Bonus Eventus
Le Bon Succès · Personnification divine · Iconographie numismatique · République & Empire romains
Bonus Eventus — littéralement « la bonne issue », le Bon Succès — est l'une des personnifications divines de la religion romaine. Varron, au début de son traité d'agronomie (De re rustica, I, 1, 4-6), le compte parmi les douze divinités qui président à l'agriculture, invoquées par couples : Jupiter et Tellus, Sol et Luna, Cérès et Liber, Robigus et Flora, Minerve et Vénus, enfin Lympha et Bonus Eventus. Dans ce contexte, il incarne l'heureuse issue des travaux des champs.
Sous l'Empire, son domaine s'élargit à la réussite en général, et il rejoint les nombreuses abstractions divines que les empereurs font figurer sur leurs monnaies. Des émissions pour Galba, Vespasien, Titus, Antonin le Pieux et Septime Sévère en témoignent. Sous la République, il n'apparaît nommément que sur un seul type : le denier de L. Scribonius Libo (RRC 416/1).
« … Boni Eventus simulacrum, dextra pateram, sinistra spicam ac papavera tenens. »
— Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 77 · à propos d'un bronze d'Euphranor
« … une statue du Bon Succès, tenant de la main droite une patère, de la gauche un épi et des pavots. »
Chez Varron, Bonus Eventus forme couple avec Lympha, divinité de l'eau : sans eau, explique l'agronome, toute culture est vouée à l'échec, et le « bon succès » est précisément ce que le cultivateur attend de ses peines. Son nom ne désigne pas encore une abstraction générale, mais la réussite concrète d'une récolte.
L'épithète Bonus, « le Bon », se retrouve dans d'autres puissances divines romaines : Bona Fortuna, Bona Mens, Bona Spes ou la mystérieuse Bona Dea. À la fin de la République puis sous l'Empire, ces abstractions deviennent des instruments du discours public : le magistrat monétaire, puis le prince, les convoquent pour annoncer prospérité et entreprises couronnées de succès. Le culte s'étend aux provinces : à Sirmium (Pannonie) des notables lui consacrent un sanctuaire, et à Caerleon, en Bretagne, un couple lui adresse une dédicace conjointe avec Fortuna.
À Rome, Bonus Eventus possédait un temple de date inconnue sur le Champ de Mars. Il n'est connu que par Ammien Marcellin (XXIX, 6, 19), à propos d'un portique neuf, la porticus Boni Eventus, élevé à côté en 374 ap. J.-C. par le préfet de la Ville Claudius. Cinq chapiteaux corinthiens de très grandes dimensions, mis au jour au XIXe siècle dans le secteur des jardins d'Agrippa, pourraient en provenir.

Sur les monnaies impériales et les gemmes, Bonus Eventus présente une iconographie remarquablement stable : un jeune homme nu debout, une jambe fléchie, la tête tournée vers la patère qu'il tient de la main tendue. Parfois une chlamyde lui couvre le dos, ou un himation passé sur l'épaule encadre son torse. Les épis et les pavots sont ses attributs habituels.
La réunion épis + pavots est caractéristique : c'est la combinaison propre à Déméter (Cérès). Elle a conduit les modernes à rapprocher l'original grec de la statue d'Euphranor d'une divinité éleusinienne, le plus souvent Triptolème — alors qu'aucune image conservée de Triptolème ne montre cette association.
Bonus Eventus est aussi l'un des motifs favoris des intailles : dans le dépôt d'un joaillier découvert à Snettisham (Norfolk), il figure sur un quart des 127 pierres gravées, devant Cérès et Fortuna — signe de la fonction protectrice qu'on lui prêtait au quotidien.
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Pline l'Ancien mentionne deux statues de « Bonus Eventus » visibles à Rome, qui étaient en réalité des œuvres grecques rebaptisées : on ignore quel dieu elles représentaient à l'origine, et même si c'était le même.
La première est un bronze d'Euphranor, sculpteur et peintre athénien du IVe siècle av. J.-C. (XXXIV, 77). Pline la cite dans la liste des œuvres de l'artiste, entre la Minerve « Catulienne » dédiée au pied du Capitole et la Latone du temple de la Concorde. La figure tenait une patère, un épi et des pavots : on y voit souvent le modèle de l'iconographie des monnaies et des gemmes.
La seconde est un marbre de Praxitèle, placé au Capitole avec une statue de Bona Fortuna (XXXVI, 23). L'archéologue Adolf Furtwängler a proposé d'y reconnaître à l'origine un Agathos Daimon, le « bon génie » grec, accompagné d'une Agathè Tychè dont la Bona Fortuna serait la traduction latine.

