Bellérophon
Héros grec, vainqueur de la Chimère · Iconographie numismatique · République romaine
Bellérophon, dans la mythologie grecque, est un héros connu pour avoir dompté le cheval ailé Pégase et vaincu la Chimère. Fils de Poséidon (ou parfois de Glaucos, roi de Corinthe), il est étroitement associé à la ville de Corinthe ou à la Lycie. Son mythe, l’un des plus célèbres du monde grec, condense à lui seul les grands thèmes de l’héroïsme antique : la faveur divine, le triomphe sur le monstre et la chute inexorable par l’orgueil.
L’histoire principale raconte que Bellérophon, accusé à tort d’un crime par la reine Sthénébée, est envoyé par le roi Proétos en Lycie avec une lettre scellée demandant son exécution. Le roi de Lycie, Iobatès, hésite à le tuer directement et lui confie des missions impossibles. La plus célèbre est de vaincre la Chimère — monstre à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent crachant du feu. Grâce à Pégase, offert par Athéna ou Poséidon, Bellérophon triomphe en volant au-dessus de la bête et en lui enfonçant une lance plombée qui fond dans sa gorge brûlante.
Après d’autres exploits, Bellérophon devient arrogant et tente de voler jusqu’à l’Olympe sur Pégase pour rejoindre les dieux. Zeus, irrité par son hubris, envoie un taon piquer le cheval ailé, faisant chuter le héros. Bellérophon finit ses jours errant, aveugle et misérable, puni pour sa démesure. Ce mythe illustre les thèmes classiques de la gloire héroïque, du don divin et de la chute par l’orgueil.
« Bellérophon, dès lors que les dieux le firent haïr par tous les hommes, errait seul sur la plaine Aléïenne, rongeant son âme, fuyant les traces des mortels. »
— Homère, Iliade, Chant VI, v. 200–202
Le mythe de Bellérophon a inspiré les artistes grecs dès la période archaïque. On le retrouve abondamment représenté sur la céramique attique et corinthienne, chevauchant Pégase et terrassant la Chimère. À Rome, le héros fait une entrée remarquée dans la peinture murale : cette fresque de Pompéi le montre en compagnie d’Athéna et de Pégase dans une composition qui deviendra un canon iconographique durable.
Découverte à Autun (l’antique Augustodunum, capitale des Éduens) en 1830, cette mosaïque romaine est l’une des pièces maîtresses du Musée Rolin. Son médaillon central figure Bellérophon monté sur Pégase terrassant la Chimère dans une composition d’une qualité exceptionnelle : les tesselles sont si finement agencées qu’à quelques mètres elles donnent une parfaite illusion de réalisme. L’ensemble de la mosaïque dépassait 100 m², témoignant de l’opulence de la ville gallo-romaine à l’apogée de l’Empire.
Cette œuvre est particulièrement précieuse pour l’histoire de l’iconographie de Bellérophon en Gaule romaine. Elle confirme que le mythe corinthien avait pleinement intégré le répertoire décoratif des grandes demeures provinciales, au même titre que les représentations des dieux olympiens.
Chef-d’œuvre du baroque vénitien tardif, cette fresque de plafond peinte par Giovanni Battista Tiepolo au Palazzo Labia de Venise est l’une des représentations les plus somptueuses de Bellérophon dans l’art occidental. Le héros y est représenté dans toute sa gloire céleste, porté par Pégase dans un envol majestueux, au milieu d’un ciel lumineux peuplé de figures allégoriques. La composition en trompe-l’œil crée une illusion saisissante d’ouverture vers le ciel.
Tiepolo choisit ici de représenter le moment de la gloire — avant la chute —, inscrivant Bellérophon dans une tradition d’images triomphales du héros chevauchant Pégase. Cette fresque exercera une influence durable sur l’iconographie néoclassique du mythe.
