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Vacuna

Déesse sabine · Repos des champs et Victoire · Iconographie numismatique · République romaine

NatureDivinité sabine
Identifications antiquesVictoire · Minerve · Diane · Cérès · Vénus
Lieux de culteFanum Vacunae · Bois sacrés de Reate
Attributs monétairesCasque · Arc et carquois · Corne d'abondance
MonnaieRRC 409/1 (Plaetoria)

Vacuna est l'une des divinités les plus énigmatiques de la religion romaine. Déesse des Sabins, elle était si mal définie que les commentateurs antiques d'Horace la disaient « d'aspect incertain » et hésitaient à la confondre avec Victoria, Minerve, Diane, Cérès ou Vénus. Les Romains rattachaient son nom au verbe vacare (« être libre, vacant ») : elle aurait été honorée par les paysans au moment où les travaux des champs s'achèvent et où l'on est vacuus, libéré du labeur.

Son culte est attesté autour de Reate (Rieti), cœur du pays sabin, où Pline l'Ancien situe des « bois de Vacuna » près du lac de Cutilia, et surtout au Fanum Vacunae (l'actuelle Roccagiovine), à deux pas de la villa d'Horace. C'est là que l'empereur Vespasien, lui-même né en Sabine, fit restaurer à ses frais un temple de la Victoire que la tradition érudite identifie, depuis le XVIIe siècle, au sanctuaire de Vacuna. En numismatique, la déesse n'apparaît — sous réserve d'identification — que sur un seul type : le denier RRC 409/1 de Marcus Plaetorius Cestianus.

Denier Plaetoria RRC 409/1 · Buste de Vacuna casqué · Aigle sur un foudre · Marcus Plaetorius Cestianus · 67 av. J.-C.
Denier Plaetoria · RRC 409/1 · Buste casqué de Vacuna (?) / Aigle sur un foudre · M. Plaetorius Cestianus, édile curule · 67 av. J.-C.

« Haec tibi dictabam post fanum putre Vacunae, excepto quod non simul esses, cetera laetus. »

« Voilà ce que je te dictais derrière le temple croulant de Vacuna, heureux de tout, sauf de ne pas t'avoir près de moi. »

— Horace, Épîtres, I, 10, v. 49–50 · à Aristius Fuscus · trad. LesDioscures
✦ Nature et domaine de Vacuna
R1 Une déesse « d'aspect incertain » Religion sabine · Érudition romaine

Vacuna occupe dans le panthéon romain une place singulière : c'est une divinité locale sabine dont les Romains eux-mêmes ne savaient plus bien définir la fonction. Le commentateur d'Horace Pomponius Porphyrion (IIIe s. ap. J.-C.) la présente comme une déesse des Sabins « figurée sous une apparence incertaine » (sub incerta specie).

Les scholies du pseudo-Acron rassemblent les opinions en circulation : pour les uns c'était Cérès, pour d'autres une « déesse du loisir » (dea vacationis) ; certains y voyaient Minerve ou Diane, quelques-uns Vénus. Varron, au premier livre de ses Antiquités divines aujourd'hui perdues, l'identifiait à la Victoire, au motif que celle-ci réjouit surtout ceux qui ont le loisir de se consacrer à la sagesse — jeu de mots savant sur vacare.

Cette liste antique d'identifications est la clé de lecture du denier RRC 409/1 : le buste y cumule les attributs de plusieurs de ces déesses — le casque de Minerve, l'arc et le carquois de Diane, la corne d'abondance des divinités de la prospérité. Plutôt qu'un syncrétisme « délibéré », il faut sans doute y voir la traduction en image de l'indétermination même de la déesse.

Ovide (Fastes, VI, 307–308) témoigne encore, sous Auguste, de la persistance de rites anciens : lorsqu'on célèbre les sacra de l'antique Vacuna, on se tient debout ou assis devant ses « foyers vacunaux ».

R2 Horace, Vespasien et le Fanum Vacunae Ier s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C.
Vestiges de la villa d'Horace à Licenza
Vestiges de la villa d'Horace à Licenza (Sabine) · Wikimedia Commons

Le témoignage le plus personnel sur Vacuna vient du poète Horace (65–8 av. J.-C.). Vers 33 av. J.-C., Mécène lui offre un domaine en Sabine, dans la vallée de la Digentia (l'actuelle Licenza), affluent de l'Anio. Dans l'Épître I, 10, adressée à son ami Aristius Fuscus, resté à Rome, Horace oppose la paix des champs à l'agitation urbaine et date sa lettre de ce lieu : « derrière le temple croulant de Vacuna » (post fanum putre Vacunae).

