Attis
Le berger phrygien · Parèdre de Cybèle · Mort et renouveau · Iconographie numismatique républicaine
Attis est une divinité d'origine phrygienne, liée à la végétation et au cycle des saisons. Il est indissociable du culte de Cybèle, la Grande Mère des dieux (Magna Mater), dont il est selon les versions le jeune protégé, l'amant ou le fils. Le culte de la déesse fut officiellement introduit à Rome en 204 av. J.-C., sous le consulat de M. Cornelius Cethegus ; celui d'Attis n'y reçut en revanche une place officielle qu'à l'époque impériale.
Berger d'une grande beauté, Attis connaît un destin tragique — folie, mutilation, mort sous un pin — qui fit de lui l'une des figures majeures des cultes dits « à mystères ». L'image d'un dieu « mort et ressuscité », popularisée au début du XXe siècle, est aujourd'hui très discutée : les sources anciennes évoquent surtout la préservation miraculeuse de son corps, et la fête de la joie (Hilaria) n'est attestée qu'à l'époque impériale.
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« Super alta vectus Attis celeri rate maria, / Phrygium ut nemus citato cupide pede tetigit… »
« Porté sur une nef rapide par-delà la haute mer, Attis, dès qu'il eut touché d'un pied pressé et avide le bois de Phrygie… »
— Catulle, Carmen LXIII, 1–2 · traduction LesDioscures
Les versions du mythe divergent. Chez Ovide (Fastes, IV, 223–244), le jeune berger phrygien, aimé de Cybèle, lui a promis de rester chaste ; il manque à sa parole avec la nymphe Sagaritis. La déesse fait périr la nymphe et frappe Attis de folie : il se mutile. Arnobe (Contre les païens, V, 5–7), qui suit le récit de Timothée, raconte qu'Attis, sur le point d'épouser la fille du roi de Pessinonte, est saisi d'un délire envoyé par Agdistis et se mutile sous un pin ; de son sang naissent des violettes.
Ovide rapporte ailleurs (Métamorphoses, X, 103–105) qu'Attis fut changé en pin, l'arbre cher à la Mère des dieux. Selon Arnobe, Agdistis obtint de Jupiter que le corps du jeune homme ne se corrompe pas, que ses cheveux continuent de pousser et que son petit doigt garde le mouvement — une survie miraculeuse plutôt qu'une résurrection à proprement parler.
À l'époque impériale, un cycle de fêtes de mars commémorait ce mythe : le 22 (Arbor intrat), les dendrophores portaient au sanctuaire de la déesse un pin abattu, paré de bandelettes de laine et de violettes ; le 24 (Sanguis) était jour de deuil et de sang ; le 25, les Hilaria célébraient le retour de la joie. Ce calendrier n'est pas attesté sous la République.

Cybèle · Formia, v. 60 av. J.-C.Ny Carlsberg Glyptotek · CC BY-SA 3.0
En 204 av. J.-C., après consultation des Livres Sibyllins — qui promettaient que l'ennemi étranger serait chassé d'Italie si l'on faisait venir la Mère Idéenne — et d'un oracle de Delphes, le Sénat fit venir de Pessinonte, en Phrygie, avec l'appui du roi Attale Ier de Pergame, la pierre noire, un bétyle qui incarnait la déesse (Tite-Live, XXIX, 10–14). Elle fut accueillie à Ostie par P. Cornelius Scipio Nasica, désigné comme le meilleur des citoyens, sous le consulat de M. Cornelius Cethegus. Déposée d'abord dans le temple de la Victoire sur le Palatin, elle rejoignit le temple de la Magna Mater, dédié en 191 av. J.-C.
Les rites de la déesse restaient étrangers aux mœurs romaines : ses prêtres eunuques, les Galles, se mutilaient dans la transe. Denys d'Halicarnasse (II, 19) précise qu'aucun citoyen romain ne pouvait prendre part aux processions phrygiennes ni devenir prêtre de la déesse ; ces restrictions ne furent assouplies qu'à l'époque impériale.