Le denier de Lucius Scribonius Libo, frappé en 62 av. J.-C. (RRC 416/1), est le seul type républicain qui nomme Bonus Eventus : la légende BON · EVENT accompagne sa tête à l'avers. Le choix d'un magistrat monétaire de la fin de la République montre que le dieu n'est plus seulement celui des récoltes de Varron, mais la promesse d'une heureuse issue au sens large.
Au revers, le monétaire associe ce bon augure au Puteal Scribonianum, monument du Forum lié à sa propre famille — une manière d'inscrire la mémoire de la gens Scribonia sous le signe du succès.
RRC 416/1 · Denier · c. 3,90 gLe Puteal Scribonianum était un bidental du Forum, margelle sacrée marquant un lieu frappé par la foudre, consacrée par un ancêtre du monétaire. Placé à proximité du tribunal du préteur, il était un repère familier de la vie judiciaire et financière de Rome.
En réunissant Bonus Eventus et ce monument de famille, Libo place sa lignée sous un double patronage : celui du bon augure et celui d'une piété ancestrale inscrite au cœur du Forum.
RRC 428/3 · DenierLa tête juvénile de ce denier est identifiée selon les catalogues comme Bonus Eventus, comme le Génie du peuple romain ou comme un jeune Jupiter. Faute de légende, aucune lecture ne s'impose : ce type ne peut être versé au dossier de Bonus Eventus qu'avec prudence.
Les monnaies à Bonus Eventus réapparaissent dans la crise de 68-69 ap. J.-C., sous Galba, au moment de l'année des quatre empereurs. Invoquer le « Bon Succès », c'est proclamer que le nouveau règne sera favorisé des dieux.
Le type se retrouve sous Vespasien et Titus, dans le contexte de la stabilisation flavienne, puis sous Trajan. Il fixe l'image canonique : jeune homme nu debout, patère dans la main droite, épis (et parfois pavots) dans la gauche — schéma que l'on rapproche souvent du bronze d'Euphranor décrit par Pline.
Les émissions d'Antonin le Pieux (138-161) et de Septime Sévère (193-211) montrent que Bonus Eventus reste, sur plus d'un siècle et demi, un thème disponible du discours impérial sur la prospérité.

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Bonus Eventus — Émissions républicaines
Articles et personnifications proches
- Varron, De re rustica (Rerum rusticarum libri), I, 1, 4-6 — les douze dieux de l'agriculture, dont le couple Lympha / Bonus Eventus.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 77 — le bronze d'Euphranor tenant patère, épi et pavots.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 23 — le marbre de Praxitèle au Capitole, avec Bona Fortuna.
- Ammien Marcellin, XXIX, 6, 19 — la porticus Boni Eventus élevée par le préfet de la Ville Claudius (374 ap. J.-C.).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 416/1 (Scribonia) ; RRC 428/3 (Cassia).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, 1885-1886 — Scribonia 8 ; Cassia 7.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Fears, J.R., « The Cult of Virtues and Roman Imperial Ideology », ANRW II.17.2, 1981 — Bonus Eventus dans le monnayage impérial.
- Palagia, O., Euphranor, Brill, Leyde, 1980 — la statue de Bonus Eventus et son iconographie.
- Furtwängler, A., Masterpieces of Greek Sculpture, 1895 — l'hypothèse de l'Agathos Daimon de Praxitèle.
- Richardson, L., A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, Johns Hopkins University Press, 1992 — temple et portique de Bonus Eventus.
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