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Cléopâtre VII

La dernière reine d'Égypte · Iconographie numismatique · Monnayage ptolémaïque & romain

NatureSouveraine lagide
Règne51 – 30 av. J.-C.
TitulatureThéa Philopator · Théa Néôtéra
PériodeIer s. av. J.-C.
MonnaiesBronzes d'Alexandrie · RRC 543/1 · RPC I 4094

Aucune figure étrangère n'a autant fasciné — ni autant inquiété — Rome que Cléopâtre VII Théa Philopator (69–30 av. J.-C.). Dernière souveraine régnante de la dynastie lagide, issue de Ptolémée Ier Sôter, général macédonien d'Alexandre le Grand, elle se trouve au point de rencontre de deux mondes : l'Égypte des pharaons, dont elle assume l'héritage religieux, et la Rome des guerres civiles, dont elle épouse successivement deux des protagonistes.

L'image de séductrice transmise par la propagande d'Octavien masque une femme d'État de premier plan. Plutarque rapporte qu'elle s'adressait sans interprète aux Éthiopiens, aux Troglodytes, aux Hébreux, aux Arabes, aux Syriens, aux Mèdes et aux Parthes, et qu'elle fut la première de sa dynastie — de culture grecque — à apprendre l'égyptien (Vie d'Antoine, 27, 4–5). Sur les monnaies frappées en son nom, c'est ce visage politique qui s'impose : un profil souverain, sans complaisance, très éloigné des fantasmes littéraires.

Portrait en marbre identifié à Cléopâtre VII · vers 40–30 av. J.-C. · Altes Museum, Berlin
Portrait en marbre identifié à Cléopâtre VII · vers 40–30 av. J.-C. · Altes Museum, Berlin · Wikimedia Commons

« Sa beauté, dit-on, n'était pas en elle-même si incomparable qu'elle frappât d'emblée ceux qui la voyaient ; mais sa fréquentation avait un attrait irrésistible, et l'agrément de sa personne, joint au charme de sa conversation et au caractère qui imprégnait tout ce qu'elle disait ou faisait, avait quelque chose d'ensorcelant. »

— Plutarque, Vie d'Antoine, 27, 2–3 (trad. LesDioscures)
✦ Cléopâtre sur les monnaies antiques
⚡ Le seul denier romain au portrait d'une reine étrangère

Le denier RRC 543/1 associe la tête nue de Marcus Antonius et le buste diadémé de Cléopâtre VII, accompagné de la titulature CLEOPATRAE REGINAE REGVM FILIORVM REGVM — « (monnaie) de Cléopâtre, reine des rois et des fils de rois ». La formule renvoie directement aux Donations d'Alexandrie (34 av. J.-C.), cérémonie au cours de laquelle Antoine attribua royaumes et titres à la reine et à ses enfants.

Faire figurer une souveraine étrangère sur la monnaie d'argent romaine était sans précédent. Le type fournit à Octavien un argument tout trouvé : il pouvait présenter Antoine comme un Romain passé au service d'une reine orientale, et la guerre qui s'annonçait comme une guerre extérieure plutôt que comme une nouvelle guerre civile.

01 Denier d'Antoine et Cléopâtre · RRC 543/1 vers 34–32 av. J.-C.
🏛 Antoine & Cléopâtre · Atelier itinérant d'Antoine
1750AN — Denier Marc Antoine · RRC 543/1 1750AN · Denier RRC 543/1
Antoine · Cléopâtre
🏛 Légendes & description
Droit ANTONI · ARMENIA · DEVICTA Tête nue de Marc Antoine à droite ; derrière, la tiare arménienne. La légende — « d'Antoine, l'Arménie vaincue » — célèbre la campagne de 34 av. J.-C. et la capture du roi Artavasde II, ramené captif à Alexandrie.
Revers CLEOPATRAE · REGINAE · REGVM · FILIORVM · REGVM Buste drapé et diadémé de Cléopâtre VII à droite ; devant, une proue de navire. Le diadème hellénistique marque la royauté ; la proue rappelle la flotte égyptienne, pièce maîtresse de l'alliance.

