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Amalthée · Iconographie numismatique · LesDioscures

Amalthée

Nourrice de Zeus · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Nymphe / Chèvre divine
Origine Grecque · Crète
Attributs Corne d’abondance · Chèvre
Période IIe – Ier s. av. J.-C.
Monnaies 1 type référencé

Amalthée (Ἀμάλθεια en grec) est l’une des figures les plus tendres de la mythologie grecque : nourrice du futur roi des dieux, elle incarne à elle seule les thèmes du soin, de la protection et de la récompense divine. Son nom est souvent interprété comme « la douce » ou « celle qui nourrit », reflet exact de son rôle dans les mythes fondateurs de l’Olympe.

La tradition antique hésite sur sa nature exacte. Dans la version la plus répandue, Amalthée est une chèvre divine qui allaita Zeus nouveau-né dans une grotte du mont Ida, en Crète, pendant que sa mère Rhéa le cachait à Cronos, son père dévoreur d’enfants. Dans une autre tradition, Amalthée est une nymphe — parfois confondue avec Adrastée ou Ida — qui possédait une chèvre merveilleuse et s’en servait pour nourrir l’enfant divin. Ces deux versions coexistent sans se contredire vraiment, la nymphe et la chèvre étant souvent confondues dans l’imagerie antique.

Son héritage le plus durable est la Corne d’abondance (cornucopia), née selon la légende d’une corne qu’Amalthée aurait perdue ou que Zeus lui aurait brisée accidentellement, et à laquelle il aurait conféré le pouvoir de se remplir de tout ce que son possesseur désirait. Ce symbole de prospérité et de fertilité traversa les siècles et s’imposa dans l’iconographie romaine — notamment sur les monnaies républicaines — comme l’une des allégories les plus reconnaissables de l’abondance.

Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée — Nicolas Poussin, vers 1638
Nicolas Poussin — Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée, vers 1638 · Huile sur toile · Domaine public (Wikimedia Commons)

« Elle [Rhéa] confia l’enfant à la Terre et aux nymphes Adrastée et Ida, filles de Mélissée, pour qu’elles le nourrissent du lait de la chèvre Amalthée. »

— Apollodore, Bibliothèque, I, 1, 6
✦ Représentations artistiques
00 Amalthée dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle

Les représentations d’Amalthée dans l’art antique sont rares mais précieuses. Parmi elles, le relief campanien conservé au Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague (inv. T 138) constitue l’un des exemples les plus directs : la chèvre divine y est figurée allaitant le petit Zeus, dans la tradition des reliefs en terre cuite produits en Campanie entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C. Ces reliefs étaient souvent utilisés comme décoration architecturale ou votive, et témoignent de la diffusion du mythe dans le monde romain.

La tradition se poursuit à l’époque moderne. Le tableau de Nicolas Poussin (Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée, vers 1638, ci-dessus) reprend le schéma narratif antique tout en l’inscrivant dans un paysage arcadien baigné de lumière dorée. Poussin y représente Zeus enfant entouré de nymphes et d’un faune, la chèvre Amalthée au centre de la composition — synthèse de la double tradition héritée des sources antiques.

Plus tôt, Gian Lorenzo Bernini, à tout juste seize ans, sculptait dans le marbre la Chèvre Amalthée avec Jupiter enfant et un faune (1609–1615, Galleria Borghese, Rome) — premier chef-d’œuvre du jeune prodige, où la chèvre, l’enfant-dieu et un petit faune forment un groupe plein de vivacité et de tendresse.

✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes d’Amalthée Monnaies · Sculptures · Mosaïques

L’iconographie d’Amalthée est étroitement liée à celle de la cornucopia et à la chèvre, ses deux emblèmes indissociables. Dans la numismatique républicaine romaine, ce sont ces attributs qui permettent de l’identifier, souvent sans représentation directe de la figure mythologique elle-même.

🌾 Corne d’abondance La cornucopia, attribut principal. Débordante de fruits et d’épis, elle symbolise la prospérité infinie accordée par les dieux. Présente sur de nombreux deniers républicains comme allégorie de la Felicitas.
🐐 Chèvre divine Animal nourricier par excellence, la chèvre est l’incarnation même d’Amalthée dans la tradition la plus ancienne. Parfois figurée seule ou avec des chevreaux sur les revers de monnaies associées à la fertilité.
Constellation Zeus, en hommage à sa nourrice, l’aurait placée parmi les étoiles. Amalthée est associée à la Capella (l’étoile de la Chèvre) et parfois rattachée à l’origine du Capricorne.
🏺 Grotte du mont Ida Lieu de la naissance secrète de Zeus en Crète, la grotte est le cadre du mythe fondateur. Elle inscrit Amalthée dans la géographie sacrée de l’île crétoise, berceau du monde olympien.

Dans la numismatique républicaine, la cornucopia est l’attribut le plus directement hérité du mythe d’Amalthée. Elle apparaît tenue par des divinités, des allégories ou figurée seule comme symbole synthétique de l’abondance promise par la puissance romaine.

