Apollon
Dieu des arts, de la prophétie et de la guérison · Iconographie numismatique · République romaine
Apollon (en grec Ἀπόλλων, en latin Apollo) est l'une des divinités majeures du panthéon gréco-romain. Fils de Zeus — le Jupiter des Romains — et de la Titanide Léto, frère jumeau d'Artémis (Diane), il incarne la lumière, l'ordre et la beauté. Dieu des arts et des Muses, de la prophétie et de la guérison, il est l'une des présences les plus récurrentes de l'iconographie monétaire romaine.
À Rome, Apollon est d'abord un dieu guérisseur, invoqué contre les épidémies. Son rôle s'élargit au fil de la République, jusqu'à ce qu'Auguste en fasse sa divinité tutélaire, après Actium. Sur les monnaies républicaines, sa tête laurée orne l'avers de nombreux deniers, tandis que la lyre et le trépied apparaissent sur plusieurs revers.

« C'est moi que servent la terre de Delphes, Claros, Ténédos et le palais royal de Patara. »
— Ovide, Métamorphoses, I, 515–516 (Apollon à Daphné)
Apollon est l'une des divinités les plus représentées de l'art occidental. Son image canonique — jeune homme imberbe à la chevelure bouclée, souvent couronné de laurier — traverse toute l'Antiquité, du kouros archaïque grec aux portraits monétaires républicains romains.
En Italie centrale, l'une des plus anciennes images monumentales du dieu est l'Apollon de Véies, statue de terre cuite peinte qui ornait le toit du sanctuaire étrusque de Portonaccio vers 510–500 av. J.-C. — l'Apollon étrusque, Apulu, y est saisi en pleine marche, dans le style ionien.

L'Apollon du Belvédère (copie romaine d'un bronze grec du IVe siècle av. J.-C.) est devenu la référence iconographique par excellence : le dieu y est représenté debout, le bras gauche tendu, comme au moment où il vient de décocher une flèche. Ce modèle a exercé une influence considérable sur les artistes de la Renaissance et de l'âge classique.
Dans la numismatique républicaine, Apollon apparaît surtout en tête laurée à l'avers, le revers étant laissé au programme propre de chaque monnayeur — cavalier des jeux apollinaires, Muses, trophée ou divinité associée.
Les attributs d'Apollon condensent ses multiples fonctions divines. Sur les monnaies républicaines, ils servent souvent de marqueurs discrets, placés derrière la tête du dieu ou repris au revers.
Dans la numismatique républicaine, la tête laurée d'Apollon est l'une des représentations les plus fréquentes à l'avers des deniers du IIe et du Ier siècle av. J.-C. Le choix du dieu n'est jamais neutre : il peut rappeler une fondation religieuse liée à la famille du monnayeur, un jeu sur son nom, ou une victoire.
Denier Calpurnia · RRC 340/1BnF · 3,91 g
Frappé à Rome en 90 av. J.-C., en pleine guerre Sociale, le denier de Lucius Calpurnius Piso Frugi associe la tête laurée d'Apollon à un cavalier au galop tenant une palme, un fouet ou une torche — allusion aux courses des Ludi Apollinares.
La gens Calpurnia revendiquait un lien avec ces jeux : selon la tradition rapportée par Babelon, le préteur C. Calpurnius Piso en assura la célébration en 211 av. J.-C., au lendemain de leur institution. Émis en quantités considérables et doté d'innombrables marques de contrôle, ce denier est aussi l'un des plus fréquents dans les trésors découverts en France.
Gens Junia · RRC 503/1Ce denier n'appartient pas au monnayage de 54 av. J.-C., où Brutus mettait en avant Libertas et ses ancêtres tyrannicides (RRC 433), mais aux émissions militaires frappées en Orient après l'assassinat de César, avant la bataille de Philippes.
