l'art et la numismatique Antiquité · Monnaies · Fresques

L'iconographie d'Europe est remarquablement stable à travers les siècles : la jeune femme assise sur le taureau, voile déployé, constitue l'image canonique qui se décline de la métope archaïque de Sélinonte jusqu'aux fresques de Pompéi.

🐂Le Taureau blancZeus métamorphosé. Symbole de puissance divine et de fécondité ; son pelage immaculé trahit sa nature surnaturelle.
🌬️Le Voile flottantGonflé par le vent au-dessus de la tête d'Europe. Attribut distinctif repris sur le denier RRC 377/1.
⚡Le FoudreFoudre ailé placé derrière Europe au revers du denier de L. Volumnius Strabo — rappel de l'identité divine du taureau.
🌊La Mer traverséeLe voyage de Phénicie en Crète figure le passage entre Orient et Occident.

Sur le denier de L. Volumnius Strabo (RRC 377/1), ces éléments convergent en une composition d'une grande efficacité narrative : le taureau chargeant à gauche, Europe assise tenant son voile gonflé au-dessus de sa tête, le foudre ailé derrière elle et une feuille de lierre sous le taureau — le mythe entier condensé sur un flan d'argent de moins de quatre grammes.

✦ Représentation numismatique
⭐ Un revers singulier — Un sujet grec dans le monnayage républicain

Le choix du revers « Europe sur le taureau » est inhabituel dans le monnayage romain républicain. Le sujet est en revanche familier du monde grec : Gortyne, en Crète, qui se disait le lieu de l'union d'Europe et de Zeus, associe Europe et le taureau sur ses statères. Aucune source n'éclaire le choix du monétaire ; l'association de Jupiter à l'avers et de l'une de ses amours au revers relève du goût pour les sujets mythologiques grecs qui marque les émissions de cette période.

Frappé en 81 av. J.-C., sous la dictature de Sylla, ce denier serratus (à bord dentelé) illustre la liberté iconographique dont disposaient alors les magistrats monétaires pour signer leur émission.

03 Denier serratus · L. Volumnius Strabo · Europe 81 av. J.-C.
🐂 Europe assise sur le taureau chargeant, voile gonflé au-dessus de la tête
Denier serratus de L. Volumnius Strabo, RRC 377/1 — avers et reversRRC 377/1 · Argent · British Museum
🏛 Légendes & description
Avers Anépigraphe Tête laurée de Jupiter à droite ; derrière, lettre de contrôle.
Revers L·VOL·L·F·STRAB Europe assise sur Jupiter changé en taureau chargeant à gauche, tenant son voile gonflé au-dessus de sa tête ; derrière, foudre ailé ; dessous, feuille de lierre ; à l'exergue, la légende (VL, TR et AB en ligature) : Lucius Volumnius Lucii filius Strabo.

La composition est savamment construite : Jupiter à l'avers et son enlèvement d'Europe au revers forment un diptyque narratif cohérent. Le foudre ailé derrière Europe signe l'identité divine du taureau. La feuille de lierre sous l'animal — « feuille de vigne » dans les anciens catalogues — est probablement un symbole d'émission ; le lierre évoque Dionysos, mais aucun lien avec le mythe n'est établi.

Le format serratus — bord dentelé caractéristique — reste d'interprétation débattue : prévention de la fraude par fourrage, signe distinctif ou simple convention.

Références : RRC 377/1 · Babelon, Volteia 6 · Sydenham 743 · Sear, RCV I, 298 · BMCRR 3142 · Atelier : Rome · Argent

✦ Le magistrat monétaire
04 L. Volumnius L.f. Strabo — Triumvir monetalis 81 av. J.-C. · Dictature de Sylla

La légende abrégée L·VOL·L·F·STRAB a reçu deux lectures. Les catalogues anciens (Babelon, Sydenham), suivis par une partie du commerce, l'attribuent à la gens Volteia (« L. Volteius Strabo ») ; Michael Crawford, dans Roman Republican Coinage, préfère y lire L. Volumnius Strabo, lecture reprise par le catalogue du British Museum (Ghey, Leins & Crawford, 2010) : le monétaire appartiendrait alors à la gens Volumnia, famille connue dès le Ve siècle av. J.-C. et comptant des branches patricienne et plébéienne.

Son cognomen Strabo — « qui louche » en latin — désignait une particularité physique devenue héréditaire dans certaines familles. On a proposé de rapprocher le monétaire du L. Volumnius L.f. qui figure dans le consilium de Cn. Pompeius Strabo, père de Pompée le Grand, devant Asculum en 89 av. J.-C., pendant la Guerre sociale — identification plausible mais non démontrée.