✦ Représentations numismatiques
⚡ Seule représentation républicaine identifiée d’Amalthée
Denier Fonteia - Amalthée Denier Fonteia
RRC 290/1

Dans l’ensemble du monnayage républicain romain, le denier de la gens Fonteia frappé par Manius Fonteius constitue la référence numismatique principale associée à Amalthée. Le revers figure une chèvre — identification traditionnelle à Amalthée — dans une composition sobre qui renvoie directement au mythe de la nourrice de Zeus.

Ce choix iconographique n’est pas anodin : la gens Fonteia revendiquait peut-être une filiation symbolique avec les thèmes de la protection divine et de la prospérité, valeurs incarnées par la figure d’Amalthée et sa cornucopia.

02 Denier Fonteia · Manius Fonteius vers 108–107 av. J.-C.
🐐 Chèvre allaitant — figure d’Amalthée
Denier Fonteia RRC 290/1 RRC 290/1
3,90 gr env.
🏛 Légendes & description
Avers M · FONTEI · C · F Tête casquée de Roma à droite, avec derrière la tête le buste d’un Galate ou Cupido ailé
Revers ROMA Jupiter dans un quadrige au galop à droite, tenant un foudre et les rênes ; en dessous, une chèvre à gauche (Amalthée) ; dans le champ, un fulmen (foudre)

Le revers de ce denier réunit dans une même composition les deux protagonistes du mythe fondateur : Jupiter (l’équivalent latin de Zeus) triomphant dans son quadrige et, au-dessous, la chèvre Amalthée, rappel discret mais explicite de l’enfance du dieu. Cette mise en scène hiérarchisée — le dieu adulte au-dessus, la nourrice en bas — évoque la gratitude divine et la continuité entre le passé mythique et la puissance présente de Rome.

La présence du foudre (fulmen) dans le champ renforce la lecture : c’est l’arme de Jupiter, symbole de sa toute-puissance, directement liée à sa survie et à son éducation en Crète. Sans Amalthée, pas de Jupiter ; sans Jupiter, pas de Rome. La monnaie condense ainsi, en quelques centimètres carrés d’argent, toute la chaîne causale du destin romain.

✦ Mythe, culte et postérité
03 La Corne d’abondance — héritage d’Amalthée De la Crète à Rome

La cornucopia est sans doute l’un des symboles les plus prolifiques de l’Antiquité, et ses origines remontent directement au mythe d’Amalthée. Selon la version la plus répandue, Zeus, devenu adulte et maître de l’Olympe, brisa accidentellement l’une des cornes de sa nourrice et lui conféra le pouvoir magique de se remplir indéfiniment de tout ce que son possesseur désirait. Il en fit cadeau aux nymphes qui l’avaient élevé, en signe de gratitude éternelle.

Une autre tradition — rapportée notamment par Ovide dans les Fastes — attribue l’origine de la corne à la victoire d’Héraclès sur Achéloüs, le fleuve-dieu, dont il arracha une corne lors d’un combat. Les Naïades la remplirent alors de fruits et d’herbes odorantes. Ces deux traditions, bien que distinctes, convergent vers un même signifié : la corne est le réceptacle du don divin, la promesse que la nature peut être inépuisable sous la bienveillance des dieux.

À Rome, la cornucopia devint l’attribut de nombreuses personnifications : Fortuna, Copia, Felicitas, Pax. Elle fut abondamment frappée sur les monnaies républicaines et impériales, incarnant la prospérité que Rome promettait à ses citoyens et à ses provinces. La figure d’Amalthée elle-même disparaît presque, absorbée dans ce symbole qu’elle avait engendré, et dont Rome fit l’un des piliers de sa propagande de légitimité.

04 Amalthée et la gens Fonteia Fin du IIe siècle av. J.-C.

Le choix de la chèvre Amalthée sur le denier de Manius Fonteius s’inscrit dans une pratique bien établie des magistrats monétaires républicains : utiliser le revers de la monnaie pour affirmer une identité familiale, une dévotion particulière ou une ambition politique. La gens Fonteia, famille d’origine plébéienne, cherchait peut-être ainsi à se placer sous la protection symbolique du mythe de Zeus-Jupiter, en rappelant l’animal sans lequel le roi des dieux n’aurait pas survécu à l’enfance.

Cette stratégie iconographique est caractéristique des années 110–100 av. J.-C., période de grande créativité dans le monnayage républicain. Les magistrats rivalisent d’inventivité mythologique pour distinguer leur émission et ancrer leur famille dans le récit fondateur de la puissance romaine. Amalthée, discrète mais chargée de sens, offrait à Manius Fonteius un symbole à la fois savant et immédiatement lisible pour un public cultivé.

✦ Fiches numismatiques liées

Amalthée à l’avers ou au revers

Contexte — La Corne d’abondance dans le monnayage républicain

📚Notes & Références
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 1, 6 — nourrice de Zeus en Crète, chèvre divine ou nymphes Adrastée et Ida.
  • Ovide, Fastes, V, 111–128 — origine de la cornucopia, don de Zeus à ses nourrices.
  • Hygin, Fabulae, 139 — récit de la corne brisée et du don d’abondance.
  • Aratos, Phénomènes, 163 — Amalthée et la constellation de la Chèvre (Capella).
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 70 — variante crétoise du mythe.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 290/1, p. 308.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — gens Fonteia.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres.
  • Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910.
Article rédigé par Christopher Mérat
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