Aurore
Déesse de l'aube · Iconographie numismatique · République romaine
Aurore (Aurōra) est, dans la mythologie romaine, la déesse de l'aube, personnification du lever du jour. Équivalente de la grecque Éos, elle est fille des Titans Hypérion et Théia, et sœur de Sol (le Soleil) et de Luna (la Lune). Chaque matin, elle ouvre les portes du ciel et précède la course de son frère.
Son nom appartient à une famille de mots indo-européens bien attestée : le latin Aurōra, le grec Ēṓs et le sanskrit Uṣás remontent à une même forme reconstruite *h₂éwsōs, « l'aube ». La déesse védique Ushas et la lituanienne Aušrinė sont ainsi ses lointaines parentes.

« Quand, née de grand matin, parut Aurore aux doigts de rose… »
— Homère, Odyssée, II, 1
Kiel B 787 · Photo M. CyronÉos poursuivant ou ravissant un jeune mortel — Céphale ou Tithon — est l'un des sujets favoris des peintres de vases grecs, dès la céramique attique à figures rouges du Ve siècle av. J.-C. La scène reproduite ici provient d'un grand loutrophore apulien attribué au Peintre des Enfers, vers 330 av. J.-C. : la déesse, ailée, s'élance vers le chasseur pour l'emporter.
Le loutrophore, vase associé au bain nuptial et déposé sur la tombe des jeunes gens morts avant le mariage, se prête particulièrement à ce thème : l'enlèvement par une divinité y devient une image consolante de la mort prématurée.

Peinte pour le cardinal Scipione Borghese au plafond du pavillon de son palais du Quirinal, cette fresque d'environ 2,8 × 7 m est considérée comme le chef-d'œuvre de Guido Reni (1575–1642). Aurore, en robe safranée, vole en tête du cortège en répandant des fleurs ; derrière elle, Apollon conduit le quadrige solaire, entouré de la ronde des Heures, tandis qu'un putto portant une torche — Phosphoros, l'étoile du matin — survole les chevaux.
Inscrite dans un cadre peint (quadro riportato), la composition s'inspire des frises en relief des sarcophages antiques : un cortège processionnel lu de gauche à droite, à la manière d'un triomphe. Gravée et copiée à l'infini, elle a durablement fixé l'image moderne de la déesse.
Louvre · RF 513Exposée aux Salons de 1810 et 1814, cette grande toile verticale de Pierre-Narcisse Guérin (1774–1833) illustre l'amour d'Aurore pour le chasseur athénien Céphale, époux de Procris, dont Ovide fait le récit au livre VII des Métamorphoses.
Guérin choisit l'instant du réveil plutôt que celui de l'enlèvement : Céphale dort, nu, sur un nuage ; debout derrière lui, Aurore lève les bras pour écarter le voile de la nuit et répand des fleurs sur l'aimé, tandis qu'un petit Amour s'emploie à tirer le jeune homme de son sommeil. Le dessin épuré et la lumière froide sont caractéristiques du néoclassicisme tardif. L'œuvre, passée par la collection Sommariva, est entrée au Louvre par legs en 1888.
MFA Boston · 2013.62Œuvre de jeunesse de Jean-Honoré Fragonard (1732–1806), cette toile aborde le thème dans un registre rococo très éloigné de la solennité de Reni. Aurore y prend au pied de la lettre l'épithète homérique de « doigts de rose » : du haut du ciel, elle répand des pétales sur la Nuit endormie sous son voile sombre.
Le format horizontal et la vue en contre-plongée indiquent que la toile servait à l'origine de dessus-de-porte, sans doute dans un hôtel particulier parisien ; son bord chantourné, encore visible, épousait les boiseries avant que le tableau ne soit mis au rectangle au XIXe siècle.
Aurore se reconnaît à un petit nombre d'attributs, hérités pour l'essentiel de l'Éos grecque et repris par les poètes latins.
Sur le denier de Lucius Plautius Plancus (RRC 453/1, 47 av. J.-C.), Aurore est figurée ailée, en vol vers la droite, la tête retournée, menant les quatre chevaux cabrés du Soleil — une composition dynamique, très différente des types statiques habituels du monnayage républicain.
RRC 453/1 · PlautiaLe denier frappé par Lucius Plautius Plancus en 47 av. J.-C. est le seul type de la République sur lequel les catalogues reconnaissent Aurore. Le revers montre la déesse ailée, en vol, conduisant les quatre chevaux du Soleil ; sur certains exemplaires, elle tient aussi une palme.
