Clementia
La vertu qui humanise le pouvoir · Iconographie numismatique · République romaine
Dans le panthéon des vertus romaines, si la Virtus forge le guerrier et la Pietas définit le citoyen, c'est la Clementia qui caractérise l'homme d'État. Plus qu'une simple pitié, la Clémence est une disposition d'esprit réfléchie — un équilibre entre la rigueur de la loi et l'humanité du chef. Abstraction morale élevée au rang de divinité, elle s'inscrit dans la longue tradition des vertus personnifiées qui peuplent l'iconographie de la fin de la République.
Sénèque la distingue soigneusement de la misericordia, la pitié, qu'il range parmi les faiblesses de l'âme : la Clementia est une décision consciente, la capacité d'un supérieur à modérer la punition qu'il a le droit d'infliger. Sur les monnaies de l'Empire, où elle devient une figure courante, elle se présente debout, tenant le plus souvent une patère et un sceptre.

« La clémence est la modération de l'âme quand elle a le pouvoir de se venger. »
Clementia est temperantia animi in potestate ulciscendi
— Sénèque, De Clementia, II, 3, 1
Le denier frappé par P. Sepullius Macer en 44 av. J.-C. (RRC 480/21) est le seul type de la République à inscrire le nom de la vertu : au droit, la légende CLEMENTIAE CAESARIS — « à la Clémence de César » — entoure un temple tétrastyle. Il s'agit du sanctuaire que le Sénat avait décrété au début de 44 en l'honneur de la Clémence de César (Appien, Guerres civiles, II, 106 ; Dion Cassius, XLIV, 6, 4).
Le type marque un glissement : la Clementia, jusque-là vertu collective du peuple romain envers ses ennemis vaincus, devient la qualité personnelle d'un chef — un vocabulaire que reprendra le principat d'Auguste.
RRC 448/1a48 av. J.-C.
Le denier de Lucius Hostilius Saserna (RRC 448/1a) est frappé en 48 av. J.-C., en pleine guerre civile entre César et Pompée. La couronne de chêne portée par la tête féminine évoque la corona civica, décernée à qui avait sauvé la vie d'un concitoyen : plusieurs numismates y ont vu une allégorie de la Clementia césarienne, au moment où César se distinguait en épargnant les Pompéiens plutôt qu'en les proscrivant.
Cette identification n'est pas certaine — d'autres y lisent la Pietas —, et aucune légende ne vient trancher. Elle reste cohérente avec le programme de l'émission, entièrement tourné vers César : Victoire porteuse du trophée gaulois sur ce type, tête de Gaulois et char de guerre sur RRC 448/2, tête de la Gaule et Diane d'Éphèse sur RRC 448/3.
RRC 480/2144 av. J.-C.
Contrairement à la plupart des deniers de Sepullius Macer, ce type ne porte pas de portrait de César : le temple occupe seul le droit. Avec RRC 480/22 (tête voilée de Marc Antoine en deuil, même revers au desultor), il est généralement considéré comme frappé après les Ides de Mars, au printemps 44 av. J.-C. — la Clémence de César y devient un hommage posthume.
Selon Dion Cassius, le sanctuaire devait abriter une statue de César se tenant la main avec la Clémence. Aucun vestige n'en a été retrouvé, et il n'est pas établi qu'il ait jamais été construit. Le desultor du revers renvoie aux jeux, peut-être ceux célébrés en l'honneur de César en 44.
La personnification de la Clementia est plus tardive et moins fixée que celle des grandes divinités. Sous la République, elle n'apparaît que par allusion ou par son nom ; c'est sous l'Empire qu'elle reçoit une figure stable.
C'est avec Jules César que la Clementia devient un programme politique. Dès 49 av. J.-C., après la reddition de Corfinium, il relâche les Pompéiens capturés et écrit à ses partisans vouloir inaugurer une « nouvelle manière de vaincre », fondée sur la miséricorde et la générosité (lettre conservée dans la correspondance de Cicéron, Ad Atticum, IX, 7C). Le contraste est voulu avec les proscriptions de Sylla, une génération plus tôt.
