Fides
Divinité romaine de la bonne foi & de la loyauté · Iconographie numismatique · République romaine
Fides — dont le nom latin signifie « foi », « confiance » ou « fidélité » — est l'une des divinités les plus anciennes et les plus fondamentales de la religion romaine. Elle incarne la bonne foi dans les engagements, qu'ils soient moraux, juridiques, religieux ou politiques : la parole donnée, le serment tenu, le traité respecté. Dans une civilisation où les relations humaines reposaient sur la confiance mutuelle autant que sur la loi écrite, Fides occupait une place de premier rang.
La tradition attribue l'institution de son culte au roi Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome. Son temple (aedes Fidei) se dressait sur le Capitole, tout près de celui de Jupiter : il fut consacré au IIIe siècle av. J.-C. par A. Atilius Calatinus, puis restauré par M. Aemilius Scaurus à la fin du IIe siècle. Sous le nom de Fides Publica, elle garantissait la parole de l'État romain lui-même, à côté de la fides qui liait les particuliers entre eux.
« …la tête de la déesse de la Bonne Foi, à qui Numa fit, le premier, bâtir un temple. »
— Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Licinia


Giotto di Bondone peint Fides dans la série des sept Vertus qui occupe le registre inférieur de la Chapelle des Scrovegni à Padoue, face aux sept Vices du mur opposé — Fides y répond à Infidelitas. Comme toutes les figures de ce cycle, elle est peinte en grisaille, c'est-à-dire en camaïeu de gris imitant une statue de pierre placée dans une niche, au milieu d'un encadrement de faux marbres colorés. Elle tient une croix et un rouleau écrit.
Le passage de la Fides romaine — vertu civique et juridique — à la Foi chrétienne — vertu théologale — illustre la continuité du vocabulaire entre l'Antiquité et le Moyen Âge. Giotto hérite du même mot latin et d'une figure féminine drapée, mais en déplace le sens du domaine des traités et des serments vers celui de la relation à Dieu.
La photographie de 2016, prise dans la chapelle, permet de restituer la figure dans son contexte : un trompe-l'œil sculptural sobre, qui contraste avec la polychromie des scènes narratives des registres supérieurs.
Les poètes se représentaient Fides voilée d'un linge blanc — Horace l'évoque « rare, voilée d'un drap blanc » (Odes, I, 35). Sur les monnaies, elle apparaît d'abord sous la forme d'une simple tête laurée (deniers de 47 av. J.-C.), puis, à l'époque impériale, en pied avec des attributs codifiés.
Le rituel le plus frappant du culte de Fides est décrit par Tite-Live (I, 21) : les flamines se rendaient à son sanctuaire dans un char à deux chevaux couvert d'une voûte, et sacrifiaient la main droite enveloppée jusqu'aux doigts, pour signifier que la foi doit être protégée et qu'elle a son siège dans la main droite. Sa fête était célébrée aux calendes d'octobre (1er octobre).
Les Romains distinguaient deux dimensions de Fides. La Fides Publica (Fides publica populi Romani) régissait les affaires de l'État : elle était tenue pour la gardienne des traités et des actes publics, que l'on conservait dans son temple, où le Sénat se réunit aussi à plusieurs reprises. Invoquer Fides Publica, c'était engager non seulement sa propre parole mais celle de Rome entière.
La fides privée gouvernait les relations individuelles : l'amitié (amicitia), le lien entre patron et client, les obligations familiales, les contrats. Le droit romain en fit une notion technique — la bona fides, critère de jugement de nombreux contrats.
Cicéron, dans le De Officiis (I, 23), en fait le fondement même de la justice : fundamentum autem est iustitiae fides — « le fondement de la justice, c'est la bonne foi », c'est-à-dire la constance et la vérité des paroles données et des conventions.
Ces deniers sont frappés à Rome en 47 av. J.-C., au lendemain de Pharsale, alors que César domine la République. Choisir Fides pour l'avers dans un tel contexte de guerre civile, où la loyauté était une question de survie politique, paraît lourd de sens.
Il faut cependant rester prudent : Babelon reconnaissait déjà ignorer « les motifs » qui avaient poussé le monétaire à représenter la déesse, et le sens exact de ses types reste discuté.

Le monétaire a émis une seconde variante du même type (RRC 454/2), où les légendes sont redistribuées : FIDES et A·LICINIVS à l'avers, NERVA et III·VIR au revers.

À l'avers, Fides ; au revers, une scène de gloire militaire. Babelon proposait d'y voir le souvenir d'un ancêtre, A. Licinius Nerva, gouverneur de Macédoine en 142 av. J.-C., dont le questeur L. Tremellius écrasa un prétendant se faisant passer pour un fils de Persée (Tite-Live, Periochae, 53 ; Eutrope, IV, 15). Le captif traîné par les cheveux figurerait l'ennemi vaincu. Cette lecture reste une hypothèse.
Références : RRC 454/1 · B. 24 (Licinia) · Syd. 954 — RRC 454/2 · B. 23 (Licinia) · Syd. 955 · Atelier : Rome · Argent
Aulus Licinius Nerva est triumvir monetalis en 47 av. J.-C. Il appartient à la gens Licinia, l'une des familles plébéiennes les plus illustres de Rome, celle des Crassi et des Luculli. Sa branche, celle des Nervae, est attestée depuis le IIe siècle av. J.-C. : un P. Licinius Nerva avait lui-même été monétaire vers 113–112 av. J.-C.
En dehors de ses monnaies, le personnage est mal connu. Babelon envisageait, sans certitude, de l'identifier au Licinius Nerva cité sans prénom comme questeur de Decimus Brutus pendant la guerre de Modène (43 av. J.-C.) — Decimus Brutus qui fut, l'année précédente, l'un des conjurés des ides de mars.
Le cognomen Nerva était aussi porté par d'autres familles : l'empereur Nerva (96–98 apr. J.-C.) appartenait à la gens Cocceia, sans lien avec les Licinii.
Le terme latin fides a laissé une empreinte durable dans les langues issues de Rome ou influencées par le latin. En français, il a donné « foi » et, par l'adjectif fidelis, « fidèle » et « fidélité » ; la même racine se retrouve dans « confiance » et « fiable ». En anglais, faith (par l'ancien français) et fidelity en descendent ; la « hi-fi » (high fidelity) en est une héritière lointaine.
Avec le christianisme, la fides romaine — vertu civique et juridique — est devenue la foi, première des trois vertus théologales avec l'espérance et la charité. Ce glissement, que la fresque de Giotto illustre parfaitement, n'a pas effacé le sens romain originel : en droit des contrats comme en droit international, la bona fides (bonne foi) demeure un principe fondamental.
Fides à l'avers — Gens Licinia
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 21, 4 — Numa institue le culte de Fides ; les flamines conduits en char couvert, la main droite enveloppée.
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 75 — Numa et le culte de la Fides publica.
- Plutarque, Vie de Numa, 16 — Numa, premier à élever un sanctuaire à Fides.
- Cicéron, De Natura Deorum, II, 61 — Fides consacrée au Capitole par A. Atilius Calatinus, puis par M. Aemilius Scaurus.
- Cicéron, De Officiis, I, 23 — fundamentum autem est iustitiae fides.
- Horace, Odes, I, 35 — Fides voilée de blanc.
- Tite-Live, Periochae, 53 ; Eutrope, IV, 15 — A. Licinius Nerva en Macédoine (142 av. J.-C.).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 454/1 et 454/2.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Licinia 23 et 24 ; hypothèses sur le monétaire et sur le revers.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — Syd. 954 et 955.
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