Artémis d’Éphèse
La Puissance Fertile de l’Orient · Iconographie numismatique républicaine
Si l’Artémis grecque nous est familière sous les traits d’une chasseresse svelte, arc à la main et biche à ses côtés, son incarnation à Éphèse raconte une tout autre histoire. À la croisée des mondes grec et oriental, Artémis d’Éphèse s’impose comme une divinité souveraine de la fertilité et de la nature, bien loin de la simple gardienne des forêts.
Sa silhouette hiératique, recouverte de rangées de protubérances ovoïdes et entourée d’animaux symboliques, fascine depuis l’Antiquité. Elle fut l’une des divinités les plus puissantes du monde méditerranéen, dont le temple à Éphèse — l’Artémision — fut classé parmi les Sept Merveilles du monde antique.
« Grande est l’Artémis des Éphésiens ! »
— Actes des Apôtres, 19, 28 — les orfèvres d’Éphèse lors de l’émeute contre saint Paul
Grande ArtémisMusée d’Éphèse · Selçuk
Ce qui frappe d’emblée devant les statues de l’Artémis éphésienne — comme la célèbre Grande Artémis du Musée d’Éphèse (Ier s. ap. J.-C.) — c’est son buste recouvert de multiples protubérances ovoïdes. Pendant des siècles, on y a vu des seins, symbolisant une fertilité débordante. Pourtant, les recherches modernes proposent d’autres interprétations :
Quelle que soit leur nature exacte, ces éléments soulignent sa fonction de Mère nourricière et de protectrice de la vie — la Potnia Theron, Maîtresse des Animaux.
L’Artémision d’Éphèse était le plus grand édifice du monde grec — un temple à 127 colonnes ioniques, long de 115 mètres, reconstruit plusieurs fois dont une après l’incendie de 356 av. J.-C. mis par Érostrate. Sa dernière version fut détruite lors d’un raid des Goths en 268 apr. J.-C.
L’Artémision jouissait du droit d’asile — quiconque franchissait ses limites était sous la protection directe de la déesse. Plus qu’un lieu de culte, il faisait office de banque, gérant les richesses de l’Asie Mineure. Les rois, les cités et les particuliers y déposaient leurs trésors sous la garantie divine. Son prestige économique en faisait un pivot du commerce méditerranéen.
Artémis d’Éphèseillustration
L’Artémis d’Éphèse est une figure syncrétique par excellence. Elle fusionne l’Artémis hellénique avec d’anciennes divinités anatoliennes comme Cybèle. Sur ses vêtements (le pendentis), on observe des rangées d’animaux sculptés : lions, taureaux, griffons et abeilles. Elle est la Potnia Theron — la Maîtresse des Animaux — qui ne chasse pas la faune, mais la domine et l’ordonne.
L’abeille était le symbole de la cité d’Éphèse, illustrant une société parfaitement organisée sous l’égide de sa reine divine. Ses prêtresses portaient le nom d’Abeilles (Melissai), ses prêtres étaient les Essènes (les Rois-Abeilles).
Le culte d’Artémis à Éphèse fut l’un des derniers remparts face à la montée du christianisme. L’épisode biblique des orfèvres d’Éphèse craignant pour leur commerce de statuettes — « Grande est l’Artémis des Éphésiens ! » — illustre la puissance persistante de son culte face à la prédication de saint Paul (Actes 19, 23–41).
RRC 445/3BnF · 4,06 g
En 49 av. J.-C., les consuls L. Cornelius Lentulus Crus et C. Claudius Marcellus, fuyant Rome après le passage du Rubicon par César, font frapper ce denier en Asie Mineure — probablement à Éphèse même. Le revers représente la statue cultuelle d’Artémis d’Éphèse, les bras tendus avec des bandelettes de laine. C’est un message diplomatique fort : en honorant la grande déesse locale, les consuls cherchent le soutien des populations d’Asie Mineure pour recruter des troupes et lever des fonds contre César.
variante↗ Fiche
Ce denier est classé avec un indice de rareté de 10. L’association Jupiter (Rome) / Artémis d’Éphèse (Orient) symbolise l’union de l’autorité romaine et des ressources orientales contre César. Une émission exceptionnelle — non plus par un triumvir monetalis, mais par les deux consuls eux-mêmes, soulignant l’état d’urgence de la guerre civile.
Références : Crawford RRC 445/3a · Babelon Cornelia 67 · Sydenham 1031b · Rareté 10/10 · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ BnF Gallica
- Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 21 — Description du temple d’Éphèse et de sa statue de bois.
- Strabon, Géographie, XIV, 1 — Le temple d’Éphèse, son droit d’asile et son rôle économique.
- Actes des Apôtres, 19, 23–41 — L’émeute des orfèvres d’Éphèse contre saint Paul.
- César, De Bello Civili, III, 4 — Les légions d’Asie recrutées par Lentulus.
- Antipater de Sidon — Description du temple dans sa liste des Sept Merveilles.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 445/3, 448/1-2.
- Babelon, E., Description historique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885 — Cornelia 67, Hostilia.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 1031b.
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