Cicéron, qui en bénéficie, en fait l'éloge public dans le Pro Marcello (46 av. J.-C.), mais l'avait d'abord qualifiée en privé de clementia insidiosa (Ad Atticum, VIII, 16, 2) : le pardon d'un vainqueur suppose un pouvoir de vie et de mort sur des citoyens. Au début de 44, le Sénat décrète un temple à la Clémence de César — celui-là même que représente le denier de Sepullius Macer.
En janvier 27 av. J.-C., le Sénat offre à Octavien, devenu Auguste, un bouclier d'or placé dans la Curie Julia, dont l'inscription célèbre sa virtus, sa clementia, sa iustitia et sa pietas (Res Gestae, 34). Une copie en marbre, datée de 26 av. J.-C., est conservée au musée départemental Arles antique.
Le monnayage augustéen reproduit ce clupeus virtutis, désigné par l'abréviation CL V : la Clémence y figure désormais parmi les vertus officielles du prince, aux côtés de celles qui la limitent et la justifient.
Un siècle après César, le philosophe stoïcien Sénèque consacre à la Clementia un traité adressé au jeune empereur Néron, au début de son règne. La clémence y distingue le roi du tyran : l'un punit par nécessité et à regret, l'autre par goût ou par peur ; le prince qui épargne s'assure l'attachement de ses sujets mieux que par la terreur.
Sénèque répond aussi à une objection propre à son école : les stoïciens condamnaient la pitié comme une passion. Il en sépare nettement la clémence, qui relève de la temperantia — la maîtrise de soi — et non de l'émotion. Le traité nourrira la réflexion politique moderne : le jeune Calvin lui consacre un commentaire en 1532.
Sénèque rapporte dans le De Clementia (I, 9) le pardon accordé par Auguste au conspirateur Cinna : l'épisode inspire à Corneille Cinna ou la Clémence d'Auguste (1641). La vertu impériale gagne encore la scène lyrique avec La clemenza di Tito de Mozart (1791).
Le pouvoir implique la retenue. Avoir le droit de frapper ne rend pas juste de le faire : toute autorité légitime doit mesurer sa force.
La rigueur n'est pas la justice. Pour Sénèque, le prince clément tient compte des circonstances et de la personne, là où l'application mécanique de la peine peut tourner à la cruauté.
Le pardon a ses limites. En graciant ses adversaires, César voulait briser le cycle des vengeances. Brutus et Cassius, épargnés après Pharsale, comptèrent pourtant parmi ses meurtriers — preuve que la Clémence, comme toute vertu politique, peut être perçue comme une domination.
Clementia — types républicains
Vertus romaines apparentées
- Sénèque, De Clementia, I–II — le traité adressé à Néron ; définition en II, 3, 1 ; pardon de Cinna en I, 9.
- César, lettre à Oppius et Balbus, dans Cicéron, Ad Atticum, IX, 7C — la « nouvelle manière de vaincre ».
- Cicéron, Ad Atticum, VIII, 16, 2 (insidiosa clementia) ; Pro Marcello (46 av. J.-C.).
- Appien, Guerres civiles, II, 106 ; Dion Cassius, Histoire romaine, XLIV, 6, 4 — le temple décrété à la Clémence de César.
- Suétone, Vie de César, LXXV — la modération et la clémence de César pendant et après la guerre civile.
- Auguste, Res Gestae, 34 — le bouclier des vertus.
- Tite-Live, Histoire romaine, VIII, 30-35 — Papirius Cursor et Fabius Rullianus.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 448/1a (Hostilia) et RRC 480/21 (Sepullia).
- Sear, D.R., The History and Coinage of the Roman Imperators, 49–27 BC, Londres, 1998 — CRI 17 et CRI 110.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Hostilia, Sepullia.
- Weinstock, S., Divus Julius, Oxford, 1971 — sur la Clementia Caesaris et son temple.
- Zehnacker, H., Moneta. Recherches sur l'organisation et l'art des émissions monétaires de la République romaine, Rome, 1973.
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