Anna Perenna
Déesse du cycle annuel · Iconographie numismatique · République romaine
Anna Perenna est une figure de la mythologie romaine, une ancienne déesse associée au cycle de l'année et au renouveau. Son nom est souvent rapproché de l'expression latine annus perennis, « année pérenne » ou « année éternelle » ; Ovide rapporte aussi l'étymologie amnis perennis, « fleuve intarissable ». Elle était vénérée comme une divinité du temps, du passage des saisons et de la continuité de la vie.
Sa fête avait lieu le 15 mars, aux Ides de Mars, une date importante dans le calendrier romain. C'était une célébration animée où l'on se réunissait en plein air pour boire et festoyer, en portant des toasts à la longue vie et à la prospérité.

« Idibus est Annae festum geniale Perennae
haud procul a ripis, advena Thybri, tuis. »« Aux Ides se tient la joyeuse fête d'Anna Perenna, non loin de tes rives, Tibre venu d'ailleurs. »
— Ovide, Fastes, III, 523–524
Anna Perenna incarne la boucle temporelle dans toute sa complexité — à la fois achèvement et recommencement. Ses attributs reflètent cette dualité entre la vieillesse et la jeunesse, entre la fin et le début, qui structure sa fonction divine.
Sur les monnaies romaines, c'est à travers la gens Annia que le souvenir d'Anna Perenna s'exprime, le nom de la famille faisant écho à celui de la déesse.
L'une des traditions rapportées par Ovide dépeint Anna Perenna comme une vieille femme de Bovillae, petite ville du Latium, qui, lors de la Sécession de la plèbe sur le mont Sacré (494 av. J.-C.), vint en aide au peuple affamé en lui apportant chaque matin des galettes encore chaudes. Ce geste de générosité lui valut la reconnaissance populaire, et la plèbe lui éleva une statue une fois la paix revenue.
Ce mythe ancre Anna Perenna dans une tradition plébéienne, loin des grandes divinités aristocratiques. Sa fête du 15 mars, célébrée près des rives du Tibre, gardait ce caractère populaire et joyeux : on s'y livrait à des banquets en plein air, on chantait, on buvait autant de coupes que l'on souhaitait d'années de vie supplémentaires.
Une version plus lettrée, développée par Ovide dans les Fastes, rattache Anna Perenna à la légende troyenne. Anna y est la sœur de Didon, reine de Carthage, déjà présente chez Virgile (Énéide, IV). Après la mort de Didon, Anna s'enfuit et, portée par la tempête, échoue sur les côtes du Latium, où elle retrouve Énée, désormais établi en Italie.
Mais Lavinia, l'épouse d'Énée, voit en elle une rivale. Avertie en songe par l'ombre de Didon, Anna s'enfuit de nuit et disparaît dans les eaux du fleuve Numicius. Elle y devient nymphe : « je suis la nymphe du placide Numicius ; cachée dans l'amnis perennis, je me nomme Anna Perenna », fait dire Ovide aux eaux du fleuve. Cette métamorphose relie l'origine carthaginoise du personnage à son rôle de déesse romaine de l'année perpétuelle.
Gens AnniaRRC 366/3
Le lien entre Anna Perenna et la numismatique républicaine passe par la gens Annia. En 82–81 av. J.-C., C. Annius, fils et petit-fils de Titus (C·ANNI·T·F·T·N), traditionnellement surnommé Luscus, est envoyé par Sylla comme proconsul en Espagne contre Sertorius. Les deniers frappés pour cette campagne, au nom du proconsul et de ses questeurs L. Fabius Hispaniensis et C. Tarquitius, forment le groupe RRC 366/1 à 366/4.
Leur avers montre un buste féminin diadémé et drapé que Crawford décrit simplement comme « tête féminine », mais que Babelon et Sydenham identifient à Anna Perenna en raison de la proximité entre le nom de la déesse et celui de la gens. Selon Babelon, les Annii prétendaient d'ailleurs faire remonter leur origine à la déesse. La balance placée devant le buste a aussi fait proposer une Aequitas : l'identification reste une hypothèse, non une certitude.
