Augure
Prêtre divinateur · Interprète des signes divins · République & Empire romains
Les augures étaient des figures centrales dans la religion et la politique de la Rome antique, intégrés au collège des augures, une institution prestigieuse qui pouvait compter jusqu’à 16 membres sous l’Empire. Leur rôle consistait à pratiquer l’auspicia, l’art d’interpréter les signes divins pour approuver ou désapprouver des entreprises publiques ou privées.
Loin d’être de simples devins, les augures étaient des personnages politiques de premier plan, dont l’autorité pouvait infléchir le cours des batailles, des élections et des décisions du Sénat. Leur fonction illustre à merveille l’interpénétration profonde de la religion et de la gouvernance dans la civilisation romaine.
« Les augures ne prédisent pas l’avenir — ils interrogent la volonté des dieux pour légitimer l’action humaine. »
— Cicéron, De Divinatione, I
L’interprétation des signes divins reposait sur une classification rigoureuse. Chaque catégorie d’auspicia obéissait à des règles codifiées transmises au sein du collège.
Ces catégories n’étaient pas de simples observations empiriques : elles constituaient un langage divin codifié que seuls les augures étaient habilités à déchiffrer officiellement. Toute erreur rituelle pouvait invalider une décision politique ou militaire entière.
Denier Marc Antoinelituus augural
Les augures utilisaient un bâton recourbé appelé lituus pour délimiter un espace sacré nommé templum, à l’intérieur duquel ils observaient les signes. Ce geste rituel de délimitation — l’inauguratio — était indispensable à la validité de toute prise d’auspices.
Le lituus est devenu l’un des attributs les plus reconnaissables de la charge augurale, fréquemment représenté sur les monnaies républicaines et impériales comme symbole du pouvoir religieux de son détenteur. Sa forme courbée est encore un symbole religieux dans certaines traditions, notamment la crosse episcopale chrétienne.
Avant toute prise d’auspices, l’augure devait consacrer un espace en traçant avec son lituus les limites d’un templum — un carré ou un rectangle orienté selon les points cardinaux. Cet espace sacré définissait le champ d’observation légitime.
Les règles étaient strictement codifiées : toute interruption du rituel, tout présage ignoré, tout signe survenu en dehors du templum pouvait invalider l’ensemble de la cérémonie. Un général pouvait ainsi reporter une campagne militaire si les auspices se révélaient défavorables — ou si l’augure de service le déclarait.
Les augures détenaient un pouvoir considérable : ils pouvaient bloquer des décisions en déclarant des auspices défavorables, pratique connue sous le nom d’obnuntiatio. Cette prérogative en faisait des acteurs incontournables dans les luttes de pouvoir de la République.
Cicéron, lui-même augure, soulignait l’importance politique de ce rôle dans son ouvrage De Divinatione. En 63 av. J.-C., il usa de son autorité augurale pour influencer des débats politiques dans le contexte de la conjuration de Catilina. L’appartenance au collège des augures était ainsi un atout politique majeur pour les grandes familles de la République.
Sous l’Empire, l’influence des augures devint progressivement plus symbolique que réelle : les empereurs contrôlaient les interprétations et concentraient en leur personne les pouvoirs religieux et civils. Auguste lui-même cumula la charge d’augure avec celle de pontifex maximus.
Selon la tradition mythique, c’est par la consultation des augures que fut tranchée la querelle entre Romulus et Rémus sur le choix de l’emplacement de la nouvelle cité. Chacun des deux frères occupa une colline distincte et attendit les signes du ciel.
Rémus vit six vautours ; Romulus en aperçut douze. Le nombre plus élevé désigna Romulus comme fondateur légitime de Rome. Cet épisode fondateur ancre l’auspicium au cœur même de l’identité romaine : la cité est née d’un signe divin, et son gouvernement ne peut se passer de l’approbation des dieux.
Cicéron représente la figure emblématique de l’augure à la charnière entre croyance sincère et instrumentalisation politique. Dans son De Divinatione, il exprime un scepticisme philosophique sur la valeur prédictive des auspices, tout en défendant leur utilité civique et politique.
Pour lui, même si les augures ne prédisent pas l’avenir avec certitude, leur institution maintient l’ordre social, légitime l’autorité et préserve les fondements religieux de la République. Cette tension entre raison et tradition est caractéristique de la pensée romaine tardive face à ses propres institutions religieuses.
Le terme « augure » est entré dans la langue française comme synonyme de présage ou d’omen, témoignant de l’empreinte durable de cette institution sur la culture occidentale. Lorsque l’on dit « de bon augure » ou « de mauvais augure », on perpétue sans le savoir le vocabulaire religieux de la Rome antique.
Le lituus, bâton courbé des augures, a trouvé une postérité remarquable : sa forme a été reprise dans la crosse des évêques chrétiens, créant ainsi un pont symbolique entre la religion romaine et le christianisme institutionnel. Ce glissement illustre comment les structures religieuses romaines ont été absorbées et transformées par les institutions qui leur ont succédé.
Plus profondément, le rôle des augures montre comment la religion romaine était intimement liée à la gouvernance : les dieux n’étaient pas seulement objets de dévotion privée, mais garants publics de la légitimité du pouvoir. Une pratique qui influença durablement d’autres cultures et laissa des traces profondes dans les conceptions occidentales du rapport entre autorité divine et autorité politique.
Monnaies portant le lituus augural
- Cicéron, De Divinatione — traité philosophique sur la divination, incluant une discussion critique de la pratique augurale.
- Cicéron, De Legibus, II — présente les lois religieuses romaines et le rôle des augures dans la constitution.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita — nombreuses références aux auspices lors de décisions militaires et politiques.
- Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines — description des pratiques augurale à l’époque des rois et de la République naissante.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Rüpke, J., Religion of the Romans, Polity Press, 2007 — sur le collège des augures et son fonctionnement institutionnel.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Mythologica.fr — L’augure romain
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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