Flora
Déesse des fleurs & du printemps · Iconographie numismatique · République romaine
Flore (Flora en latin) est une divinité romaine ancienne associée aux fleurs, au printemps et à la fertilité. Considérée comme une déesse agraire, son rôle principal était de protéger la floraison des céréales, des arbres fruitiers et des plantes sauvages, conditions essentielles à l’abondance des récoltes et à la production de miel. Elle est souvent rapprochée de Venus pour son rôle dans la vitalité végétale, et associée à des divinités comme Cérès (agriculture) ou Pomone (fruits).
Son équivalent grec est la nymphe Chloris. Selon le poète Ovide, Chloris, séduite et emportée par Zéphyr (le vent d’ouest), devint Flore et reçut en don le pouvoir de régner sur les fleurs et le printemps. Une divinité d’origine italique, introduite à Rome selon la tradition par le roi sabin Titus Tatius, et dont le culte était répandu chez les Sabins et les Samnites bien avant son intégration dans le panthéon officiel romain.
« J’étais Chloris, que l’on nomme maintenant Flora : une lettre latine a altéré mon nom grec. »
— Ovide, Fastes, V, 195
Cette fresque découverte à Stabies (Castellammare di Stabia), conservée au Musée archéologique national de Naples, est l’une des rares représentations antiques directes de Flore. La déesse y est figurée de profil, légèrement penchée, en train de cueillir délicatement des fleurs — geste fondateur de son identité divine. Sa robe légère, son attitude gracieuse et les fleurs qui l’entourent composent une image de douceur printanière parfaitement accordée à ses attributions.
Par rapport à l’interprétation botticellienne, la fresque antique privilégie la simplicité et l’intimité du geste sur la mise en scène allégorique. Elle nous donne à voir Flore dans l’exercice même de sa fonction divine, sans rhétorique mythologique supplémentaire.
Sur les monnaies républicaines comme dans la peinture et la sculpture antiques, Flore est identifiée par un ensemble d’attributs constants qui renvoient à son domaine — le règne végétal, le renouveau et la fécondité.
Sur les deniers républicains, Flore apparaît généralement sous les traits d’une jeune femme de profil, couronnée de fleurs ou portant une guirlande. La finesse de l’exécution sur ces petites monnaies témoigne de l’importance que les magistrats monétaires accordaient à sa représentation.
RRC 239/1Gens Servilia
Le denier de Caius Servilius (RRC 239/1), frappé vers 136 av. J.-C., est le représentant le plus notable de Flore dans la numismatique républicaine romaine. La déesse y figure à l’avers, couronnée de fleurs, dans un portrait d’une grande élégance. Ce choix iconographique par la gens Servilia n’est pas anodin : il témoigne du prestige du culte de Flore à Rome et de son ancrage dans la vie religieuse et agricole de la cité.
La présence de Flore sur une monnaie officielle souligne l’importance de son culte pour la prospérité de Rome — la floraison des céréales étant une condition sine qua non de la sécurité alimentaire de la République.
Gens Serviliac. 136 av. J.-C.
Ce denier associe au revers le motif très populaire des Dioscures (Castor et Pollux) au galop — type hérité de l’iconographie républicaine la plus classique — à l’avers original de Flore. Ce contraste iconographique entre la déesse végétale et les héros guerriers illustre la richesse symbolique de la monnaie républicaine.
Le choix de Flore par le magistrat Caius Servilius pourrait également avoir une dimension politique ou familiale : une référence à des terres agricoles, à des victoires lors des Floralia, ou simplement à la piété de la gens Servilia envers cette divinité ancienne.
Les Floralia (ou Ludi Florales) étaient des fêtes populaires célébrées du 27 avril au 3 mai en l’honneur de Flore. Ces festivités, marquées par des jeux, des danses, des spectacles scéniques et une certaine licence joyeuse — parfois qualifiée d’érotique par les auteurs anciens —, symbolisaient le renouveau et la fertilité. Les participants portaient des guirlandes de fleurs colorées, et des animaux comme des chèvres ou des lièvres étaient relâchés dans l’arène.
Les premières Floralia furent instituées en 238 av. J.-C., mais c’est le Sénat qui les rendit annuelles en 114 av. J.-C., après des années de disette attribuées à la colère de Flore. Cette décision officielle témoigne de l’importance accordée à la déesse dans la vie religieuse et économique de Rome : la floraison des céréales était perçue comme directement dépendante de sa bienveillance.
Flore possédait deux temples à Rome, soulignant l’importance de son culte dans la topographie religieuse de la cité. Le premier se trouvait sur le Quirinal, l’une des sept collines de Rome, lié à ses origines sabines. Le second était situé près du Circus Maximus, à proximité des grands lieux de spectacles et de fêtes populaires — un emplacement parfaitement en accord avec le caractère joyeux et festif des Floralia.
Un prêtre spécifique, le Flamen Floralis, était entièrement dédié au culte de Flore, ce qui la plaçait parmi les divinités majeures dotées de leur propre flamen. Cette distinction souligne sa place dans le panthéon officiel romain, bien au-delà d’une simple déesse agraire locale.
Selon le récit d’Ovide dans les Fastes, Flore joua un rôle décisif dans la naissance de Mars, dieu de la guerre. Jalouse du pouvoir de Jupiter d’avoir seul engendré Minerve, Junon sollicita l’aide de Flore pour concevoir un enfant sans lui. Flore lui offrit une fleur magique dont le simple contact suffit à rendre la déesse féconde. Mars naquit ainsi de Junon seule — un récit qui conférait à Flore une place exceptionnelle dans la généalogie divine romaine.
Cette légende illustre le pouvoir profond associé à la déesse : sa maîtrise du végétal n’est pas seulement agraire, elle touche à la vie elle-même, à la conception et à la naissance, faisant de Flore une divinité à la fois humble dans ses attributs quotidiens et puissante dans sa dimension cosmogonique.
Une autre légende attribue à Flore la création de la rose. Ayant découvert le corps sans vie d’une nymphe qu’elle chérissait, la déesse implora les autres dieux de la transformer plutôt que de la laisser disparaître. Apollon lui insuffla la vie, Bacchus lui offrit le nectar pour son parfum, et d’autres divinités contribuèrent à sa beauté et à ses épines protectrices. Flore couronna l’ensemble en lui donnant son nom — la rosa —, faisant de la rose la reine des fleurs.
Cette légende renforce le lien de Flore avec la beauté naturelle et son rôle de souveraine du règne floral, au-delà de la seule utilité agricole.
Flora à l’avers
Divinités agraires liées
- Ovide, Fastes, V, 183–378 — Récit de la métamorphose de Chloris en Flore, origine des Floralia, naissance de Mars.
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle — Mentions de la flore romaine et du culte des divinités végétales.
- Lactance, Institutions divines — Version chrétienne polémique présentant Flore comme une courtisane ayant légué sa fortune pour instituer les Floralia.
- Varron, De lingua latina — Étymologie et antiquité du culte de Flora à Rome.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 239/1.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- CRRO — RRC 239/1 · Denier Servilia avec Flora
- Flore — Mythologie (Wikipédia)
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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