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Honos et Virtus · Iconographie numismatique · LesDioscures

Honos & Virtus

Honneur & Vertu · Divinités allégoriques romaines · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Divinités allégoriques · Numina
Honos Couronne de laurier · Rameau
Virtus Casque · Lance · Bouclier
Temple Porta Capena · Capitole
Monnaie RRC 403/1

La formule latine honos et virtus — « honneur et vertu » — résume l’un des idéaux fondateurs de l’éthique romaine. Ces deux notions, loin d’être de simples abstractions, étaient personnifiées comme des divinités à part entière (numina), honorées dans des temples et invoquées lors des campagnes militaires et des cérémonies d’État. Leur relation est indissociable : la virtus — le courage, l’excellence morale, la vaillance — est la condition qui mène à l’honos — l’honneur, la réputation, la gloire acquise par des actions exemplaires.

Honos, représenté comme un jeune homme couronné de laurier tenant un rameau d’olivier et parfois une corne d’abondance, incarne le prestige mérité. Virtus, figure guerrière casquée portant lance et bouclier, personnifie la force morale et physique qui rend possible cet honneur. Ensemble, ils forment le diptyque de l’idéal aristocratique et militaire romain : seul mérite l’honneur celui qui a prouvé sa vertu.

« Virtus, toutes les capacités et vertus qu’un homme peut posséder, mène à Honos — l’honneur et la réputation qu’un tel homme mérite. »

— CoinsWeekly, A Temple for Honos
✦ Représentations remarquables
R1 Virtus — Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne
Virtus, personnification en relief de la façade de la Bibliothèque de Celsus à Éphèse, vers 150 ap. J.-C., Kunsthistorisches Museum, Vienne
Virtus · Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse · Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne · Domaine public

Ce relief de marbre ornait la façade de la célèbre Bibliothèque de Celsus à Éphèse, l’une des plus grandes bibliothèques de l’Antiquité, construite vers 117–120 ap. J.-C. La façade était décorée de quatre niches abritant des allégories : Sophia (la Sagesse), Arete (l’Excellence/Vertu), Ennoia (la Pensée) et Episteme (le Savoir). Cette figure — identifiée à Virtus dans sa version latine — représente une femme drapée de façon à laisser une épaule nue, posture habituelle des personnifications de la vaillance.

Ce relief illustre la permanence iconographique de Virtus dans tout l’Empire romain : de Rome à l’Asie Mineure, les mêmes attributs et la même posture identifient la divinité. La bibliothèque, monument du savoir et de l’arete intellectuelle, associait ainsi la vertu militaire romaine à l’excellence de l’esprit — fidèle à l’idée que l’honos peut couronner autant les armes que les lettres.

R2 Honos & Virtus — Illustration numismatique, 1889 XIXe siècle · Dictionary of Roman Coins
Honos et Virtus sur un aureus romain, illustration du Dictionary of Roman Coins de Seth William Stevenson, 1889
Honos & Virtus sur aureus romain · Dictionary of Roman Coins, S.W. Stevenson, 1889 · Domaine public

Cette gravure tirée du Dictionary of Roman Coins de Seth William Stevenson (1889), ouvrage de référence de la numismatique victorienne, montre les deux divinités telles qu’elles apparaissent sur un aureus romain. On reconnaît Honos à sa couronne de laurier et à son maintien juvénile et élégant, Virtus à son casque militaire et à sa posture guerrière — l’un tourné vers la dignité civique, l’autre vers la vaillance armée.

Cette illustration, produite dix-neuf siècles après les premières frappes républicaines montrant le couple, témoigne de la continuité exceptionnelle de cette iconographie. Le type « têtes conjuguées d’Honos et Virtus » — inauguré sur le denier serratus RRC 403/1 en 70 av. J.-C. — fut repris à l’époque impériale sur des émissions jusqu’à Trajan et au-delà, faisant de ce couple l’une des personnifications les plus durables du monnayage romain.

