Amphitrite
Reine des mers · Iconographie numismatique républicaine
L'océan, royaume insondable, est gouverné par de puissantes divinités. Si Poséidon – le Neptune des Romains – en est le souverain le plus connu, il partage son trône avec une figure plus discrète : Amphitrite, la reine des mers.
Amphitrite appartient à la lignée des Néréides, les cinquante filles du Vieillard de la mer, Nérée, et de l'Océanide Doris. Hésiode la compte parmi elles dans sa Théogonie. Elle s'élève pourtant au-dessus de ses sœurs en devenant l'épouse de Poséidon, le dieu des flots et des tremblements de terre. Chez Homère, son nom désigne encore la mer elle-même : les « vagues d'Amphitrite ».
« Amphitrite s'était réfugiée auprès d'Atlas ; parmi tous ceux que Neptune envoya la chercher, Delphin la trouva et la persuada de l'épouser. »
— d'après Hygin, De Astronomia, II, 17
Selon une tradition rapportée par les commentateurs d'Homère, Poséidon s'éprend d'Amphitrite en la voyant danser avec ses sœurs près de l'île de Naxos. Rétive, la Néréide fuit ses avances et se réfugie auprès d'Atlas, aux confins du monde.
Poséidon envoie alors de nombreux émissaires à sa recherche. C'est Delphin qui la découvre et la convainc de revenir épouser le dieu ; en récompense, Poséidon place son image parmi les étoiles : la constellation du Dauphin (Hygin, Pseudo-Ératosthène). Oppien, dans ses Halieutiques, attribue la découverte aux dauphins eux-mêmes, qui la trouvent cachée dans les demeures d'Océan.
De leur union naît Triton (Hésiode, Théogonie, 930–933), dieu marin mi-homme mi-poisson, souvent représenté soufflant dans une conque pour apaiser ou soulever les vagues. Le Pseudo-Apollodore leur donne aussi pour filles Rhodé, éponyme de Rhodes, et Benthésicymé.
Épouse de Poséidon, Amphitrite règne sur l'ensemble du monde marin et sur ses créatures des profondeurs — poissons, dauphins, phoques. À la différence d'Héra, elle est rarement dépeinte en épouse jalouse, même si une tradition tardive lui prête la métamorphose de Scylla, sa rivale. Son image est plutôt celle de la sérénité des fonds marins.
RRC 399/1a · Rome · 72 av. J.-C.
Le denier serratus de Q. Crepereius Rocus est l'unique type du corpus républicain dont le buste d'avers est identifié comme Amphitrite. Ce choix est souvent rapproché des attaches orientales de la gens Crepereia : des negotiatores de ce nom sont connus en Orient grec, ce qui expliquerait l'inspiration hellénique du type.
Le denier est serratus — bord dentelé — et porte un système de contrôle élaboré : à l'avers, un symbole marin derrière le buste et une lettre devant ; au revers, la même lettre au-dessus du char.
RRC 399/1b · Q·CREPER·M·F / ROCVS
Le monétaire Q. Crepereius M. f. Rocus exerça la charge de tresvir monetalis en 72 av. J.-C. selon Crawford ; d'autres chronologies placent l'émission vers 69 av. J.-C. Il était vraisemblablement le frère de M. Crepereius, tribun militaire désigné, que Cicéron cite parmi les juges du procès de Verrès. La gens Crepereia était une famille plébéienne d'ordre équestre.
Références : Crawford RRC 399/1a–b · Babelon Crepereia 1–2 · Sydenham 796–796a · ↗ Fiche 1341CR · ↗ Fiche 1342CR · ↗ CRRO
Peu présente dans les récits épiques, Amphitrite occupe une large place dans les arts. Elle apparaît dans les triomphes de Neptune et d'Amphitrite, processions marines dont la mosaïque de Cirta, au Louvre, est un exemple célèbre, et dès le Ier siècle dans la mosaïque murale de la maison de Neptune et Amphitrite à Herculanum.
Les Modernes l'associent volontiers aux fontaines et aux jardins d'eau : Coysevox la sculpte pour la rivière du parc de Marly. Elle demeure l'image de la majesté tranquille de l'océan, contrepoint à la puissance brute des vagues incarnée par Poséidon.
Dans la religion romaine, Amphitrite est rapprochée de Salacia, déesse des eaux salées que Varron donne pour parèdre à Neptune. Ce rapprochement explique que certains auteurs modernes préfèrent nommer « Salacia » le buste d'avers du denier de Q. Crepereius Rocus, les grands catalogues retenant Amphitrite.
- Homère, Odyssée, III, 91 — les « vagues d'Amphitrite », le nom de la déesse désignant la mer.
- Hésiode, Théogonie, 243 — Amphitrite parmi les Néréides ; 930–933 — naissance de Triton.
- Hygin, De Astronomia, II, 17 ; Pseudo-Ératosthène, Catastérismes, 31 — fuite chez Atlas, Delphin et la constellation du Dauphin.
- Oppien, Halieutiques, I, 383–392 — les dauphins découvrent Amphitrite cachée chez Océan.
- Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, I, 4, 6 et III, 15, 4 — Rhodé et Benthésicymé.
- Varron, De lingua Latina, V, 72 — Salacia, parèdre de Neptune.
- Cicéron, In Verrem, I, 30 — M. Crepereius, juge du procès de Verrès.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 399/1a–b.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Crepereia 1–2.
- Sydenham, E. A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 796–796a.
- Sear, D. R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres.
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