Crawford place la tête d'Antoine au droit et date l'émission de 32 av. J.-C. ; d'autres proposent 34–33, dans le sillage immédiat des Donations. L'atelier, qui suivait les déplacements d'Antoine, n'est pas localisé avec certitude : Alexandrie et la Syrie du Nord ont été proposées. Le portrait de la reine y est d'un réalisme sans complaisance — nez busqué, menton marqué — et rejoint celui de ses bronzes alexandrins.

Le revers donne à voir, sur une monnaie romaine, la hiérarchie des royautés orientales instaurée par Antoine : Cléopâtre, « reine des rois », au sommet d'un réseau de couronnes confiées à ses enfants. C'est précisément ce que la propagande d'Octavien dénoncera devant le Sénat et le peuple romain.

02 Bronzes d'Alexandrie · Le portrait de la reine 51 – 30 av. J.-C.
🏛 Buste diadémé · Aigle sur le foudre
🏛 Légendes & description
Droit Anépigraphe Buste drapé et diadémé de Cléopâtre VII à droite, la chevelure ramenée en côtes de melon et nouée en chignon sur la nuque.
Revers ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ ΒΑΣΙΛΙΣΣΗΣ « De la reine Cléopâtre ». Aigle debout à gauche sur le foudre, ailes repliées ; dans le champ à gauche, corne d'abondance ; à droite, la marque de valeur Π (80 drachmes) ou Μ (40 drachmes).

Ce sont les grands bronzes d'Alexandrie (Svoronos 1871 pour la pièce de 80 drachmes, 1872 pour celle de 40) qui portent le plus régulièrement le portrait de la reine en Égypte même. Les marques Π et Μ sont un document précieux pour l'histoire monétaire lagide : elles éclairent le rapport de valeur entre le bronze et l'argent à la fin de la dynastie.

Précision importante : les tétradrachmes d'argent frappés à Alexandrie sous son règne ne portent pas son portrait, mais celui, dynastique et immuable, de Ptolémée Ier Sôter, avec l'aigle au revers et l'année de règne. Hors d'Égypte, son effigie apparaît en revanche sur des émissions de cités du Levant (Ascalon notamment) et sur des bronzes de Chypre où elle est figurée en Aphrodite portant Césarion.

03 Tétradrachme d'Antoine et Cléopâtre · RPC I 4094 vers 36 av. J.-C.
🏛 Atelier syrien incertain · Argent bas titre
🏛 Légendes & description
Droit ΒΑΣΙΛΙΣΣΑ ΚΛΕΟΠΑΤΡΑ ΘΕΑ ΝΕΩΤΕΡΑ Buste drapé et diadémé de Cléopâtre à droite. « Reine Cléopâtre, la plus jeune déesse » — ou, selon une autre lecture, « la nouvelle Théa », en écho à la reine séleucide Cléopâtre Théa.
Revers ΑΝΤΩΝΙΟΣ ΑΥΤΟΚΡΑΤΩΡ ΤΡΙΤΟΝ ΤΡΙΩΝ ΑΝΔΡΩΝ Tête nue d'Antoine à droite. « Antoine, imperator pour la troisième fois, triumvir ».

Pendant grec du denier RRC 543/1, ce tétradrachme longtemps attribué à Antioche place cette fois la reine au droit : l'étude des liaisons de coins montre que c'est bien le côté de Cléopâtre qui sert de coin fixe. L'atelier reste discuté — Antioche n'a jamais fait partie de ses possessions, et une officine des territoires phéniciens qu'Antoine lui avait cédés est envisagée. Les portraits se ressemblent au point que celui de la reine semble emprunter les traits d'Antoine.

✦ Les alliances avec Rome
04 Cléopâtre et César — la première alliance 48 – 44 av. J.-C.

En 48 av. J.-C., Cléopâtre a été écartée du pouvoir par l'entourage de son frère et co-régent Ptolémée XIII et lève des troupes en Syrie. L'arrivée de César à Alexandrie, sur les traces de Pompée assassiné, renverse la situation. Plutarque raconte qu'elle se fit introduire auprès de lui de nuit, dissimulée dans un sac de couvertures porté par son serviteur Apollodore (Vie de César, 49) : le « tapis » des peintres est un embellissement moderne, mais l'anecdote elle-même est antique.