Le sanctuaire était donc déjà en ruine à l'époque augustéenne. Un siècle plus tard, une inscription encore conservée à Roccagiovine, le village voisin de la villa, rappelle que l'empereur Vespasien, durant sa censure (73–74 ap. J.-C. ou peu après), restaura à ses frais un temple de la Victoire « écroulé de vétusté » (aedem Victoriae vetustate dilapsam sua impensa restituit, CIL XIV, 3485). C'est cette inscription qui permit au géographe Lucas Holstenius, au XVIIe siècle, de reconnaître le Fanum Vacunae d'Horace et de situer sa villa à Licenza : la Victoire de l'inscription y est la Vacuna de Varron.

Buste de l'empereur Vespasien, Musée archéologique national de Venise
Buste de Vespasien · Venise, Museo Archeologico Nazionale · Wikimedia Commons

Le geste n'est pas anodin. Vespasien était né en Sabine, au village de Falacrinae près de Reate (Suétone, Vespasien, 2), et c'est encore en Sabine, aux eaux de Cutilia, qu'il mourut en 79 (Suétone, Vespasien, 24). Restaurer le temple d'une vieille déesse de sa terre natale, c'était afficher à la fois sa pietas et ses racines italiques, face à une aristocratie romaine qui le jugeait de naissance modeste.

Un bas-relief encastré dans le château de Roccagiovine, non loin de l'inscription, a été publié en 1916 par A. W. van Buren comme une possible image de la déesse du sanctuaire ; l'identification reste conjecturale.

R3 Reate, le lac de Cutilia et les bois sacrés Pays sabin · Vallée du Velino

Le second foyer du culte se trouve autour de Reate. Pline l'Ancien (Histoire naturelle, III, 109) mentionne, dans la région de Reate, le lac de Cutilia, dont Varron faisait le « nombril de l'Italie », et les « bois de Vacuna » (Vacunae nemora). Le culte en plein air, dans des clairières et des bois sacrés, est typique des divinités italiques archaïques.

Le lac de Cutilia (aujourd'hui lago di Paterno, près de Castel Sant'Angelo) était célèbre pour son île flottante ; Denys d'Halicarnasse (Antiquités romaines, I, 15), qui suit ici Varron, le dit consacré à la Victoire — nouvel indice de l'équivalence Vacuna-Victoria dans la tradition sabine. Les inscriptions votives de la haute vallée du Velino et de la vallée du Canera (CIL IX, 4636, 4751, 4752) confirment que la déesse était encore honorée localement à l'époque impériale.

Le lago di Paterno, antique lac de Cutilia, près de Rieti
Le lago di Paterno, antique lacus Cutiliae · Photo A. Antonelli · CC BY 3.0
Vue aérienne du lago di Paterno
Vue aérienne du lac de Cutilia, dans la plaine de San Vittorino · Wikimedia Commons
✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes du buste sur le denier RRC 409/1 Une déesse aux attributs empruntés

Aucune image antique de Vacuna n'est nommée. Le buste du denier de Plaetorius Cestianus est donc identifié par ses attributs, qui correspondent presque terme à terme aux déesses énumérées par les scholiastes d'Horace.

🪖Casque à cimierCouronné de laurier. Emprunté à Minerve ; il évoque aussi la Victoire guerrière à laquelle Varron identifiait Vacuna.
🏹Arc et carquoisPortés sur l'épaule, ce sont les armes de Diane chasseresse, l'une des identifications citées par les scholiastes.
🏺Corne d'abondancePlacée sous le menton du buste. Symbole de prospérité, elle renvoie aux divinités nourricières (Cérès, Fortuna).
🦅Aigle et foudreAu revers, l'emblème de Jupiter. Il place la déesse sabine sous la protection du dieu suprême de Rome.
🌳Bois sacrésLes Vacunae nemora de Pline : un culte de plein air, typique des divinités italiques archaïques.
🔥Foyers vacunauxOvide décrit des rites accomplis debout ou assis devant les Vacunales foci.
Diane de Versailles, Musée du Louvre
« Diane de Versailles », copie romaine d'après Léocharès · Louvre · Photo E. Gaba · CC BY-SA 2.5

Ce cumul relève de la logique de l'interpretatio : une divinité locale, faute d'image canonique, reçoit les attributs des grandes déesses gréco-romaines dont on la rapproche. Le carquois de Diane, bien visible sur la célèbre statue du Louvre, se retrouve ainsi à l'épaule de la déesse sabine.

