Érato
Muse de la poésie lyrique & amoureuse · Iconographie numismatique · République romaine
Érato est l'une des neuf Muses de la mythologie grecque, protectrice de la poésie lyrique et amoureuse. Son nom (Ἐρατώ) se rattache à l'adjectif ἐρατός, « aimable », « désiré », de la même racine qu'Éros — un rapprochement que les poètes antiques eux-mêmes ont exploité. Comme ses sœurs, elle est fille de Zeus et de Mnémosyne, la Mémoire.
Les domaines des Muses ne se sont fixés que tardivement : chez Hésiode, Érato n'est encore qu'un nom parmi neuf. C'est à l'époque hellénistique, puis chez les poètes latins, qu'elle devient la Muse de l'élégie et du chant d'amour, invoquée lorsque le récit touche au désir et aux unions. Elle est souvent représentée la lyre en main, parfois aux côtés d'Éros, et la cour qu'elle préside au sein du chœur des Muses la place sous l'autorité d'Apollon Musagète.

« Nunc Erato, nam tu nomen amoris habes. »
— Ovide, L'Art d'aimer, II, 16
« Maintenant, Érato, à toi : car tu portes le nom de l'amour. »
Dans l'Antiquité, Érato se reconnaît d'abord à son instrument : comme Terpsichore, elle est une Muse « à cordes », ce qui rend parfois délicate l'identification des deux figures. Les attributs floraux qu'on lui prête volontiers appartiennent surtout à l'iconographie moderne.
Sur le sarcophage des Muses du Louvre, comme sur les deniers de Quintus Pomponius Musa, chaque Muse est caractérisée par un instrument ou un objet — lyre, flûtes, masque, globe, rouleau — selon un répertoire que les ateliers romains ont repris de modèles grecs.

Érato n'apparaît dans la numismatique républicaine que dans la série des Muses de Quintus Pomponius Musa, frappée à Rome en 66 av. J.-C. Le type que Crawford attribue à Érato, RRC 410/6, est le plus rare de toute la série.
L'identification fait toutefois débat. Le symbole placé derrière la tête d'Apollon sur RRC 410/6 est décrit comme une « fleur » par Babelon, Crawford et le British Museum ; A. Banti (1980), puis Ph. Davis (« Erato or Terpsichore: A Reassessment », FIDES, ANS, 2015) y voient un plectre. Selon eux, ce même symbole se retrouve sur le type RRC 410/7d, classé par Crawford comme Terpsichore, dont la Muse debout tient lyre et plectre (voir la fiche 1367PO) : ce type représenterait en réalité Érato, la tortue restant seule caractéristique de Terpsichore. Si cette lecture est retenue, Érato ne serait plus figurée par un seul type mais par deux.
RRC 410/6 · British MuseumL'association d'Apollon au droit et d'une Muse au revers est parfaitement cohérente : Apollon est le dieu des arts, chef du chœur des Muses (Musagète). Sur la série, le droit porte toujours la tête laurée d'Apollon, accompagnée d'un symbole qui varie selon le revers, tandis que celui-ci montre l'une des neuf Muses ou Hercule Musagète.
La Muse est figurée en pied, vêtue d'une longue tunique, l'instrument contre le corps : l'attitude statuaire du type suggère que le graveur s'est inspiré d'un modèle sculpté — vraisemblablement le groupe de statues conservé dans le temple d'Hercule des Muses (aedes Herculis Musarum) à Rome.
Références : RRC 410/6 · Babelon, Pomponia 12 · Sydenham 814 · BMCRR 3612 · Atelier : Rome · Métal : argent
Quintus Pomponius Musa est un triumvir monetalis — magistrat chargé de la frappe des monnaies — issu de la gens Pomponia, famille plébéienne de Rome. Les auteurs antiques ne disent rien de lui ; ses monnaies sont son seul témoignage.
Son programme iconographique repose sur un jeu de mots sur son propre surnom : Musa, la Muse. Ce cognomen lui offrit le prétexte d'une série de dix types de deniers représentant les neuf Muses individuellement, plus un type montrant Hercule Musagète jouant de la lyre — Hercule chef des Muses.
Cette série est généralement rapprochée du groupe de statues des Muses que Marcus Fulvius Nobilior rapporta d'Ambracie, prise en 189 av. J.-C., et qu'il installa dans le temple d'Hercule des Muses élevé près du cirque Flaminius après son triomphe de 187. En frappant ces images, Pomponius Musa rappelait ce monument tout en signant sa charge d'une empreinte littéraire et mythologique.
L'invocation des Muses en ouverture d'un chant est une convention aussi ancienne que la poésie grecque elle-même. Le lien d'Érato avec l'amour s'affirme dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes : le chant III, qui raconte la passion de Médée pour Jason, s'ouvre sur un appel à Érato, et le poète joue explicitement sur la parenté de son nom avec Éros.
Les poètes latins reprennent ce jeu. Ovide l'invoque dans L'Art d'aimer (II, 16) parce qu'elle « porte le nom de l'amour », et de nouveau dans les Fastes (IV, 195-196), au seuil d'avril, mois de Vénus. Virgile, lui, l'appelle au début du chant VII de l'Énéide (v. 37), qui ouvre la seconde moitié du poème et les guerres du Latium — guerres dont l'enjeu est la main de Lavinia.
Le choix de Virgile surprend : pour un récit guerrier, Calliope aurait paru plus attendue. Il témoigne de la souplesse que conservaient encore les attributions des Muses à la fin de la République — celle-là même que l'on observe sur les deniers de Pomponius Musa, frappés une génération plus tôt.
Érato sur le monnayage — Série des Muses (types attribués ou réattribués)
Les autres Muses de la série Pomponia — RRC 410
- Hésiode, Théogonie, v. 75-79 — liste des neuf Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne.
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, III, 1-5 — invocation d'Érato en ouverture du chant consacré à la passion de Médée.
- Virgile, Énéide, VII, 37 — invocation d'Érato au seuil de la seconde moitié du poème.
- Ovide, L'Art d'aimer, II, 16 — « Nunc Erato, nam tu nomen amoris habes ».
- Ovide, Fastes, IV, 195-196 — Érato, au nom tiré de l'amour, guide le poète pour le mois de Vénus.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 410/6 (Érato) et 410/7 (Terpsichore).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Pomponia 12.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 814.
- Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — BMCRR 3612.
- Banti, A., Corpus Nummorum Romanorum, vol. 7, 1980 — réattribution à Érato des types au plectre.
- Davis, Ph., « Erato or Terpsichore: A Reassessment », dans FIDES. Contributions to Numismatics in Honor of Richard B. Witschonke, ANS, New York, 2015, p. 393-401.
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