Africa
Dea Africa · Personnification provinciale · Iconographie numismatique romaine
Dans la culture romaine, Africa était à la fois une personnification du continent africain — plus précisément de la province romaine d’Afrique, couvrant des parties de l’actuelle Tunisie, du nord-est de l’Algérie et de l’ouest de la Libye — et, dans certaines interprétations, une divinité aux racines dans les traditions berbères. Appelée Dea Africa en latin, elle symbolisait la région nord-africaine romanisée.
Ses origines sont souvent associées à la déesse berbère Ifri ou Ifru, figure liée à la guerre, à la fertilité et à la protection dans la mythologie nord-africaine préromaine — avant que Rome n’en fasse une icône de sa puissance provinciale.
« En Afrique, personne n’entreprend quoi que ce soit sans invoquer Africa. »
— Pline l’Ancien, Historia Naturalis
Dans les représentations artistiques, Dea Africa est identifiable à un ensemble d’attributs récurrents, chacun chargé d’une signification symbolique précise, reflétant à la fois la faune, la fertilité et la puissance de la terre africaine.
On retrouve ces représentations sur des pièces de monnaie romaines, des mosaïques (comme celle du musée d’El Djem en Tunisie) et des sculptures — Africa y apparaît le plus souvent en tant que personnification provinciale plutôt que divinité largement adorée dans le panthéon romain.
Denier ScipionEppius
Le denier Scipion–Eppius constitue l’un des exemples les plus frappants de la représentation d’Africa sur le monnayage républicain romain. On y reconnaît la personnification coiffée de la peau d’éléphant, attribut distinctif qui l’identifie immédiatement.
Cette monnaie s’inscrit dans la tradition romaine de personnifier les provinces conquises sur le numéraire — une manière de proclamer visuellement la domination de Rome sur ces territoires et d’ancrer cette victoire dans la mémoire collective par la circulation de la pièce.
L’antécédent berbère d’Africa, Ifri, pourrait être lié au nom du continent lui-même. Plusieurs hypothèses étymologiques coexistent : le mot berbère ifri signifiant « grotte » — en lien avec des tribus vivant dans des cavernes —, ou le latinisé Afer (pluriel Afri), désignant les peuples locaux de la région de Carthage.
Cette figure berbère préromaine était liée à la guerre, à la fertilité et à la protection. Lorsque Rome s’empara de la région après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., elle intégra progressivement cette figure locale dans son propre système de représentations provinciales, la transformant en Dea Africa — une personnification au service de l’idéologie impériale.
Certains chercheurs estiment qu’Africa était davantage une figure iconographique qu’une divinité dotée d’un culte formel. Aucune inscription ne la désigne explicitement comme Dea à la manière dont des divinités majeures comme Junon ou Minerve étaient honorées. Elle relève plutôt de la longue tradition romaine des personnifications provinciales — comme Hispania, Britannia ou Gallia — utilisées dans les arts officiels, sur les monnaies et dans la propagande impériale.
Cependant, la remarque de Pline l’Ancien — selon laquelle aucun acte important en Afrique ne se faisait sans l’invoquer — suggère une importance culturelle réelle dans la région, à la frontière du rituel et de l’iconographie.
Africa à l’avers — tête coiffée de la peau d’éléphant
Africa comme contexte historique
- Pline l’Ancien, Historia Naturalis — sur l’invocation d’Africa dans les pratiques locales.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita — sur la province d’Afrique et sa romanisation.
- Appien, Libyca — sur la destruction de Carthage et la création de la province.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Hölscher, T., The Language of Images in Roman Art, Cambridge, 2004 — sur les personnifications provinciales.
- Camps, G., Encyclopédie berbère — article « Ifri », sur les origines de la figure.
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