Ce dessin d’Annibale Carracci (1560–1609), conservé au Musée du Louvre, témoigne de l’intérêt des grands maîtres bolonais pour les thèmes héroïques antiques. La composition, énergique et dynamique, montre Bellérophon en plein combat contre la Chimère dans un style caractéristique du proto-baroque de la fin du XVIe siècle — musculature puissante, torsion des corps, expressivité dramatique. Carracci restitue l’intensité du combat sans recourir à Pégase, concentrant l’attention sur la dimension héroïque et physique de l’affrontement.
Ce dessin préparatoire illustre également la façon dont les artistes de la Renaissance tardive retournaient aux sources antiques — textes homériques, sarcophages, camées — pour renouveler leur vocabulaire iconographique.
La figure de Bellérophon est indissociable de quelques attributs fondamentaux qui permettent son identification immédiate dans tout support iconographique, de la céramique grecque aux monnaies romaines.
Sur les monnaies républicaines romaines, c’est avant tout la figure de Pégase, embème de Corinthe, qui sert de marqueur iconographique, parfois accompagnée d’une représentation du cavalier ailé identifiable à Bellérophon par le contexte et les références mythologiques.
Denier CossutiaRRC 395/1
Le denier Cossutia, frappé par Lucius Cossutius Sabula, constitue l’une des représentations les plus remarquables de Bellérophon sur Pégase dans la numismatique républicaine romaine. Le revers figure le héros chevauchant le célèbre cheval ailé, dans une composition dynamique héritée de la tradition iconographique grecque.
Cette monnaie illustre le goût des monnayeurs romains de la fin de la République pour les références mythologiques grecques, souvent choisies pour leur prestige culturel autant que pour leur signification symbolique.
Collection privée~3,9 gr
Le choix de Méduse à l’avers n’est pas anodin : il établit un lien thématique fort avec le cycle de Pégase, né du sang de la Gorgone selon certaines versions du mythe. Cette association iconographique entre Méduse et Bellérophon/Pégase au revers témoigne d’une cohérence mythologique délibérée de la part du monnayeur.
Le surnom Sabula (« sable ») porté par le magistrat monétaire reste énigmatique. La famille Cossutia n’est que peu documentée dans les sources littéraires, ce qui rend cette monnaie d’autant plus précieuse pour notre connaissance de la Rome tardo-républicaine.
Le mythe de Bellérophon illustre avec une rare cohérence les grandes tensions de la pensée morale grecque. Hero archétypal dans un premier temps — favorisé des dieux, invincible face à la Chimère, victorieux de toutes ses épreuves —, il incarne ensuite le danger mortel de l’hubris, cette démesure qui conduit les mortels à vouloir s’égaler aux dieux.
Sa tentative d’atteindre l’Olympe à dos de Pégase constitue la transgression fondamentale. Zeus, gardien de l’ordre cosmique, y répond par la chute et la punition. Aveugle, errant, abandonné des dieux et des hommes, Bellérophon finit dans la misère — image saisissante de ce que la démesure inflige même aux plus grands héros.
Les sources antiques majeures sont l’Iliade d’Homère (chant VI), les Odes de Pindare, les tragédies perdues d’Euripide (Bellérophon, Sthénébée) et la Bibliothèque d’Apollodore. Ce mythe a durablement fasciné les auteurs et artistes, de l’Antiquité à la Renaissance, comme symbole de la frontière entre le divin et l’humain.
Bellérophon et Pégase dans la numismatique républicaine
Contexte mythologique — Pégase et les héros grecs
- Homère, Iliade, Chant VI, v. 155–203 — récit de la généalogie et des exploits de Bellérophon par Glaucos.
- Pindare, Olympiques, XIII — éloge de Corinthe et de Bellérophon, vainqueur de la Chimère grâce à Pégase.
- Apollodore, Bibliothèque, II, 3 — synthèse du mythe complet depuis la capture de Pégase jusqu’à la chute du héros.
- Euripide, Bellérophon (tragédie perdue, fragments) — témoignage de la réflexion sur l’hubris à travers ce personnage.
- Hygin, Fabulae, 57 — version latine du mythe, précieuse pour la tradition romaine.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 395/1 (denier Cossutia).
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notice sur la famille Cossutia.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Burnett, A., Coinage in the Roman World, Londres, 1987.
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