Son émission date de 81 av. J.-C., en pleine dictature syllanienne, période de monnayage intense où les magistrats monétaires mobilisaient l'iconographie comme vecteur d'identité familiale et de culture classique.

✦ Symbolisme, héritage & interprétations
05 D'une princesse phénicienne à un continent Du mythe à l'astronomie

Les Grecs ont rattaché le nom du continent Europe à la princesse, sans que le lien soit assuré — Hérodote s'étonne déjà qu'une Asiatique, qui n'a jamais mis le pied dans cette contrée, lui ait donné son nom. L'étymologie reste débattue : le grec eurys + ôps donnerait « au large visage » ou « au large regard » ; une hypothèse ancienne, contestée, y voit un mot sémitique désignant le couchant.

Le taureau, symbole de puissance et de fécondité dans tout le bassin méditerranéen, relie le mythe à des cultes anciens. L'union d'Europe et de Zeus a parfois été lue comme une hiérogamie — un mariage sacré entre le ciel et la terre ; à Gortyne, la tradition montrait le platane sous lequel elle aurait eu lieu.

Le voyage de la côte phénicienne vers la Crète fait aussi écho aux échanges réels entre le Proche-Orient et la Grèce : la tradition attribue à Cadmos, frère d'Europe, l'introduction en Grèce des lettres phéniciennes, dont dérive l'alphabet grec.

En astronomie, l'une des quatre lunes galiléennes de Jupiter porte son nom ; sa croûte de glace, survolée par la sonde Galileo, est la cible de la mission Europa Clipper, lancée en 2024.

06 Europe dans l'art antique et moderne De Sélinonte à Titien

Le mythe d'Europe a engendré l'une des traditions iconographiques les plus riches de l'Antiquité, de la métope archaïque de Sélinonte (VIe s. av. J.-C., Palerme) aux fresques de Pompéi, dont celle du Musée archéologique de Naples (inv. 111475) reproduite ci-dessus. Les monnaies de Gortyne montrent Europe chevauchant le taureau, puis, aux IVe–IIIe siècles av. J.-C., assise dans un platane, le taureau au revers.

Titien, L'Enlèvement d'Europe, 1559–1562, Isabella Stewart Gardner Museum, Boston
Titien · L'Enlèvement d'Europe · 1559–1562 · Huile sur toile · Isabella Stewart Gardner Museum, Boston · Domaine public

À la Renaissance, Titien peint pour Philippe II son Enlèvement d'Europe (1559–1562, Isabella Stewart Gardner Museum, Boston), qui transporte la scène en pleine mer ; Rubens en fera une copie (Prado), et Rembrandt traite le sujet en 1632 (J. Paul Getty Museum). Du côté littéraire, de Moschos — auteur au IIe siècle av. J.-C. d'un petit poème entièrement consacré à Europe — jusqu'aux poètes modernes, la princesse phénicienne n'a jamais cessé d'inspirer.

✦ Fiches numismatiques liées

Europe à l'iconographie — L. Volumnius Strabo

Contexte mythologique — Jupiter

📚Notes & Références
  • Homère, Iliade, XIV, 321–322 — « la fille de Phénix », mère de Minos et de Rhadamanthe, parmi les amours de Zeus.
  • Hésiode, Catalogue des femmes, fr. 140–141 Merkelbach-West — l'enlèvement et les fils d'Europe. (L'Europe de la Théogonie, v. 357, est une Océanide homonyme.)
  • Hérodote, Histoires, I, 2 et IV, 45 — version rationalisée de l'enlèvement ; remarque sur le nom du continent.
  • Moschos, Europe (IIe s. av. J.-C.) — poème entièrement consacré au mythe, avec le songe prophétique d'Europe.
  • Ovide, Métamorphoses, II, 833–875 — récit de l'enlèvement, du taureau blanc à la traversée de la mer.
  • Apollodore, Bibliothèque, III, 1, 1–2 — généalogie : Agénor, Europe, Cadmos, Minos, Rhadamanthe, Sarpédon.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 377/1 ; attribution à la gens Volumnia.
  • Ghey, E., Leins, I. & Crawford, M.H., A Catalogue of the Roman Republican Coins in the British Museum, 2010 — 377.1 (L. Volumnius Strabo).
  • Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — BMCRR 3142.
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Volteia 6.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 743.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Londres, 2000 — n° 298.
Article rédigé parChristopher Mérat
Cet article vous a-t-il été utile ?