Sanglier d'Érymanthe
Quatrième travail d'Héraclès · Mythologie grecque & numismatique romaine
Le sanglier d'Érymanthe est l'une des créatures les plus redoutables du bestiaire héroïque grec : un énorme sanglier qui dévastait les pentes du mont Érymanthe, au nord-ouest de l'Arcadie, et ravageait les terres de Psophis. Sa capture constitue le quatrième travail imposé à Héraclès par Eurysthée, roi de Mycènes — avec une exigence qui distingue cet épisode des précédents : ramener la bête vivante.
Cette contrainte transforme l'épreuve. Là où le lion de Némée et l'hydre de Lerne appelaient la mise à mort, le sanglier exige ruse, endurance et stratégie : Héraclès doit épuiser la bête, la prendre au piège, l'entraver et la porter jusqu'à Mycènes. L'exploit devient une démonstration de maîtrise autant que de puissance.
Dans la numismatique républicaine romaine, l'épisode trouve un écho direct sur le denier de Marcus Volteius (RRC 385/2, 78 av. J.-C.), qui associe la tête d'Hercule coiffé de la léonté et le sanglier d'Érymanthe au revers. Trois siècles plus tard, Postume puis Probus reprennent le thème sur leurs émissions consacrées aux travaux d'Hercule.
« L'ayant chassé à grands cris hors d'un fourré, il le poussa, épuisé, dans une neige profonde, le prit au lacet et le porta à Mycènes. »
— Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 4 · trad. LesDioscures
Selon Apollodore, Héraclès débusqua le sanglier à grands cris de son fourré, le contraignit à fuir jusqu'à l'épuisement dans la neige profonde, puis le captura au lacet avant de le charger sur ses épaules. La neige devient ainsi l'alliée du héros : elle épuise la bête plus sûrement qu'aucune arme, et permet de la prendre sans la blesser.
La réaction d'Eurysthée à la vue de l'animal est restée célèbre : pris de panique, le roi se cacha dans une jarre de bronze enfouie dans le sol. Diodore de Sicile (IV, 12) rattache explicitement cette scène au sanglier, quand Apollodore la place dès le retour du lion de Némée. Les peintres de vases attiques l'ont reproduite avec délectation : Héraclès brandit le sanglier au-dessus du pithos d'où ne dépassent que la tête et les bras suppliants du roi.
La suite varie selon les sources. Apollonios de Rhodes (Argonautiques, I, 122-131) raconte qu'Héraclès, apprenant le rassemblement des Argonautes, déposa le sanglier encore vivant devant les portes de Mycènes et partit aussitôt rejoindre l'expédition. Pausanias (VIII, 24, 5) rapporte que les habitants de Cumes montraient dans le sanctuaire d'Apollon des défenses présentées comme celles du sanglier d'Érymanthe — tradition dont il doute lui-même ouvertement.
En chemin vers l'Érymanthe, Héraclès fit halte chez le centaure Pholos, fils de Silène et d'une nymphe, qui lui servit la viande rôtie tandis que lui-même la mangeait crue. Lorsque Pholos ouvrit, à la demande de son hôte, la jarre de vin commune à tous les centaures, l'odeur attira la horde : armés de rochers et de troncs de sapins, ils attaquèrent la grotte.
Héraclès les repoussa à coups de tisons puis de flèches trempées dans le venin de l'Hydre de Lerne, dont le moindre effleurement était mortel. Les fuyards se réfugièrent au cap Malée auprès de Chiron ; une flèche, traversant le bras du centaure Élatos, vint se ficher dans le genou de Chiron. Le plus sage des centaures — maître d'Achille, d'Asclépios et de Jason — ne pouvait mourir, mais souffrait sans remède ; il obtint la délivrance de la mort en cédant son immortalité à Prométhée. De retour, Héraclès trouva Pholos mort : examinant une flèche en s'étonnant qu'un si petit trait puisse tuer de si grands êtres, il l'avait laissée tomber sur son pied (Apollodore, II, 5, 4). Ovide (Fastes, V, 379-414) donne une version voisine où la flèche tombe sur le pied de Chiron lui-même, ensuite placé parmi les constellations.
