Antonia
Gens patricienne & plébéienne · Ve – Ier s. av. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine
La gens Antonia comptait une branche patricienne et une branche plébéienne. La première, celle des Antonii Merendae, n’apparaît qu’au Ve siècle : T. Antonius Merenda siège parmi les décemvirs de 450 av. J.-C. (Tite-Live, III, 35) et Q. Antonius Merenda est tribun militaire à pouvoir consulaire en 422 (Tite-Live, IV, 42). Elle s’éteint ensuite des fastes et n’a laissé aucune monnaie ; son lien avec la branche plébéienne n’est pas établi.
La branche plébéienne s’illustre avec M. Antonius, maître de la cavalerie vers 333 av. J.-C. (Tite-Live, VIII, 17), puis avec l’orateur M. Antonius, consul en 99 et censeur en 97, que Cicéron fait parler dans le De oratore et qui fut tué par les marianistes en 87. Ses fils sont M. Antonius Creticus, préteur en 74, investi d’un commandement extraordinaire contre les pirates et vaincu par les Crétois peu avant sa mort, et C. Antonius Hybrida, consul en 63 avec Cicéron.
Creticus et Julia, de la famille des Julii Caesares, sont les parents des trois frères qui dominent l’histoire de la gens : le triumvir Marc Antoine, Caius et Lucius Antonius. Le nom de la gens figure sur les monnaies de la République avec Q. Antonius Balbus (83–82 av. J.-C.), dont le rattachement aux autres Antonii n’est pas connu, puis avec Caius (43), Marc Antoine (44–31) et Lucius, dont le portrait figure sur l’or et l’argent de son frère en 41.
« Une vieille tradition voulait aussi que les Antonii fussent des Héraclides, descendants d’Anton, fils d’Héraclès. »
— Plutarque, Vie d’Antoine, 4, 2 · trad. LesDioscures
Comme d’autres grandes familles de la fin de la République, les Antonii se donnaient un ancêtre héroïque : Anton, fils d’Hercule, personnage obscur sans doute forgé pour la circonstance. Plutarque rapporte que Marc Antoine cultivait la ressemblance jusque dans son allure et sa tenue (Ant., 4, 1–3).
La monnaie a servi cette revendication. L’aureus frappé en 42 av. J.-C. par L. Livineius Regulus montre au revers Anton assis, vêtu de la peau de lion (RRC 494/2b), et le lion passant, emblème de cette ascendance, occupe le revers du quinaire de Lugdunum de 43–42, au nom d’Antoine et à la mention de son âge, A XLI (RRC 489/6).
Partisan de Marius, Q. Antonius Balbus est préteur en 82 av. J.-C. Son denier dentelé (serratus), frappé à Rome sur décret du Sénat (S·C) pour financer le parti hostile à Sylla, associe la tête laurée de Jupiter à la Victoire en quadrige. L’émission fut considérable : Crawford l’estime à plus de 340 coins de droit. Envoyé ensuite gouverner la Sardaigne, Balbus y est tué par L. Marcius Philippus, légat de Sylla (Tite-Live, Per., 86).
La raison d’être de la tranche dentelée reste discutée : l’explication traditionnelle, une protection contre les deniers fourrés, n’est pas démontrée.
Frère cadet de Marc Antoine, Caius Antonius est préteur et pontife en 44. Désigné pour la Macédoine, il s’y heurte à Brutus, qui le fait prisonnier à Apollonia en 43 puis ordonne son exécution en 42 (Plutarque, Brutus, 28). Son unique denier, frappé en Macédoine comme proconsul, porte le buste de la Macédoine coiffée de la causia et, au revers, les instruments pontificaux qui rappellent son sacerdoce.
Le plus jeune des trois frères, Lucius Antonius, est consul en 41. Surnommé Pietas pour sa fidélité à son aîné, il s’oppose avec Fulvie à Octave et capitule dans Pérouse au début de 40 ; épargné, il est envoyé gouverner l’Espagne, où il meurt peu après. Lucius n’a pas été monétaire, mais son portrait figure sur un aureus et sur des deniers frappés en 41 dans l’atelier d’Antoine, ici par le proquesteur M. Cocceius Nerva. L’aureus PIETAS COS d’Antoine (RRC 516/4) fait écho à son surnom.
Le monnayage de Marc Antoine compte parmi les plus abondants de la fin de la République. La sélection ci-dessous suit les dernières années du triumvir : le denier au trophée de 37 (1738AN), l’aureus d’Antyllus, son fils aîné, en 34 (1747AN), le denier d’Antoine et de Cléopâtre de 32 (1750AN), un denier des légions frappé avant Actium (1765AN) et le denier à la Victoire de 31, l’année d’Actium (1798AN).
Des décemvirs de 450 à la défaite d’Actium (31 av. J.-C.), la gens Antonia traverse toute l’histoire de la République. Son monnayage, presque entièrement concentré sur les guerres civiles, en épouse les dernières convulsions : financement du parti marianiste en 83–82, guerre contre les meurtriers de César en 43, puis propagande d’un triumvir qui fait figurer sur ses monnaies son ancêtre mythique, ses épouses, son fils et ses légions.
Les deniers des légions (RRC 544), frappés en 32–31 dans un argent de titre légèrement inférieur, portent au droit une galère et au revers l’aigle entre deux enseignes, avec le numéro de chaque légion, de II à XXIII, ou le nom des cohortes prétoriennes et des speculatores. Ils circulaient encore au IIe siècle de notre ère.
Quintus Antonius Balbus — 83–82 av. J.-C.
Caius Antonius — 43 av. J.-C.
Lucius Antonius — 41 av. J.-C.
Marc Antoine — 44–31 av. J.-C.
L’ascendance herculéenne sur la monnaie
- Tite-Live, Histoire romaine, III, 35 (T. Antonius Merenda, décemvir) ; IV, 42 (Q. Antonius Merenda) ; VIII, 17 (M. Antonius, maître de la cavalerie).
- Tite-Live, Periochae, 86 — mort de Q. Antonius Balbus en Sardaigne, tué par L. Philippus, légat de Sylla.
- Plutarque, Vie d’Antoine, 1–4 (famille, Anton fils d’Héraclès), 26 (Tarse), 66–68 (Actium), 76–77 (mort).
- Plutarque, Vie de Brutus, 25–28 — capture et exécution de C. Antonius.
- Appien, Guerres civiles, V, 14–49 — Lucius Antonius et la guerre de Pérouse.
- Cicéron, De oratore (l’orateur M. Antonius) ; Philippiques, I–XIV.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 364/1 ; 484/1 ; 480/22–545.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — famille Antonia.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Spink, Londres, 1952.
- Sear, D.R., The History and Coinage of the Roman Imperators, 49–27 BC, Spink, Londres, 1998.
- Smith, W. (dir.), Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Londres, 1849 — notice Antonia gens.
Article LesDioscures · lesdioscures.com · Antonia · Gens patricienne & plébéienne · Iconographie numismatique romaine