L'identification n'est d'ailleurs pas unanime : plusieurs catalogues décrivent la figure comme une Victoire. Pline l'Ancien (Histoire naturelle, XXXV, 108) mentionne en effet une peinture de Nicomaque de Thèbes montrant une Victoire enlevant un quadrige dans les airs, placée au Capitole par « Plancus imperator » — généralement identifié à L. Munatius Plancus, frère du monétaire. Le revers pourrait reproduire ce tableau.
Le nom du monétaire est réparti sur les deux faces : Plautius au droit, Plancus au revers. Né Munatius Plancus et adopté par un Plautius, il fait ici allusion à un épisode célèbre de sa famille d'adoption, rapporté par Tite-Live (IX, 30) et Ovide (Fastes, VI, 651 sq.).
En 312 av. J.-C., les joueurs de flûte (tibicines), privés d'un privilège rituel, quittèrent Rome pour Tibur. Le censeur C. Plautius les fit ramener de nuit, enivrés, dans des chariots ; ils arrivèrent à Rome au point du jour, le visage couvert de masques pour ne pas être reconnus. Le masque de Méduse renverrait à ce déguisement, et Aurore à leur arrivée à l'aube. L'épisode était commémoré chaque année aux Quinquatrus minusculae, le 13 juin, où les flûtistes défilaient masqués.
Aurore appartient à une famille de divinités indo-européennes de l'aube dont la parenté est remarquablement conservée : la védique Uṣás, la grecque Ēṓs et la latine Aurōra portent des noms issus de la même racine *h₂éwsōs, et la lituanienne Aušrinė en dérive également.
Rome n'a guère développé de mythes propres à la déesse ; ses récits sont empruntés à Éos. Le plus célèbre est celui de Tithon, prince troyen dont elle s'éprit : elle obtint pour lui l'immortalité mais oublia de demander la jeunesse éternelle, et Tithon vieillit sans fin (Hymne homérique à Aphrodite, 218–238). Des traditions plus tardives le disent changé en cigale. De leur union naquit Memnon, roi des Éthiopiens tué par Achille devant Troie ; selon Ovide, les larmes de sa mère forment chaque matin la rosée.
Elle aima aussi Céphale, qu'elle enleva, et le géant chasseur Orion (Odyssée, V, 121), que les dieux lui jalousèrent.
À Rome, Aurore est moins une figure de culte qu'une figure poétique : elle n'avait pas de temple propre et ne recevait pas de culte civique organisé. Lucrèce (De rerum natura, V, 656) associe pourtant le retour de l'aube à Mater Matuta, vieille déesse latine du matin, avec laquelle les Romains l'identifiaient volontiers.
Dans la poésie latine, de Lucrèce à Virgile et Ovide, elle marque le passage d'une journée à l'autre et reprend les épithètes homériques — doigts de rose, voile de safran. Sur le denier de Plautius Plancus, elle n'est pas convoquée pour elle-même : elle sert un récit familial, l'arrivée au point du jour des flûtistes masqués.
Aurore au revers — Lucius Plautius Plancus
Divinités et figures apparentées
- Homère, Odyssée, II, 1 (Aurore aux doigts de rose) ; V, 121 (Orion) ; XXIII, 246 (Lampos et Phaéthon).
- Hésiode, Théogonie, 371–374 — Éos, fille d'Hypérion et de Théia, sœur d'Hélios et de Séléné.
- Hymne homérique à Aphrodite, 218–238 — Tithon, immortel mais non éternellement jeune.
- Tite-Live, IX, 30 ; Ovide, Fastes, VI, 651 sq. — retour des tibicines à Rome sous la censure de C. Plautius (312 av. J.-C.).
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 108 — la Victoire au quadrige de Nicomaque, placée au Capitole par Plancus.
- Ovide, Métamorphoses, VII (Céphale et Procris) ; XIII, 576–622 (mort de Memnon, larmes d'Aurore).
- Lucrèce, De rerum natura, V, 656 — Mater Matuta et le retour de l'aube.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 453/1a–e (Plautia).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Plautia 14–15.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 959–959b.
- Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — Rome 4004–4009.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, I, Londres, 2000 — n° 429.
- CRRO — RRC 453/1a (Plautius Plancus)
- CRRO — RRC 453/1c (Plautius Plancus)
- Wikimedia Commons — L'Aurore du Guerchin (1621)
- Wikimedia Commons — L'Aurore de Guido Reni (1614)
- Wikimedia Commons — L'Aurore et Céphale de Guérin (1810, Louvre)
- Museum of Fine Arts, Boston — Fragonard, Aurora Triumphing over Night
- Wikimedia Commons — Éos et Céphale (vases, peintures, gravures)
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