Attis
Le Berger Phrygien · Compagnon de Cybèle · Mort et Résurrection · Iconographie numismatique républicaine
Attis est une divinité d’origine phrygienne, associée à la végétation, à la fertilité et au cycle de la mort et de la renaissance. Il est particulièrement connu dans le contexte du culte de Cybèle, la Grande Mère, dont il était le compagnon et l’amant. Ce culte, introduit à Rome en 204 av. J.-C. par le consul M. Cornelius Cethegus, mettait en avant des rites intenses, notamment des célébrations printanières symbolisant le renouveau de la nature.
Selon la mythologie, Attis était un jeune homme d’une grande beauté. Son mythe, fondé sur le sacrifice, la mort et la résurrection, en fit un des grands symboles des religions à mystères de l’Antiquité — préfigurant des thèmes qui traverseront ensuite le christianisme.
« Attis s’est enfoncé dans la forêt et n’en est jamais revenu. »
— Tradition phrygienne, rappelée par Catulle, Carmen LXIII
Attis mourantOstia Antica · IIe s. ap. J.-C.
Une des versions les plus courantes du mythe raconte qu’Attis, aimé de Cybèle, s’apprêtait à épouser une mortelle. Furieuse, la déesse lui envoya une folie qui le poussa à se castrer sous un pin — soit par dévotion extrême envers elle, soit par désespoir. Son sang donna naissance à des fleurs, symboles de vie et de régénération.
Dans certaines traditions, notamment racontées par Ovide dans les Fastes, Attis fut transformé en pin par la Grande Mère, qui obtint de Jupiter que son corps ne se décompose pas et que ses cheveux continuent de pousser — première forme de résurrection. Ce cycle de mort et de renaissance en fit le symbole privilégié du renouveau printanier.
Le pin sacré d’Attis était abattu chaque année lors des Dendrophoria (22 mars), enveloppé de bandelettes de laine comme un cadavre, puis porté dans le temple de Cybèle. Trois jours de deuil s’ensuivaient, avant les Hilaria — fêtes de la résurrection le 25 mars.
CybèleFormiae · Rome
En 204 av. J.-C., sous la pression des Livres Sibyllins et pour assurer la victoire contre Hannibal, le Sénat romain fit ramener de Pessinonte (Phrygie) la Pierre Noire — bétyle sacrée de Cybèle. C’est le consul M. Cornelius Cethegus, ancêtre du monétaire du denier RRC 288/1, qui présida à cette introduction officielle du culte.
Les rites de Cybèle et d’Attis étaient parmi les plus intenses du monde romain : les Galli, prêtres eunuques voués à la déesse, s’automutilaient lors de leurs initiations dans un état de transe extatique. Ces rites choquèrent longtemps les Romains, qui en interdirent la pratique aux citoyens romains — seuls les Phrygiens pouvaient officiellement y participer jusqu’à l’époque impériale.
Selon Babelon, le type monétaire du berger Attis montant un bouc est une allusion directe au culte de Cybèle introduit à Rome par M. Cornelius Cethegus en 204 av. J.-C. En frappant cette monnaie, P. Cornelius Cetegus célébrait cet acte fondateur de sa famille tout en rendant hommage à la divinité phrygienne. Le casque de Roma à l’avers, de type phrygien, renforce ce thème oriental.
RRC 288/1BnF · 3,68 g
Le denier de P. Cornelius Cetegus (115–114 av. J.-C.) est classé avec un indice de rareté de 10+ — le plus élevé possible. C’est la seule émission connue de ce monétaire. Le revers représente le jeune berger Attis coiffé d’un bonnet phrygien, nu, tenant une branche sur l’épaule, monté sur un bouc galopant — le tout dans une couronne de laurier.
Comme l’a démontré Cavedoni, c’est une allusion au culte phrygien d’Attis, nourri du lait d’une chèvre, introduit à Rome par l’ancêtre du monétaire. Le casque de Roma à l’avers, dit « phrygien », renforce le thème oriental et familial.
Avers · variante↗ Fiche
La mention EX S.C. (Ex Senatus Consulto) à l’avers indique que cette émission a été autorisée par un décret du Sénat — signe d’une circonstance particulière. La gens Cornelia étant l’une des plus prestigieuses de Rome, ce denier rarissime est un précieux témoignage du lien entre l’aristocratie romaine et les cultes orientaux à mystères.
Références : Crawford RRC 288/1 · Babelon Cornelia 18 · Rareté 10+ · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ BnF Gallica
- Catulle, Carmen LXIII — Longue description poétique du mythe d’Attis et de sa castration.
- Ovide, Fastes, IV, 223–244 — Le mythe d’Attis et les rites de Cybèle à Rome.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, XXIX, 10–14 — Introduction du culte de Cybèle à Rome en 204 av. J.-C. par M. Cornelius Cethegus.
- Lucrèce, De Rerum Natura, II, 600–660 — Description du cortège de Cybèle et des Galles.
- Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 19 — Rites phrygiens à Rome.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 288/1.
- Babelon, E., Description historique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885 — Cornelia 18. Identification d’Attis par Cavedoni.
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