Pour Babelon, le jeune berger chevauchant un bouc du denier RRC 288/1 ferait allusion à l'introduction du culte de Cybèle sous le consulat de M. Cornelius Cethegus, tenu pour l'ancêtre du monétaire ; le casque phrygien de Roma à l'avers irait dans le même sens. Cette lecture familiale reste une hypothèse : Crawford ne la retient pas (voir ci-dessous).
L'identification du cavalier du denier RRC 288/1 avec Attis remonte à Cavedoni, suivi par Babelon. Crawford (RRC, 1974) l'écarte : la couronne qui entoure le type est de lierre et la monture est un bouc mâle ; il y voit plutôt une allusion dionysiaque et rapproche le type du denier de Mn. Fonteius (RRC 353), où un enfant chevauche un bouc. D'autres lectures encore ont été proposées (Alföldi, Weinstock). Le nom d'Attis, retenu ici dans la tradition de Babelon, doit donc être compris comme une hypothèse.
RRC 288/1 · BnF · 3,68 g · 19 mm · 11 h↗ Fiche 1085CO
Le denier de Cetegus (gens Cornelia, 115–114 av. J.-C.) est la seule émission connue de ce monétaire, dont le prénom n'est pas inscrit sur la monnaie. Crawford le considérait déjà comme désormais unique : l'exemplaire du Cabinet des médailles est le seul recensé, d'où son indice de rareté 10+.
La formule EX·S·C (ex senatus consulto) indique une émission décidée par décret du Sénat, mention rare sur les deniers de cette période et qui suppose une circonstance particulière.
Références : Crawford RRC 288/1 · Babelon Cornelia 18 · Rareté 10+ · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ BnF Gallica · ↗ CRRO
RRC 385/4 · British Museum · 3,87 g↗ Fiche 1321VO
Vers 78 av. J.-C., M. Volteius frappe cinq deniers que Mommsen a rattachés aux cinq grands jeux de Rome. Celui des Ludi Megalenses, célébrés en avril en l'honneur de Cybèle, porte au droit un buste juvénile coiffé d'un casque phrygien ceint de laurier, que l'on identifie le plus souvent à Attis — Babelon hésitait avec Corybas, et Crawford le décrit sans le nommer.
Émission abondante : Crawford estime à 71 le nombre de coins de droit comme de revers, chaque symbole du droit étant associé à une marque grecque au revers.
Références : Crawford RRC 385/4 · Babelon Volteia 4 · Sydenham 777 · Rareté 5 · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ CRRO
- Catulle, Carmen LXIII — le délire et la mutilation d'Attis.
- Ovide, Fastes, IV, 179–372 — arrivée de la déesse à Rome et Megalesia ; IV, 223–244 : le mythe d'Attis et de Sagaritis.
- Ovide, Métamorphoses, X, 103–105 — Attis changé en pin.
- Arnobe, Contre les païens, V, 5–7 et 16–17 — le récit de Timothée (Agdistis, violettes, corps préservé) ; le pin paré de bandelettes.
- Pausanias, Description de la Grèce, VII, 17, 9–12 — Agdistis et l'enfance d'Attis nourri par un bouc.
- Tite-Live, Histoire romaine, XXIX, 10–14 — venue de la Mère Idéenne à Rome (204 av. J.-C.) ; XXXVI, 36 — dédicace du temple (191 av. J.-C.).
- Lucrèce, De la nature, II, 600–660 — le cortège de la Grande Mère et des Galles.
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 19 — exclusion des citoyens romains des rites phrygiens.
- Macrobe, Saturnales, I, 21, 7–10 — Attis et la fête des Hilaria.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 288/1 et 385/4.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Cornelia 18 ; Volteia 4.
- Vermaseren, M.J., Cybele and Attis: The Myth and the Cult, Londres, Thames & Hudson, 1977.
- Roller, L.E., In Search of God the Mother: The Cult of Anatolian Cybele, Berkeley, University of California Press, 1999.
- Lancellotti, M.G., Attis Between Myth and History: King, Priest and God, Leyde, Brill, 2002.
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