L'épisode des centaures est l'un des plus riches en enseignements de tout le cycle héracléen. L'ouverture d'un bien commun sans le consentement de la communauté déclenche une violence disproportionnée — le pithos de vin fonctionne comme une métaphore de l'ordre social rompu par l'excès. La mort accidentelle de Pholos et la blessure de Chiron montrent que les innocents pâtissent des débordements des forts : la puissance du héros, bienfaisante dans sa mission, devient destructrice par ses conséquences.
Cyniques et stoïciens feront d'Héraclès le modèle du ponos — l'effort vertueux librement consenti —, tandis que la tragédie (Sophocle, Les Trachiniennes ; Euripide, Héraclès) explore l'autre face du héros : une force qui, mal maîtrisée, se retourne contre les siens.
Le sanglier d'Érymanthe concentre une symbolique dense. Animal des montagnes et des forêts obscures, lié aux forces brutes qui précèdent la civilisation, il représente dans les lectures allégoriques une énergie sauvage à maîtriser plutôt qu'à détruire. L'exigence de capture vivante est ici fondamentale : ce qui n'est pas tué doit être dompté.
1319VO · RRC 385/2 · M. Volteius · 78 av. J.-C.Le denier émis par Marcus Volteius, fils de Marcus (RRC 385/2), est la représentation majeure du sanglier d'Érymanthe dans le monnayage républicain. Les deux faces racontent l'épisode : à l'avers, la tête d'Hercule imberbe coiffé de la léonté, la dépouille du lion de Némée ; au revers, le sanglier d'Érymanthe courant à droite. Le spectateur lit d'un coup d'œil le héros et sa proie — une narration en diptyque, rare dans la série républicaine.
Le choix d'un Hercule imberbe n'a rien d'exceptionnel : c'est la forme juvénile du héros, courante dans l'iconographie étrusque et romaine, qui le distingue de l'Hercule barbu et mûr des émissions impériales.
Ce denier appartient à une série cohérente de cinq types que Mommsen a rapprochée des cinq grandes fêtes de l'année romaine. Dans cette lecture, le type au sanglier renverrait aux Ludi Plebeii, célébrés en novembre au Circus Flaminius — dont le voisinage abritait le temple d'Hercule Magnus Custos. L'attribution de chaque type à une fête reste une hypothèse, et la datation elle-même est discutée (78 av. J.-C. selon Crawford, vers 75 selon Harlan).
- 385/1Jupiter / temple de Jupiter Capitolin — Ludi Romani
- 385/2Hercule / sanglier d'Érymanthe — Ludi Plebeii
- 385/3Liber / Cérès en bige de serpents — Ludi Ceriales
- 385/4Attis ou Corybante / Cybèle en bige de lions — Ludi Megalenses
- 385/5Apollon / trépied — Ludi Apollinares
Le sanglier d'Érymanthe, capturé vivant par Héraclès, est distinct du sanglier de Calydon, envoyé par Artémis en Étolie et tué lors de la chasse menée par Méléagre. C'est ce dernier qui figure — transpercé d'une lance et attaqué par un chien — sur le denier de C. Hosidius Geta (RRC 407), au droit de Diane. Sur le denier Volteia, l'animal est seul, intact, en pleine course : c'est bien la bête d'Arcadie, que l'avers d'Hercule identifie sans ambiguïté.
Au IIIe siècle, Hercule devient le miroir idéologique d'empereurs soldats qui se présentent comme les vainqueurs infatigables des menaces pesant sur l'Empire. Deux souverains consacrent aux travaux de véritables séries monétaires où figure le sanglier d'Érymanthe.
Postume frappe à Cologne et Trèves la série la plus complète des travaux d'Hercule, en or et en argent, avec un droit original où son buste lauré se superpose à celui du héros. Chaque revers associe à Hercule une épithète géographique tirée du lieu de l'exploit : HERCVLI CRETENSI (taureau de Crète), HERCVLI PISAEO (écuries d'Augias)… Le sanglier porte la légende HERCVLI ERYMANTHINO (RIC V-2, 344) : Hercule marche à droite, le sanglier sur l'épaule, devant la jarre où se terre Eurysthée — fidèle reprise de l'iconographie des vases grecs.