La guerre d'Alexandrie (48–47 av. J.-C.) s'achève par la noyade de Ptolémée XIII dans le Nil. Cléopâtre règne désormais avec son second frère, Ptolémée XIV, et donne naissance à Ptolémée XV Césarion, dont le surnom revendique la paternité de César. Elle séjourne ensuite à Rome, où César fait placer sa statue dorée auprès de celle de Vénus Genetrix, dans le temple qu'il vient de consacrer (Appien, Guerres civiles, II, 102). Le testament de César, ouvert après les Ides de mars 44, adopte Octavien et ignore Césarion.

Jean-Léon Gérôme, Cléopâtre et César, 1866 · collection particulière
Jean-Léon Gérôme, Cléopâtre et César, 1866 · collection particulière · Wikimedia Commons
05 Cléopâtre et Marc Antoine — l'alliance fatale 41 – 30 av. J.-C.

Après Philippes, Marc Antoine, maître de l'Orient romain, convoque la reine à Tarse en 41 av. J.-C. ; elle y arrive en Aphrodite, sur une galère à poupe dorée remontant le Cydnos (Plutarque, Vie d'Antoine, 26). De cette alliance politique et personnelle naissent des jumeaux, Alexandre Hélios et Cléopâtre Séléné (40), puis Ptolémée Philadelphe (36). Antoine, pourtant marié depuis 40 à Octavie, sœur d'Octavien, renouvelle l'alliance en 37 et la proclame en 34 lors des Donations d'Alexandrie, où Cléopâtre paraît en vêtement d'Isis (ibid., 54).

En 32, Antoine répudie Octavie ; Octavien fait déclarer la guerre à Cléopâtre seule. La défaite navale d'Actium (2 septembre 31 av. J.-C.) scelle leur sort. En août 30, à Alexandrie, Antoine se perce de son épée sur la fausse nouvelle de la mort de la reine ; Cléopâtre, refusant de figurer au triomphe d'Octavien, se donne la mort quelques jours plus tard. La morsure de l'aspic est la version la plus répandue, mais Plutarque lui-même reconnaît que nul ne sait la vérité (ibid., 86). Césarion est mis à mort, et l'Égypte devient propriété du vainqueur.

Buste en marbre identifié à Marc Antoine · Musées du Vatican
Buste en marbre identifié à Marc Antoine · Musées du Vatican · Wikimedia Commons
✦ Attributs iconographiques
06 Les emblèmes de Cléopâtre Monnaies · Reliefs · Statuaire

L'image de Cléopâtre se décline en deux registres. Sur les monnaies, elle est une reine hellénistique : diadème, buste drapé, emblèmes lagides. Sur les murs des temples égyptiens, elle est pharaon, coiffée de la couronne hathorique et associée à Isis — un registre que les monnaies ignorent presque entièrement.

👑DiadèmeBandeau royal noué sur la nuque, insigne de la royauté hellénistique depuis Alexandre. Présent sur tous ses portraits monétaires.
🦅Aigle sur le foudreEmblème de la dynastie depuis Ptolémée Ier, au revers des bronzes d'Alexandrie et des tétradrachmes au portrait du fondateur.
🌾Corne d'abondanceDans le champ des bronzes alexandrins : prospérité du royaume et fertilité de la crue du Nil.
⚓Proue de navireDevant le buste de la reine sur le denier RRC 543/1 : la flotte égyptienne, apport décisif de Cléopâtre à la guerre d'Antoine.
🌙Nouvelle IsisIsis pour les Égyptiens, Aphrodite pour les Grecs : Plutarque la montre en vêtement d'Isis lors des Donations d'Alexandrie.
🐍UraeusCobra dressé des pharaons, parfois triple sur ses effigies égyptiennes. Absent des monnaies, il appartient au registre des temples et de la statuaire.
Cléopâtre VII et Césarion devant les dieux · mur arrière du temple d'Hathor, Dendérah
Cléopâtre VII et Césarion devant les dieux · mur arrière du temple d'Hathor, Dendérah · Wikimedia Commons
Statue en basalte attribuée à Cléopâtre VII en reine égyptienne · Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Statue en basalte attribuée à Cléopâtre VII en reine égyptienne · Ermitage, Saint-Pétersbourg · Wikimedia Commons
✦ La propagande d'Octavien et l'héritage
07 Cléopâtre vue par Rome — construction d'un mythe 30 av. J.-C. – nos jours