Gens AnniaRRC 366/1
La légende d'avers développe le statut du magistrat : Caius Annius Titi filius Titi nepos pro consule ex senatus consulto, « C. Annius, fils de Titus, petit-fils de Titus, proconsul, par décret du Sénat ». La mention ex senatus consulto souligne le caractère officiel de cette émission militaire, frappée hors de Rome pendant la guerre contre Sertorius. Au revers, le Q rappelle la fonction de questeur de L. Fabius Hispaniensis.
Le caducée, symbole de paix, et la balance, symbole d'équité, associent la Victoire du revers à la promesse d'un ordre rétabli. Les variantes 366/1a à 366/1c se distinguent par leurs marques de contrôle (lettres ou symboles).
Gens Annia · TarquitiaRRC 366/4
Le second questeur, C. Tarquitius P. f., signe une émission distincte : l'avers porte la légende développée C·ANNIVS·T·F·T·N·PRO·COS·EX·S·C autour du même buste féminin diadémé, accompagné de la balance ; au revers, la Victoire mène un bige au galop, avec un numéro de contrôle au-dessus, Q sous les chevaux et C·TARQVITI·P·F à l'exergue.
La différence de style entre les deniers de Fabius et ceux de Tarquitius a conduit à les attribuer à deux ateliers différents suivant l'armée en campagne, entre Italie du Nord et Espagne.
La fête d'Anna Perenna se tenait chaque année le 15 mars, au mois de Mars, premier mois de l'ancien calendrier romain. La date marquait symboliquement le renouveau de l'année. Macrobe rapporte qu'en ce mois on sacrifiait à Anna Perenna, en public comme en privé, « afin de pouvoir passer l'année et la prolonger heureusement » (ut annare perennareque commode liceat).
Ovide décrit une célébration joyeuse et populaire. Le peuple se réunissait en plein air près du Tibre, dressait des abris de branchages ou s'allongeait dans l'herbe, buvait et chantait. On buvait autant de coupes que l'on désirait d'années de vie, et l'on revenait le soir en titubant.
Ovide rapporte aussi une anecdote qui expliquerait les chansons grivoises de la fête : Mars, épris de Minerve, demande à la vieille Anna d'arranger une rencontre ; Anna se présente voilée à la place de la déesse et se moque du dieu. Le hasard a voulu qu'en 44 av. J.-C., le jour même de cette fête, César soit assassiné.
En 1999, des travaux pour un parking souterrain près de la piazza Euclide, dans le quartier des Parioli à Rome, ont mis au jour, entre 6 et 10 mètres de profondeur, une fontaine rectangulaire dédiée à la déesse. Une inscription y nomme les Nymphis sacratis Annae Perennae, « nymphes consacrées d'Anna Perenna ».
La citerne contenait de nombreux objets votifs et magiques : lampes, monnaies, récipients en plomb, chaudron de cuivre (caccabus) et tablettes de malédiction. Ils sont aujourd'hui conservés au Museo Nazionale Romano, aux Thermes de Dioclétien.

Gens Annia — Anna Perenna sur les monnaies républicaines
- Ovide, Fastes, III, 523–696 — fête des Ides de Mars, origines d'Anna Perenna (sœur de Didon, vieille femme de Bovillae), anecdote de Mars et Minerve.
- Virgile, Énéide, IV — Anna, sœur et confidente de Didon.
- Silius Italicus, Punica, VIII — Anna devenue nymphe du Numicius.
- Macrobe, Saturnales, I, 12, 6 — sacrifices publics et privés offerts à Anna Perenna au mois de mars.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 366/1–4.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, 1885–1886 — famille Annia.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, 1952 — n° 748–749.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres — n° 289–292.
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