✦ Les deux divinités & leurs attributs
01 Honos & Virtus — Portraits et symbolique République · IIIe – Ier s. av. J.-C.

Honos et Virtus formaient un couple inséparable dans la religion et l’idéologie romaines. Leur interdépendance conceptuelle — la vertu produit l’honneur, l’honneur récompense la vertu — se reflète dans leur représentation systématiquement conjointe, tant dans l’architecture sacrée que sur les monnaies.

🌿 Couronne de laurier Attribut d’Honos. Symbole de la victoire et de la gloire méritée, la couronne de laurier désigne celui que Rome reconnaît digne d’honneur.
⚔️ Casque de Virtus Attribut distinctif de Virtus. Il signale la dimension militaire et guerrière de la vertu romaine — le courage au combat comme condition de l’excellence.
🫒 Rameau d’olivier Parfois tenu par Honos. Symbole de paix et de réconciliation — l’honneur véritable n’est pas seulement militaire, il inclut la sagesse de la paix.
🏺 Corne d’abondance Attribut d’Honos dans certaines représentations. La prospérité est la récompense naturelle d’une société fondée sur l’honneur et la vertu.
02 Les Temples d’Honos et Virtus — Histoire et politique IIIe – Ier s. av. J.-C. · Rome

Le premier temple dédié à Honos fut érigé vers 234 av. J.-C. par Q. Fabius Maximus Verrucosus après sa victoire sur les Ligures. En 222 av. J.-C., Marcus Claudius Marcellus fit vœu d’un temple double après avoir accompli les spolia opima — le plus grand honneur militaire romain, consistant à tuer de sa propre main le chef ennemi. Marcellus voulut dédier l’ancien temple aux deux divinités pour économiser, mais le Collège des pontifes refusa : une même cella ne pouvait héberger deux divinités différentes car il eût été impossible de savoir à laquelle s’adresser. Il fit donc construire une cella attenante pour Virtus, créant ainsi un temple double à la Porta Capena, consacré par son fils en 205 av. J.-C.

Un second temple fut élevé par Caius Marius lors de son cinquième consulat (101 av. J.-C.), financé par le butin pris aux Cimbres et aux Teutons. Son architecte était Caius Mucius — ce qui explique, selon Babelon, pourquoi le monétaire M. Cordus (peut-être un descendant de cette famille) choisit Honos et Virtus pour illustrer sa part du denier RRC 403/1.

✦ Représentation numismatique
⭐ Un denier pour célébrer la réconciliation — Guerre Sociale, 70 av. J.-C.

Ce denier serratus est l’un des documents numismatiques les plus éloquents sur la réconciliation entre Rome et l’Italie après la Guerre Sociale (91–87 av. J.-C.). À l’avers, les têtes conjuguées d’Honos et Virtus symbolisent les valeurs qui ont permis cette paix ; au revers, Italia et Roma se serrant la main au-dessus d’une corne d’abondance exprime l’union retrouvée. L’indice de rareté est de 6 et 22 lieux de découverte attestent d’une large circulation.

03 Denier Serratus Fufia · Q. Fufius Calenus & M. Cordus · Honos–Virtus / Italia–Roma 70 av. J.-C.
🤝 Têtes conjuguées de Honos lauré et Virtus casquée à droite
Denier Serratus Fufia RRC 403/1 — Honos et Virtus à l'avers, Italia et Roma au revers
RRC 403/1 · Argent (serratus) · Atelier : Rome · 70 av. J.-C.
🏛 Légendes & description
Avers HO · VIRT · KALENI Têtes conjuguées à droite d’Honos lauré et de Virtus casquée ; HO à gauche, VIRT (RT en ligature) à droite ; KALENI en bas.
Revers ITAL · RO · CORDI Italia debout à gauche et Roma debout à droite se serrant la main ; entre elles, une corne d’abondance ; derrière Italia, un caducée ailé ; Roma porte un diadème, tient des fasces de la main gauche et pose le pied droit sur un globe. ITAL (TAL en monogramme) à gauche, RO à droite, CORDI en exergue.