Une génération plus tard, Probus fait frapper à Siscia des aurei au revers HERCVLI ERYMANTHIO (RIC V-2, 586-587) : Hercule debout, nu, la léonté nouée, porte le sanglier sur l'épaule gauche. Seuls trois travaux sont connus à ce jour dans cette série : la biche de Cérynie (HERCVLI ARCADIO, RIC 585), le sanglier et Cerbère (RIC 588). Il est possible que d'autres types aient existé sans nous être parvenus.
Ces émissions coïncident avec les campagnes de Probus sur le Danube et en Rhétie ; le parallèle entre l'empereur et le héros qui soumet les monstres est transparent, sans qu'il soit possible d'attribuer à chaque travail une allusion politique précise.
L'ordre des douze travaux varie selon les sources antiques — Apollodore et Diodore de Sicile ne s'accordent pas toujours, et Euripide omet même le sanglier de sa liste. La séquence d'Apollodore, devenue canonique, place le sanglier d'Érymanthe en quatrième position, après trois épreuves péloponnésiennes.
La céramique attique à figures noires a fixé, dès le VIe siècle av. J.-C., le schéma qui traversera toute l'Antiquité : non pas le combat, mais le retour à Mycènes, Héraclès brandissant le sanglier au-dessus d'Eurysthée réfugié dans sa jarre. Le Peintre d'Antiménès l'a traité à plusieurs reprises (Louvre F 202 ; British Museum, amphore trouvée à Vulci).
À la fin du IIIe siècle apr. J.-C., le grand cycle des douze travaux de la villa de Chiragan (Martres-Tolosane, auj. musée Saint-Raymond, Toulouse) renouvelle la formule : taillé dans le marbre de Saint-Béat, Hercule y étreint le flanc du sanglier contre sa poitrine, face à un Eurysthée réduit à une figure minuscule.
À l'époque moderne, le thème entre dans les grands programmes princiers. Lucas Cranach l'Ancien le traite dans sa série des travaux d'Hercule (Herzog Anton Ulrich-Museum, Brunswick) ; Francisco de Zurbarán l'intègre en 1634 aux dix scènes d'Hercule commandées par Philippe IV pour le salon des Royaumes du palais du Buen Retiro (auj. musée du Prado), où le héros, fondateur légendaire de la monarchie espagnole, s'apprête à abattre sa massue sur la bête. Eugène Delacroix le reprend enfin dans son cycle d'Hercule pour l'Hôtel de Ville de Paris (1851-1854), détruit dans l'incendie de 1871.
En littérature, Agatha Christie transpose le mythe dans Le Sanglier d'Érymanthe, nouvelle parue en 1940 puis reprise dans le recueil Les Travaux d'Hercule (1947) : Hercule Poirot y traque, dans un hôtel isolé des Alpes suisses accessible par funiculaire, un criminel comparé à la bête arcadienne — transposition fidèle à l'esprit de ruse et de persévérance de l'original.
Monnaie républicaine · Série Volteia
Divinités & articles
- Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 4 — récit canonique de la capture du sanglier et de l'épisode des centaures Pholos et Chiron.
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 12 — la capture, Eurysthée caché dans la jarre de bronze, le combat contre les centaures.
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, 122-131 — Héraclès dépose le sanglier à Mycènes pour rejoindre les Argonautes.
- Pausanias, Description de la Grèce, VIII, 24, 5 — les défenses montrées à Cumes, tradition jugée invraisemblable par l'auteur.
- Ovide, Fastes, V, 379-414 — la blessure et la mort de Chiron, sa catastérisation.
- Sophocle, Les Trachiniennes — le venin de l'Hydre qui blessa Chiron, cause de la mort d'Héraclès.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 385/1-5 (Volteia).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Volteia 2.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 775.
- Hollstein, W., Die stadtrömische Münzprägung der Jahre 78-50 v. Chr. zwischen politischer Aktualität und Familienthematik, Munich, 1993, p. 9-22 — la série Volteia.
- The Roman Imperial Coinage, vol. V-2, Londres, 1933 — Postume n° 344 ; Probus n° 585-588.
- Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), s.v. Herakles — répertoire des représentations antiques du sanglier d'Érymanthe.
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