Cloulia
Gens patricienne · origines albaines · Iconographie numismatique · République romaine
La gens Cloelia, à l'origine Cluilia et parfois écrite Clouilia ou Cloulia, était une famille patricienne de Rome d'une très grande ancienneté. Le premier des Cloelii à détenir le consulat fut Quintus Cloelius Siculus en 498 av. J.-C. La gens a été importante tout au long de la période de la République.
Les Cluilii faisaient partie des nobles familles d'Alba la Longue, où ils succédèrent à la maison royale des Silvii. Selon la tradition transmise par Tite-Live (I, 3-5, 22), le dernier roi d'Alba, après Numitor, était Gaius Cluilius — ancêtre éponyme de la gens, qui aurait régné avant la destruction d'Alba par Rome sous Tullus Hostilius. Cette origine royale albanaise conférait aux Cloelii un prestige particulier dans l'aristocratie romaine.
La figure la plus célèbre des origines de la gens est Clélie (Cloelia), héroïne semi-légendaire du début de la République (vers 508 av. J.-C.) qui, donnée en otage aux Étrusques de Porsenna, s'échappa en traversant le Tibre à la nage avec un groupe de jeunes Romaines. Sa statue équestre sur la Voie Sacrée fut l'une des premières effigies de femme érigées à Rome. Numismatiquement, la gens est représentée par deux magistrats monétaires du même nom — Titus Cloulius — que Mommsen a distingués grâce à l'examen du trésor de La Riccia.
« Mommsen a démontré, par l'examen du dépôt de La Riccia, qu'il fallait admettre deux monétaires du nom de T. Cloulius. On remarquera d'ailleurs que le nom n'est pas écrit de la même manière sur les pièces de ces deux personnages. »
— Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, notice Cloulia · Mommsen, Geschichte des römischen Münzwesens
La gens Cloulia se distingue par la profondeur de son ancrage dans l'histoire la plus archaïque de Rome. Son origine albanaise — elle descend des rois d'Alba avant Romulus — en fait l'une des familles romaines les plus anciennement documentées. L'héroïne Clélie, dont la traversée du Tibre à la nage fut célébrée par une statue équestre sur la Voie Sacrée, est l'une des rares femmes à avoir reçu cet honneur dans la Rome républicaine. Tite-Live et Plutarque l'évoquent comme symbole du courage et de la fidélité à Rome.
Côté numismatique, la gens offre un contraste fascinant. Le denier de T. Clœlius (128 av. J.-C.) est sobre et classique — Roma, Victoria en bige, épi de blé. Le quinaire de Titus Cloulius (98 av. J.-C.) est nettement plus chargé politiquement : Victoria couronnant un trophée d'armes avec un captif assis et derrière lui un carnyx — la trompe de guerre gauloise. Ce programme iconographique renvoie presque certainement aux victoires de Caius Marius contre les Teutons (102 av. J.-C.) et les Cimbres (101 av. J.-C.), plaçant Titus Cloulius clairement dans le camp des partisans de Marius.
Ce magistrat fit émettre un denier (1009CL). La légende est « T. CLOVLI ». Mommsen a démontré, grâce au trésor de La Riccia, qu'il s'agit d'un monétaire distinct du Titus Cloulius de 98 av. J.-C. La différence s'observe aussi dans l'orthographe : T. CLOVLI ici, contre T. CLO(VL)I plus tard.
L'avers porte la tête casquée de Roma à droite avec la légende ROMA et une couronne de laurier derrière la tête — détail inhabituel. Le revers montre Victoria dans un bige galopant à droite, avec à droite un épi de blé — symbole peut-être lié à la fonction des monétaires de surveiller l'approvisionnement en grain (Annona), ou plus simplement à la prospérité agricole. British Museum, 3,82 g. Rareté 4. Cliquez sur la monnaie pour le détail.
Ce magistrat fit émettre un quinaire (1169CL). La légende est « T. CLO(VL)I // Q ». Babelon précise que le Q doit s'interpréter comme quinarius (indication de la dénomination) et non comme quaestor — interprétation ancienne abandonnée. Ce Titus Cloulius était originaire de Terracine et fut tué par ses propres fils peu avant 80 av. J.-C. — fait divers rapporté par Cicéron et Valère Maxime.
L'avers porte la tête laurée de Jupiter à droite avec une marque de contrôle variable (derrière, sous le menton ou devant la tête selon les variantes). Le revers représente Victoria debout à gauche couronnant de la main droite un trophée d'armes, tenant une palme ; à ses pieds, un captif assis tourné à gauche, derrière lui un carnyx — la trompe de guerre des Gaulois et Germains. Ce programme iconographique est une référence presque certaine aux victoires de Caius Marius sur les Teutons (102) et les Cimbres (101 av. J.-C.). Le quinaire existe en trois variantes selon la position de la marque de contrôle. British Museum, 1,85 g. Rareté 4. Cliquez sur la monnaie pour le détail.
La distinction entre les deux T. Cloulius est l'un des cas les plus instructifs de la méthode numismatique appliquée par Mommsen. En l'absence de sources littéraires identifiant clairement les deux hommes, c'est l'analyse du trésor de La Riccia — découvert en 1873 près de Bénévent — qui a permis de les séparer : le trésor contenait 50 deniers au nom de T. Cloulius mais aucun quinaire de ce nom, confirmant que les deux dénominations appartiennent à des moments différents et à des hommes distincts.
Le carnyx du quinaire de 98 av. J.-C. mérite une attention particulière. Instrument de guerre celtique en forme de tête de sanglier montée sur une tige, le carnyx est aussi présent sur les célèbres deniers de Vercingetorix ou sur l'arc d'Orange. Sur le quinaire de T. Cloulius, il symbolise sans ambiguïté la victoire sur les Barbares septentrionaux — que Marius venait d'accomplir entre 102 et 101 av. J.-C. La monnaie est ainsi un manifeste politique au service du parti marianiste.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 3-5 et 22 — récit des rois d'Alba, des Silvii et de la famille Cloulia, ainsi que de la guerre d'Albe contre Rome sous Tullus Hostilius.
- Tite-Live, II, 13 — récit de l'héroïne Clélie (Cloelia), otage des Étrusques qui traversa le Tibre à la nage pour rejoindre Rome.
- Cicéron et Valère Maxime — procès de Titus Cloulius, tué par ses propres fils peu avant 80 av. J.-C., mentionné dans le contexte des causes célèbres de la fin de la République.
- Smith, W., Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, vol. I, p. 762 — notice Cloulia / Cloelia.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine — notices Cloulia ; distinction des deux T. Cloulius grâce au trésor de La Riccia ; interprétation du Q comme quinarius.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 260/1 (T. Clœlius, 128 av. J.-C.) et RRC 332/1a–c (Titus Cloulius, 98 av. J.-C.).
- Mommsen, Th., Geschichte des römischen Münzwesens — démonstration par l'analyse du trésor de La Riccia de l'existence de deux T. Cloulius distincts.
- LesDioscures — 1009CL · Denier · T. Clœlius · 128 av. J.-C. · RRC 260/1
- LesDioscures — 1169CL · Quinaire · Titus Cloulius · 98 av. J.-C. · RRC 332/1
- CRRO — RRC 260/1 · T. Clœlius · 128 av. J.-C.
- CRRO — RRC 332/1 · Titus Cloulius · 98 av. J.-C.
- Gallica — Bibliothèque nationale de France — source des photographies
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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