Hercule
Héraclès · Héros divinisé · Fils de Zeus & d'Alcmène · Iconographie numismatique · République romaine
Hercule — Héraclès dans la tradition grecque — est le héros le plus célèbre de l'Antiquité, fils de Zeus et d'Alcmène, une mortelle thébaine. Son nom grec, que l'on rend traditionnellement par « gloire d'Héra », souligne ironiquement la tension entre sa grandeur et les persécutions incessantes de l'épouse de Zeus. Dès le berceau, Héra envoya deux serpents pour le tuer ; l'enfant les étrangla, annonçant sa destinée héroïque.
À Rome, Hercule devint bien davantage qu'un héros importé : son culte à l'Ara Maxima du Forum Boarium comptait parmi les plus anciens de la ville, et les grands généraux de la fin de la République l'invoquèrent pour leur prestige — Marc Antoine prétendait en descendre. Sur les monnaies, il est partout : sa tête coiffée de la peau de lion orne pendant plus d'un siècle le quadrans de bronze, et les monétaires du Ier siècle av. J.-C. lui consacrent plusieurs deniers.
« Salve, vera Iovis proles, decus addite divis »
« Salut, vrai fils de Jupiter, gloire ajoutée aux dieux. »
— Virgile, Énéide, VIII, 301 · Hymne des Saliens à Hercule

Cette statue colossale en bronze doré fut découverte sous le pontificat de Sixte IV (1471-1484) au Forum Boarium — le marché aux bœufs antique, cœur du culte d'Hercule à Rome —, lors de la démolition des restes d'un temple du héros. Datée du IIe siècle av. J.-C., elle s'inspire du canon de Lysippe (IVe s. av. J.-C.) : corps athlétique, tête volontairement petite. Le héros, nu, tient la massue de la main droite et les pommes des Hespérides de la gauche.
C'est au Forum Boarium que se trouvait l'Ara Maxima, le Grand Autel fondé selon la légende par Hercule lui-même après sa victoire sur le monstre Cacus. La statue était probablement l'image de culte d'un des temples d'Hercule du quartier, où le héros était honoré comme protecteur du commerce et des marchands.


L'Hercule Farnèse, découvert en 1546 dans les thermes de Caracalla et signé par le sculpteur Glycon d'Athènes, est une version monumentale d'époque impériale d'un original attribué à Lysippe. Le héros, au repos, s'appuie sur sa massue couverte de la peau du lion de Némée et cache dans son dos, de la main droite, les pommes des Hespérides — le visage incliné, las, comme au terme des travaux. Il est aujourd'hui conservé au Musée archéologique national de Naples.
Le graveur hollandais Hendrick Goltzius (1558-1617) le dessina sur place lors de son séjour romain de 1591, puis en tira en 1592 une gravure publiée seulement en 1617. Fait rare, il choisit de montrer la statue de dos, sous le regard de deux visiteurs admiratifs : la musculature exacerbée du héros, rendue par le jeu des tailles gonflées et effilées propre à Goltzius, en devient le véritable sujet. La gravure contribua largement à la diffusion européenne de l'image d'Hercule au repos.
Les douze travaux imposés par le roi Eurysthée sont le socle de la légende d'Héraclès et la source de la plupart de ses attributs iconographiques, que l'on retrouve sur les monnaies, les sculptures et les fresques de l'Antiquité.

Parmi les travaux représentés sur les deniers républicains, le plus célèbre est la lutte contre le lion de Némée. Vers 80 av. J.-C., le monétaire C. Poblicius frappe un denier dentelé (serratus) qui montre à l'avers le buste de Roma coiffée d'un casque à tête de griffon et, au revers, Hercule étouffant le fauve à bras-le-corps, la massue à ses pieds, l'arc et le carquois dans le champ (RRC 380/1 · fiche 1313PO).
À Rome, Hercules fut très tôt adopté comme figure tutélaire. Son culte principal s'organisait autour de l'Ara Maxima du Forum Boarium, dont l'origine légendaire remontait à son passage en Italie avec les bœufs de Géryon (dixième travail), lorsqu'il tua le géant Cacus. Cette tradition en faisait à la fois un héros civilisateur et un protecteur du commerce : on lui consacrait volontiers la dîme des profits.
À la fin de la République, Hercule devint un instrument de légitimation. Selon Plutarque, Marc Antoine revendiquait une ascendance directe par Anton, un fils d'Héraclès, et cultivait jusque dans son allure physique cette parenté héroïque.
Le temple rond d'Hercule Victor au Forum Boarium (fin du IIe s. av. J.-C.) et celui d'Hercule des Muses (Hercules Musarum), élevé près du cirque Flaminius par Marcus Fulvius Nobilior pour abriter les statues des Muses rapportées d'Ambracie (prise en 189 av. J.-C.), témoignent de la double nature d'Hercule à Rome : héros guerrier et patron des arts. Le monétaire Q. Pomponius Musa s'en souviendra en représentant Hercule Musagète jouant de la lyre, aux côtés des neuf Muses (RRC 410/1).
En 42 av. J.-C., l'année de la bataille de Philippes, les triumvirs (Octave, Marc Antoine, Lépide) affrontent les meurtriers de César, Brutus et Cassius. À Rome, le collège des monétaires frappe à la fois des portraits des triumvirs et des types religieux. C. Vibius Varus associe à deux reprises Hercule et Minerve : l'un en tête à l'avers, l'autre en pied au revers, puis l'inverse.
Le choix d'Hercule à cette date peut se lire comme un hommage à Marc Antoine, qui se disait son descendant et dont Varus frappe aussi le portrait ; l'association à Minerve porteuse de Victoire compose un message de force et de victoire divine. Cette lecture reste une hypothèse : aucune légende ne l'explicite.