La postérité de Cléopâtre est indissociable de la propagande d'Octavien. Présenter le conflit comme une guerre contre une reine étrangère, dangereuse et ennemie des mœurs romaines, plutôt que comme une guerre entre Romains, était une nécessité politique. Les poètes augustéens prolongent ce portrait : Horace célèbre la chute du fatale monstrum tout en saluant la fierté de sa mort (Odes, I, 37).

La monnaie d'Octavien en fait autant. Le denier au crocodile légendé AEGVPTO CAPTA (RIC I² 275 et 544–545) annonce l'Égypte « prise », réduite à un animal du Nil ; à Nîmes, les dupondii de la colonie (RPC I 522–526) enchaîneront encore ce crocodile à un palmier, sous les têtes d'Auguste et d'Agrippa, le vainqueur d'Actium.

Les monnaies de la reine offrent un contrepoint. Frappées de son vivant, sous son autorité ou avec son accord, elles montrent une souveraine au profil volontaire, sans idéalisation : ce sont les images qu'elle choisissait de diffuser. Son règne de plus de vingt ans, traversé par une guerre dynastique, des crues insuffisantes et la pression romaine, préserva aussi longtemps qu'il était possible l'indépendance du dernier grand royaume hellénistique.

Alexandre Cabanel, Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, 1887 · Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers
Alexandre Cabanel, Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, 1887 · Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers · d'après Plutarque, Vie d'Antoine, 71 · Wikimedia Commons
✦ Fiches numismatiques liées

Monnaies associées à Cléopâtre VII

Personnages & pages associés

📚Notes & Références
  • Plutarque, Vie d'Antoine, 25–29 (Tarse, portrait de la reine), 54 (Donations d'Alexandrie), 71 (essais de poisons), 76–86 (Alexandrie, mort d'Antoine et de Cléopâtre).
  • Plutarque, Vie de César, 48–49 — arrivée de César à Alexandrie et entrevue avec la reine.
  • Appien, Guerres civiles, II, 102 (statue dorée au temple de Vénus Genetrix) ; V, 8–9 (rencontre de Tarse).
  • Dion Cassius, Histoire romaine, XLII–LI — notamment XLIX, 41 pour les Donations d'Alexandrie.
  • Suétone, Vie de César, 52 ; Vie d'Auguste, 17 — César et Cléopâtre ; fin d'Antoine et de Césarion.
  • Horace, Odes, I, 37 (Nunc est bibendum) — ode de victoire après Actium.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — n° 543/1 pour le denier d'Antoine et Cléopâtre.
  • Burnett, A., Amandry, M., Ripollès, P.P., Roman Provincial Coinage, vol. I, British Museum Press, 1992 — n° 4094 pour le tétradrachme ; n° 522–526 pour Nîmes.
  • Svoronos, J.N., Ta Nomismata tou Kratous ton Ptolemaion, 4 vol., Athènes, 1904–1908 — corpus des monnaies lagides (n° 1871–1872 pour les bronzes de Cléopâtre).
  • Prieur, M. et K., The Syro-Phoenician Tetradrachms and their Fractions, Lancaster PA / Londres, 2000.
  • Olivier, J. et Parisot-Sillon, C., « Les monnayages aux types de Cléopâtre et Antoine. Premiers résultats et perspectives », BSFN 68.9, 2013, p. 256–268.
  • Walker, S. et Higgs, P. (dir.), Cleopatra of Egypt: from History to Myth, British Museum Press, 2001 — catalogue d'exposition de référence pour l'iconographie.
  • Chauveau, M., Cléopâtre, au-delà du mythe, Paris, Liana Levi, 1998.
Article rédigé parChristopher Mérat
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