LesDioscures.com

More results...

Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Bonus Eventus · Iconographie numismatique · LesDioscures

Bonus Eventus

Bon Succès · Allégorie divine · Iconographie numismatique · République & Empire romains

Nature Allégorie · Personnification
Origine Romaine (racines grecques)
Attributs Patère · Épis · Pavots
Période République – IIIe s. ap. J.-C.
Monnaies Galba · Vespasien · Antonin · Sévère

Bonus Eventus — littéralement « le Bon Succès » — est l’une des grandes personnifications divines de la religion romaine. Varron, dans son encyclopédique Rerum rusticarum, le compte parmi les douze divinités tutélaires de l’agriculture, aux côtés de Cérès, Liber ou encore Lympha. Dans ce contexte originel, Bonus Eventus incarne la promesse d’une récolte heureuse, la bénédiction attendue au terme des travaux des champs.

Au fil des siècles, son domaine s’élargit considérablement. Sous l’Empire romain, Bonus Eventus devient une abstraction universelle de la réussite et de la prospérité — non plus seulement agricole, mais politique, militaire, commerciale. Il rejoint ainsi la longue liste des virtutes et personificationes que les empereurs font frapper sur leur monnaie pour affirmer leur légitimité et les bienfaits de leur règne. Des émissions pour Galba, Vespasien, Titus, Antonin le Pieux et Septime Sévère témoignent de cette longévité iconographique.

« Bonus Eventus est représenté nu, tenant une patère et des épis — comme si toute réussite naissait de la terre et revenait aux dieux. »

— D’après Pline l’Ancien, Naturalis Historia, XXXIV
✦ Origines et culte
01 De la divinité agricole à l’allégorie impériale IIIe s. av. J.-C. – IIIe s. ap. J.-C.

Les origines de Bonus Eventus plongent dans la religion agraire archaïque. Varron le cite comme l’un des gardiens des champs aux côtés de Lympha, déesse de l’eau d’irrigation — couple symbolique de la pluie et du succès de la culture. Dans ce contexte, son nom ne désigne pas encore une abstraction générale, mais la concrétisation divine d’un bon résultat : une récolte sauvée, un troupeau préservé, une terre généreuse.

La transition vers une signification plus large est progressive. À Rome, les grandes abstractions — Felicitas, Spes, Pax, Bonus Eventus — deviennent des instruments politiques dès la fin de la République. Les magistrats monétaires, puis les empereurs, les convoquent sur leurs émissions pour diffuser un message de prospérité et de bon gouvernement. Bonus Eventus incarne alors tout ce qu’un règne heureux est censé apporter : victoires, abondance, entreprises couronnées de succès.

Son temple à Rome se trouvait sur le Champ de Mars, à proximité des thermes d’Agrippa — emplacement symboliquement fort, à la croisée des zones consacrées aux activités civiques et militaires de la cité.

Plan du Champ de Mars central — Rome antique
Plan du Champ de Mars central · Rome antique · Le temple de Bonus Eventus se trouvait à proximité des thermes d’Agrippa (zone centrale) · Wikimedia Commons · domaine public
✦ Attributs iconographiques
02 Les emblèmes de Bonus Eventus Monnaies · Gemmes · Sculptures

Sur les monnaies et les gemmes qui nous sont parvenues, Bonus Eventus présente une iconographie remarquablement stable. Il est représenté comme un homme nu debout, la jambe légèrement fléchie dans la pose relâchée du contrapposto grec, la tête tournée vers la patère qu’il tient dans sa main tendue — geste rituel de libation, offrant le succès aux dieux en retour de leur faveur. Parfois une chlamyde lui couvre le dos, ou un himation drapé encadre son torse sans cacher sa nudité athlétique.

🏺 Patère Coupe rituelle de libation, tenue dans la main tendue. Geste d’offrande aux dieux, symbole de piété et de reconnaissance pour le succès accordé.
🌾 Épis de blé Rappel de la fonction agraire originelle du dieu. Héritage direct du Bonus Eventus de Varron, gardien des récoltes et de la fertilité des champs.
🌺 Pavots Associés à Déméter/Cérès et aux mystères d’Éleusis. Leur présence conjointement aux épis évoque une filiation avec les cultes agraires grecs et l’espoir du renouveau.
🏛️ Nudité héroïque Convention grecque reprise par Rome pour les personnifications divines. Elle signale la nature divine et idéale du personnage, hors du temps et de la contingence humaine.

La combinaison pavots + épis est caractéristique et distingue Bonus Eventus d’autres personnifications proches. Pline l’Ancien souligne que ces attributs, portés par le bronze d’Euphranor conservé à Rome, évoquaient irrésistiblement les divinités liées aux Mystères d’Éleusis — Déméter avant tout — et poussèrent certains antiquaires à identifier la statue originelle comme un Triptolème, héros de la culture du blé.

Intaille romaine représentant Bonus Eventus — BNF inv. 58.1738
Intaille romaine · Bonus Eventus à la chlamyde, tenant épis et patère · BNF, dép. Monnaies, médailles et antiques, inv. 58.1738 · Chabouillet, Catalogue général, 1858
✦ Les statues grecques rebaptisées
03 Euphranor, Praxitèle et l’invention d’une iconographie IVe s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C.

Pline l’Ancien, dans son traité sur la sculpture (Naturalis Historia, XXXIV), décrit deux statues célèbres de Bonus Eventus conservées à Rome — avec la précision notable qu’il s’agissait en réalité de statues grecques rebaptisées, détournées de leur sens originel pour servir le culte romain d’une abstraction.

