Egnatia
Gens plébéienne d'origine samnite · Maxsumus · Iconographie numismatique · République romaine · Ier s. av. J.-C.
La gens Egnatia était une famille plébéienne de rang équestre à Rome, d'origine samnite, probablement issue de la ville de Teanum. Ses membres les plus anciennement documentés jouèrent un rôle militaire dans les guerres que le Samnium soutint contre Rome : Gellius Egnatius commandait les Samnites au IIIe siècle av. J.-C., et Marius Egnatius figura parmi les principaux chefs des alliés italiens lors de la guerre Sociale (fin 89 av. J.-C.).
À la suite de ces événements, la gens s'installa à Rome, où deux de ses membres furent admis au Sénat. Une branche semble néanmoins être restée à Teanum. Les Egnatii ne paraissent pas avoir été divisés en familles distinctes à l'époque républicaine. Si la plupart ne portaient aucun cognomen, certains sont connus sous les noms de Celer (« rapide »), Maximus (« le plus grand »), Rufus (« roux ») et Veratius.
Numismatiquement, la gens est représentée par un seul magistrat monétaire, C. Egnatius Maxsumus, qui frappa trois émissions en 75 av. J.-C. — un denier dentelé (serratus) et deux deniers lisses — toutes de l'atelier de Rome, sous la légende C. EGNATIVS CN. F. CN. N, précisant sa filiation sur deux générations. L'iconographie, riche et variée (Vénus, Libertas, Jupiter, Cupidon, Roma), reste à ce jour d'interprétation discutée.
« Les types des médailles de C. Egnatius Maximus ont résisté jusqu'ici à une interprétation satisfaisante. »
— Ernest Babelon · Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine
La gens Egnatia illustre le phénomène d'intégration des élites italiques dans l'aristocratie romaine au lendemain de la guerre Sociale (91–89 av. J.-C.). D'abord enracinés dans le Samnium comme chefs militaires, les Egnatii obtinrent la citoyenneté et l'entrée au Sénat, offrant à C. Egnatius Maxsumus la possibilité d'accéder au triumvirat monétaire vers 75 av. J.-C. — magistrature qui marquait le début du cursus honorum.
Sa carrière postérieure, connue par des sources indirectes, le montre accompagnant M. Licinius Crassus lors de l'expédition contre les Parthes, s'échappant du désastre de Carrhes (53 av. J.-C.) avec trois cents cavaliers. Il fut finalement compris avec son fils dans les proscriptions de 43 av. J.-C., exécuté par le Second Triumvirat — fin tragique d'une famille qui avait traversé un siècle de guerres civiles.
Ce magistrat fit émettre un denier dentelé (1329EG) et deux deniers lisses (1330EG, 1331EG). La légende est « C. EGNATIVS CN. F. CN. N » — Caius Egnatius, Cnæi Filius, Cnæi Nepos — indiquant explicitement sa filiation sur deux générations (fils et petit-fils de Gnaeus). Le cognomen MAXSVMVS, forme archaïque de Maximus, figure à l'avers. Cette précision généalogique inhabituelle souligne l'importance que le monétaire accordait à la légitimité de sa lignée.
L'iconographie est remarquable par sa richesse et sa diversité : Vénus et Cupidon (1329EG), Libertas, Roma et Cupidon (1330EG), Cupidon et le temple de Jupiter Libertas (1331EG). Cette profusion de divinités liées à la liberté républicaine s'inscrit dans le contexte de l'après-Sylla (~75 av. J.-C.), période où le retour aux valeurs traditionnelles était un thème politique fort. Cliquez sur une monnaie pour le détail.
Les trois émissions de C. Egnatius Maxsumus forment un ensemble iconographique cohérent, articulé autour de deux pôles : Vénus/Cupidon (divinités de la séduction et de la fécondité) et Libertas/Jupiter (divinités civiques). Leur association reste débattue, mais plusieurs interprétations ont été proposées : allusion à l'Atrium Libertatis, au retour de la liberté républicaine après la dictature de Sylla, ou encore à un culte familial lié à Vénus.
L'émission 1329EG, denier serratus (à bords dentelés), était destinée aux échanges avec les populations non-romaines — la dentelure garantissant que la monnaie n'était pas fourrée. Ce détail technique révèle une fonction commerciale étendue, au-delà du seul usage romain. La forme archaïque MAXSVMVS (plutôt que Maximus) est interprétée par Babelon comme une référence délibérée à un ancêtre illustre portant ce nom.
- Smith, W., Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, vol. I — notice « Egnatia Gens » : origine samnite, installation à Rome, cognomina.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine — notice Egnatia 1–3 : biographie du monétaire, interprétation des types (Libertas, Roma, Vénus, Jupiter).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 391/1a–b (1329EG), RRC 391/3 (1330EG), RRC 391/2 (1331EG).
- Cicéron, Pro Cluentio, 48 ; Epistulae ad Atticum, VI.1 — mentions des Egnatii à Teanum.
- Appien — proscriptions de 43 av. J.-C. : mention de C. Egnatius et son fils.
- LesDioscures — 1329EG · Denier serratus · C. Egnatius Maxsumus · RRC 391/1 · ~75 av. J.-C.
- LesDioscures — 1330EG · Denier · C. Egnatius Maxsumus · RRC 391/3 · ~75 av. J.-C.
- LesDioscures — 1331EG · Denier · C. Egnatius Maxsumus · RRC 391/2 · ~75 av. J.-C.
- CRRO — RRC 391/1 · C. Egnatius Maxsumus · ~75 av. J.-C.
- CRRO — RRC 391/2 · C. Egnatius Maxsumus · ~75 av. J.-C.
- CRRO — RRC 391/3 · C. Egnatius Maxsumus · ~75 av. J.-C.
- Gallica — Bibliothèque nationale de France — source des photographies
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
Article LesDioscures · lesdioscures.com · Egnatia · Gens plébéienne · Iconographie numismatique romaine