L'avers, sans légende, mise sur la reconnaissance immédiate du héros : barbe, couronne, nuque puissante. Au revers, Minerve, déesse de la guerre raisonnée, tient la Victoire dans sa main — promesse d'un succès des armes en pleine guerre civile.
Références : RRC 494/37 · B.23 (Vibia) · Syd. 1139 · RCV 497 · Atelier : Rome · Argent

Pendant du précédent, ce denier inverse la composition : Minerve passe à l'avers, Hercule au revers, cette fois en pied. Le héros nu, massue en main et léonté sur le bras, reprend une pose statuaire familière de l'art hellénistique.
Références : RRC 494/38 · Syd. 1140 · Atelier : Rome · Argent

C'est sur le bronze qu'Hercule apparaît le plus souvent. Dans le système monétaire républicain, chaque dénomination porte sa divinité : Janus sur l'as, Saturne sur le semis, Minerve sur le triens, Hercule sur le quadrans, Mercure sur le sextans.
Le quadrans — le quart de l'as — montre à l'avers la tête d'Hercule coiffée de la peau du lion de Némée, accompagnée de trois globules marquant sa valeur de trois onces ; le revers porte la proue de navire commune aux bronzes. Ce type, frappé par des dizaines de monétaires, a fait d'Hercule l'une des figures les plus familières de la petite monnaie romaine.
Caius Vibius Varus appartient à la gens Vibia, famille plébéienne dont les cognomina républicains, Pansa et Varus, figurent tous deux sur les monnaies — varus désignant une particularité physique, les jambes cagneuses. Il n'est connu que par ses monnaies. Il siège dans un collège de quatre monétaires, nombre porté de trois à quatre par César.
Son monnayage, frappé à Rome, se partage entre des émissions aux portraits des triumvirs Marc Antoine et Octave, en or et en argent, et des types religieux : aurei à Apollon et Vénus, deniers à Liber et à la panthère (RRC 494/36), et les deux deniers associant Hercule et Minerve (RRC 494/37 et 494/38).
La mort d'Héraclès est aussi dramatique que sa vie. Mourant, le centaure Nessus a persuadé Déjanire, épouse du héros, que son sang — empoisonné par la flèche trempée dans le venin de l'Hydre — était un philtre d'amour. Elle en imprègne une tunique qu'elle envoie à son mari ; le tissu brûle sa chair et ne peut être arraché. Héraclès se fait dresser un bûcher sur le mont Œta. Zeus l'enlève parmi les dieux : réconcilié avec Héra, il épouse Hébé, déesse de la jeunesse éternelle.
Cette apothéose fit de lui le modèle de l'immortalité méritée, conquise non par la naissance mais par l'épreuve. Alexandre le Grand s'en réclama, puis plusieurs empereurs romains — Commode alla jusqu'à se faire représenter sous ses traits. La constellation d'Hercule perpétue sa mémoire dans le ciel boréal, et l'adjectif « herculéen » désigne encore une force ou une tâche hors du commun.
Les travaux d'Hercule sur les deniers
Deniers de C. Vibius Varus — Gens Vibia
Hercule Musagète — Série des Muses
Les neuf Muses : Calliope · Clio · Érato · Euterpe · Melpomène · Polymnie · Terpsichore · Thalie · Uranie
Hercule sur le quadrans
- Apollodore, Bibliothèque, II, 4–7 — récit complet des douze travaux, des autres aventures et de la mort d'Héraclès.
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 8–39 — version développée du mythe avec variantes géographiques.
- Ovide, Métamorphoses, IX, 1–272 — le combat avec Achéloüs, la tunique de Nessus et l'apothéose.
- Virgile, Énéide, VIII, 184–305 — épisode de Cacus, fondation de l'Ara Maxima et hymne des Saliens (v. 301).
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 7 — tradition romaine du culte d'Hercule au Forum Boarium.
- Plutarque, Vie d'Antoine, 4 — la descendance revendiquée d'Hercule par Anton.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 494/37, 494/38 ; RRC 410/1 ; RRC 380/1.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Vibia 23.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 1139-1140.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Londres, Spink, 2000 — n° 497.
- Woytek, B., Arma et Nummi. Forschungen zur römischen Finanzgeschichte und Münzprägung der Jahre 49 bis 42 v. Chr., Vienne, 2003.
- CRRO — RRC 494/37 · Denier Vibia · Hercule / Minerve
- CRRO — RRC 494/38 · Denier Vibia · Minerve / Hercule
- CRRO — RRC 380/1 · Denier serratus Poblicia · Hercule et le lion de Némée
- CRRO — RRC 410/1 · Denier Pomponia · Hercule Musagète
- British Museum R.9219 — RRC 494/37
- Wikimedia Commons — Hercule du Forum Boarium, Musées du Capitole
- Wikimedia Commons — Hercule Farnèse, Naples
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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