La première était un bronze d’Euphranor, grand sculpteur et peintre athénien du IVe siècle avant J.-C., placé entre une Athéna sous le Capitole et la Léto du temple de la Concorde. Ce bronze tenait des coquelicots et des céréales — attributs qui firent débattre les savants modernes sur l’identité originelle du sujet : Triptolème ? Un héros éleusinien ? La question reste ouverte, mais l’iconographie passa directement aux monnaies romaines.

La seconde était un marbre de Praxitèle, l’un des plus grands sculpteurs grecs, placé dans le temple de la triade capitoline aux côtés d’une Fortuna. L’historien de l’art Adolf Furtwängler y vit une représentation originelle d’Agathodémon — le bon démon grec, génie tutélaire de la prospérité — dont la Fortuna serait la traduction latine de la Tyché grecque. Cette association Bonus Eventus / Fortuna se retrouve d’ailleurs sur plusieurs monnaies impériales, les deux personnifications apparaissant en couple symbolique sur avers et revers.

✦ Représentation numismatique républicaine
⚡ Principale émission républicaine — Denier Scribonia
Denier Scribonia — Lucius Scribonius Libo RRC 416/1
Denier

Le Denier Scribonia, émis par Lucius Scribonius Libo vers 62 av. J.-C., constitue l’une des représentations républicaines les plus significatives de Bonus Eventus. Le choix de cette personnification par un magistrat monétaire de la fin de la République témoigne du glissement sémantique déjà accompli : Bonus Eventus n’est plus seulement le dieu des récoltes de Varron, mais la promesse d’une réussite politique et civique.

La gens Scribonia, qui revendiquait des liens avec le sanctuaire du Puteal Libonis sur le Forum, choisit de placer Bonus Eventus sur son émission comme emblème de bon augure — une façon d’inscrire la fortune familiale sous le signe de la prospérité divine.

04 Denier Scribonia · Lucius Scribonius Libo vers 62 av. J.-C.
🏛 Nu debout · Patère tendue · Épis et pavots
Denier Scribonia RRC 416/1 RRC 416/1
c. 3,90 gr
🏛 Légendes & description
Avers BONUS EVENTVS Tête de Bonus Eventus à droite, laurée — traitement divin d’une personnification qui emprunte les codes iconographiques des dieux.
Revers LIBO · BON · EVENT (ou variantes) Le Puteal Libonis (puits sacré du Forum romain), entouré de guirlandes et surmonté de deux lyres — monument lié à la gens Scribonia et au culte de Summanus.

Le Puteal Libonis au revers est un monument exceptionnel dans la numismatique républicaine : cet enclos circulaire sacré du Forum était le lieu où la foudre avait frappé, et où les affaires juridiques les plus importantes étaient traitées. Son association à Bonus Eventus renforce l’idée d’une prospérité placée sous le signe du divin et de la légitimité ancestrale de la gens Scribonia.

Cette monnaie est l’une des rares émissions républicaines à nommer explicitement la personnification à l’avers — pratique qui deviendra systématique sous l’Empire, mais reste rare avant Auguste.

✦ Bonus Eventus sous l’Empire
05 De Galba à Septime Sévère — une allégorie impériale 68 – 211 ap. J.-C.

La longévité de Bonus Eventus dans le monnayage impérial est remarquable. Les premières émissions connues sont frappées pour Galba (68–69 ap. J.-C.), à un moment de crise dynastique aiguë — l’année des quatre empereurs. Invoquer Bonus Eventus sur le bronze ou l’argent, c’est proclamer que le nouveau règne sera couronné de succès, que les dieux ont accordé leur faveur au nouveau prince.

Sous Vespasien et son fils Titus, Bonus Eventus réapparaît régulièrement, associé à la stabilisation de la dynastie flavienne après les guerres civiles. La personnification adopte alors son iconographie canonique : nu debout, patère dans la main droite levée, épis ou pavots dans la main gauche — posture directement inspirée, selon Pline, du bronze d’Euphranor.

Les émissions d’Antonin le Pieux (138–161) et de Septime Sévère (193–211) confirment que Bonus Eventus reste, sur plus de deux siècles, une figure crédible du discours impérial — symbole intemporel d’un pouvoir qui promet la prospérité à ses sujets.

✦ Fiches numismatiques liées

Bonus Eventus — Émissions républicaines

Personnifications proches

📚Notes & Références
  • Varron, Rerum rusticarum, I, 1 — Liste des douze divinités agricoles tutélaires dont Bonus Eventus, associé à Lympha.
  • Pline l’Ancien, Naturalis Historia, XXXIV, 77 — Description du bronze d’Euphranor et de la statue de Praxitèle représentant Bonus Eventus à Rome.
  • Pline l’Ancien, Naturalis Historia, XXXVI, 23 — Localisation de la statue de marbre de Praxitèle dans le temple de la triade capitoline.
  • Cicéron, De Natura Deorum — Mentions des personnifications divines abstraites dans la religion romaine.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 416/1 (Denier Scribonia).
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Gens Scribonia.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
  • Furtwängler, A., Masterpieces of Greek Sculpture — Identification de la statue de Praxitèle comme Agathodémon.
  • Fears, J.R., The Cult of Virtues and Roman Imperial Ideology, ANRW II.17.2, 1981 — Sur les personnifications divines dans le monnayage impérial.
Article rédigé par Christopher Mérat
Cet article vous a-t-il été utile ?