Les descriptions françaises anciennes du denier, encore reprises par certains catalogues, parlent d'un buste « ailé » et « couronné d'épis », entouré d'une stemma. Ces détails ne figurent pas dans les descriptions de Crawford ni du British Museum : on y lit un casque couronné de laurier, et le cercle qui entoure les deux faces est une simple bordure de perles et de pirouettes, ornement fréquent à cette période.

✦ Représentation numismatique
⚡ RRC 409/1 — Une identification de convention

Le denier RRC 409/1 de Marcus Plaetorius Cestianus, frappé en 67 av. J.-C. pendant son édilité curule, est la seule monnaie républicaine où l'on reconnaît Vacuna. La déesse n'y est pas nommée : l'identification, proposée par les numismates du XIXe siècle et reprise par Ernest Babelon, repose sur la concordance entre les attributs du buste et la liste des déesses que les scholiastes d'Horace associent à Vacuna.

C'est pourquoi Crawford et les grands musées (British Museum, Museum of Fine Arts de Boston) l'écrivent avec prudence « Vacuna ? ». L'hypothèse reste la plus satisfaisante — aucune autre déesse ne réunit à elle seule casque, arc, carquois et corne d'abondance — mais elle n'est pas démontrée.

02 Denier Plaetoria · Marcus Plaetorius Cestianus · RRC 409/1 Rome · 67 av. J.-C.
🏹 Vacuna (?) · Buste casqué, arc et carquois, corne d'abondance
Denier Plaetoria RRC 409/1 · Vacuna · Marcus Plaetorius Cestianus · 67 av. J.-C.RRC 409/1 · Avers et revers
🏛 Légendes & description
Avers CESTIANVS · S·C Buste drapé de Vacuna (?) à droite, coiffé d'un casque à cimier couronné de laurier ; arc et carquois sur l'épaule ; corne d'abondance sous le menton. CESTIANVS derrière, S·C devant (Senatus Consulto, « par décision du Sénat »). Bordure de perles et de pirouettes.
Revers M·PLAETORIVS M·F AED·CVR Aigle debout sur un foudre, la tête tournée à gauche. Légende circulaire : Marcus Plaetorius Marci filius, aedilis curulis — « Marcus Plaetorius, fils de Marcus, édile curule ». Bordure de perles et de pirouettes.

L'aigle sur le foudre est l'emblème de Jupiter. Placer la déesse sabine sous ce signe, c'est lui conférer une légitimité de premier rang dans la religion de l'État romain. La formule S·C rappelle que l'émission fut autorisée par un sénatus-consulte : les édiles n'avaient pas le droit de frapper monnaie de leur propre autorité.

La mention de l'édilité curule au revers éclaire le contexte. Les édiles curules organisaient notamment les Ludi Megalenses en l'honneur de Cybèle ; c'est pourquoi l'autre denier de son édilité (RRC 409/2) montre la tête tourelée de Cybèle et, au revers, la chaise curule, insigne de la magistrature. Le choix de Vacuna pour RRC 409/1 n'a pas reçu d'explication assurée ; une origine sabine de la famille a été supposée, sans preuve.

Selon une hypothèse reprise par certains catalogues, ce droit aurait servi de modèle à de petites monnaies arvernes à la légende EPAD — signe de la large circulation de ce denier hors d'Italie.

✦ Marcus Plaetorius Cestianus · Le magistrat
03 Une carrière sous les yeux de Cicéron 69–44 av. J.-C.

Marcus Plaetorius M. f. Cestianus est surtout connu par Cicéron. Déjà questeur, il est en 69 av. J.-C. l'accusateur de M. Fonteius, que Cicéron défend (Pro Fonteio, 1). La même année, il frappe comme monétaire la série RRC 405 : tête féminine (Fortuna ?), buste de Proserpine coiffé de pavots avec un caducée ailé ou un vase et une torche, tête masculine aux cheveux flottants.

Il est édile curule avec C. Flaminius, très probablement en 67 av. J.-C. (Cicéron, Pro Cluentio, 126), année où il frappe les deniers RRC 409/1 et 409/2. En 66, il préside comme iudex quaestionis le tribunal des meurtres (Pro Cluentio, 147), puis accède à la préture vers 64. Condamné en 51 pour un motif que nous ignorons (Lettres à Atticus, V, 20, 8), il apparaît une dernière fois en 44 comme voisin d'Atticus (Lettres à Atticus, XV, 17).