Brutus y porte le titre d'imperator (IMP) et le nom de Quintus Caepio Brutus, hérité de son adoption. La tête d'Apollon à l'avers, associée au trophée et aux captifs du revers, place les victoires des Libérateurs sous la caution du dieu. Le même avers se retrouve sur le denier de son légat Pedanius Costa (RRC 506/2).
Le premier temple romain d'Apollon, celui d'Apollo Medicus, est voué en 433 et dédié en 431 av. J.-C. à la suite d'une épidémie (Tite-Live, IV, 25 et 29). Il s'élève dans les Prata Flaminia, hors du pomerium : Apollon reste longtemps un dieu d'origine étrangère.
Les Ludi Apollinares, institués en 212 av. J.-C. pendant la deuxième guerre punique sur la foi d'oracles (Tite-Live, XXV, 12), inscrivent durablement le dieu dans le calendrier romain. Ce sont eux que rappelle, plus d'un siècle plus tard, le cavalier du denier de Piso Frugi.
Le monnayage républicain décline aussi d'autres facettes du dieu : l'archaïque Véjovis, assimilé à un jeune Apollon tenant le foudre, sur le denier de L. Caesius (RRC 298/1, voir Caesia) ; ou encore Apollon chef des Muses sur la série de Q. Pomponius Musa (RRC 410, v. 66 av. J.-C.), qui joue sur son cognomen en associant la tête du dieu à Hercule Musagète et à chacune des neuf Muses — de Calliope à Uranie.
Avec Auguste, Apollon devient le patron du nouveau régime : vainqueur d'Actium, il reçoit en 28 av. J.-C. un temple sur le Palatin, voisin de la demeure du prince. Les deniers de Lyon des années 11–10 av. J.-C. montrent encore l'Apollon citharède d'Actium au revers (IMP XII ACT).
L'oracle de Delphes, dont Apollon est le maître depuis sa victoire sur le serpent Python, a été consulté à plusieurs reprises par Rome : pendant le siège de Véies (Tite-Live, V, 15) puis après le désastre de Cannes, lorsque Q. Fabius Pictor y fut envoyé en ambassade (Tite-Live, XXII, 57).
Le trépied, siège de la Pythie, est le symbole le plus direct de cette autorité oraculaire. À Rome même, la parole prophétique passe surtout par les Livres sibyllins, dont la garde est confiée à un collège de prêtres et qui sont précisément à l'origine des jeux apollinaires.
Apollon à l'avers — deniers républicains
Apollon citharède — Auguste, Lugdunum, 11–10 av. J.-C.
Articles liés
- Homère, Iliade, I — Apollon archer envoyant la peste sur le camp achéen.
- Ovide, Métamorphoses, I, 438–567 — Le combat contre Python et l'amour pour Daphné ; II — Coronis et le corbeau.
- Pindare, Pythiques — Odes pour les vainqueurs des jeux pythiques de Delphes.
- Tite-Live, Histoire romaine, IV, 25 et 29 (temple d'Apollo Medicus) ; V, 15 et XXII, 57 (consultations de Delphes) ; XXV, 12 (institution des Ludi Apollinares, 212 av. J.-C.).
- Virgile, Énéide, VI — La Sibylle de Cumes, prêtresse d'Apollon, guide d'Énée aux Enfers.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 298/1, 340/1, 410, 494/23, 503/1, 506/2.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — notices Calpurnia, Claudia, Junia, Pomponia.
- Sutherland, C.H.V., The Roman Imperial Coinage, I², Londres, 1984 — RIC I² 180, 191, 193A.
- Gagé, J., Apollon romain. Essai sur le culte d'Apollon et le développement du « ritus Graecus » à Rome des origines à Auguste, Paris, 1955.
- Meadows, A. & Williams, J., « Moneta and the Monuments: Coinage and Politics in Republican Rome », Journal of Roman Studies 91, 2001, p. 27–49.
Article LesDioscures · lesdioscures.com · Apollon · Apollo · Iconographie numismatique romaine