Ses deux émissions forment l'un des programmes iconographiques les plus variés de la fin de la République : Fortuna, Proserpine, Cybèle, Vacuna. Plusieurs de ces divinités — Proserpine et ses pavots, la corne d'abondance de Vacuna — relèvent du registre de la fertilité et des récoltes.

✦ Vacuna · Entre Sabine et Rome
04 Une divinité de l'absence et du loisir Interprétations modernes

L'étymologie antique par vacare a nourri deux lectures. La plus courante, transmise par les scholiastes et reprise par les dictionnaires du XIXe siècle, fait de Vacuna la déesse du repos après les travaux des champs. Georges Dumézil a proposé une autre piste : le vide, l'absence. Il remarque qu'Horace, dans les vers mêmes où il nomme Vacuna, évoque l'absence de son ami (« sauf de ne pas t'avoir près de moi ») ; la déesse aurait pu être invoquée en faveur des êtres chers éloignés.

Quoi qu'il en soit, Vacuna illustre bien le sort des dieux italiques intégrés à Rome : conservés dans leurs sanctuaires régionaux, rattachés par les érudits — Varron en tête — à des figures plus familières, mais jamais entièrement absorbés. Comme Feronia ou Bona Dea, elle garde jusqu'à l'Empire un culte local vivant, ce que confirment les inscriptions sabines et la restauration flavienne de Roccagiovine.

✦ Fiches numismatiques liées

Vacuna — Denier de l'édilité de Plaetorius Cestianus

Plaetorius Cestianus monétaire — Série RRC 405 (69 av. J.-C.)

Divinités associées à Vacuna — Articles liés

📚Notes & Références
  • Horace, Épîtres, I, 10, v. 49–50 — lettre à Aristius Fuscus, écrite « derrière le temple croulant de Vacuna ».
  • Pomponius Porphyrion et pseudo-Acron, scholies à Horace, Épîtres, I, 10, 49 — Vacuna « d'aspect incertain » ; identifications à Cérès, Minerve, Diane, Vénus ; opinion de Varron (Victoire).
  • Varron, Antiquitates rerum divinarum, livre I (perdu ; cité par le pseudo-Acron).
  • Ovide, Fastes, VI, v. 307–308 — sacra de l'antique Vacuna et Vacunales foci.
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 109 — lac de Cutilia et Vacunae nemora près de Reate.
  • Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 15 — le lac de Cutilia et son île flottante.
  • Suétone, Vespasien, 2 et 24 — naissance à Falacrinae près de Reate, mort aux eaux de Cutilia.
  • Ausone, Épîtres, 4, v. 101 — mention tardive de Vacuna (IVe s. ap. J.-C.).
  • CIL XIV, 3485 (= ILS 3813) — restauration par Vespasien de l'aedes Victoriae de Roccagiovine.
  • CIL IX, 4636, 4751, 4752 — dédicaces à Vacuna en territoire sabin.
  • Cicéron, Pro Fonteio, 1 ; Pro Cluentio, 126 et 147 ; Lettres à Atticus, V, 20, 8 et XV, 17 — carrière de M. Plaetorius Cestianus.
  • Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 405 (69 av. J.-C.) et 409/1–2 (67 av. J.-C.).
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — famille Plaetoria, n° 4.
  • Grueber, H. A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — Rome 3596.
  • Sydenham, E. A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 809.
  • Sear, D. R., Roman Coins and their Values, I, Londres, 2000 — n° 349.
  • Broughton, T. R. S., The Magistrates of the Roman Republic, II, New York, 1952 — carrière de M. Plaetorius Cestianus.
  • Dumézil, G., La religion romaine archaïque, 2e éd., Paris, Payot, 1974.
  • Dumézil, G., « Vacuna », dans Ex orbe religionum. Studia Geo Widengren oblata, II, Leyde, Brill, 1972.
  • van Buren, A. W., « Vacuna », The Journal of Roman Studies, 6, 1916.
  • Evans, E. C., « Horace's Sabine Goddess Vacuna », Transactions and Proceedings of the American Philological Association.
  • Courbaud, E., Horace : sa vie et sa pensée à l'époque des Épîtres, Paris, 1914.
Article rédigé parChristopher Mérat
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