La richesse iconographique de ce denier est exceptionnelle. L’avers présente les deux divinités allégoriques en têtes conjuguées — comme s’il s’agissait d’un couple divin — soulignant leur interdépendance. Le revers est un document politique de premier ordre : les figures d’Italia et Roma se serrant la main constituent une déclaration visuelle de réconciliation après la Guerre Sociale, conflit qui avait opposé les alliés italiens à Rome pour obtenir la citoyenneté romaine.

Le caducée derrière Italia symbolise la paix et le commerce retrouvés. La corne d’abondance entre les deux figures promet la prospérité de cette union. Le globe sous le pied de Roma affirme la domination universelle de Rome — mais une domination désormais partagée avec l’Italie entière. Babelon suggère que M. Cordus choisit Honos et Virtus car son ancêtre Caius Mucius avait été l’architecte du temple que Caius Marius leur avait fait ériger.

Références : RRC 403/1 · B. (Fufia) · Syd. 797 · Atelier : Rome · Matière : Argent serratus

✦ Les magistrats monétaires
04 Q. Fufius Calenus & M. Cordus — Émission conjointe 70 av. J.-C.

Ce denier est remarquable d’être signé de deux nomsKALENI à l’avers et CORDI au revers — témoignant d’une émission conjointe entre deux magistrats monétaires associés, pratique attestée à cette période de la République.

Quintus Fufius Calenus appartient à la gens Fufia, famille plébéienne d’origine campanienne dont le surnom Calenus suggère qu’elle venait de Calès en Campanie. Il sera plus tard tribun du peuple en 61 av. J.-C. — défenseur de P. Clodius dans l’affaire de la violation des mystères de la Bona Dea — et consul en 47 av. J.-C. Babelon voit dans le choix d’Honos et Virtus à l’avers un hommage à des valeurs politiques particulièrement pertinentes dans le contexte post-Guerre Sociale.

M. Cordus (ou Mucius Cordus) reste un personnage moins documenté. Babelon propose de l’identifier à un descendant de Caius Mucius, l’architecte qui construisit pour Marius le temple d’Honos et Virtus — ce qui expliquerait son choix de ces deux divinités pour illustrer sa partie du denier, en hommage à la mémoire de cet ancêtre bâtisseur.

✦ Héritage & postérité
05 De Rome à la Virginie — Une devise traversant les siècles De l’Antiquité à 1776

La formule honos et virtus apparaît dans la littérature romaine, les inscriptions et les devises militaires comme un condensé de l’éthos romain du devoir et de la droiture. Elle guidait l’élite qui cherchait à atteindre la dignitas (prestige) et l’auctoritas (autorité) par des actions conformes à ces valeurs.

Son héritage le plus spectaculaire est peut-être le Grand Sceau de l’État de Virginie (1776), dont la figure centrale est Virtus — en armure, tenant une lance, le pied posé sur le tyran vaincu — avec la devise Sic semper tyrannis (« Ainsi toujours aux tyrans »). Les Pères fondateurs américains, nourris de culture classique, reprirent directement l’iconographie romaine pour fonder leur République, établissant un pont direct entre le serratus de 70 av. J.-C. et les idéaux de la démocratie moderne.

✦ Fiches numismatiques liées

Honos & Virtus à l’iconographie

📚Notes & Références
  • Cicéron, De Natura Deorum, II, 61 — liste des divinités allégoriques romaines incluant Honos et Virtus.
  • Cicéron, De Officiis, II, 12 — développement sur l’honneur et la vertu comme fondements de l’autorité politique.
  • Tite-Live, Ab Urbe Condita, XXVII, 25 — consécration du temple double d’Honos et Virtus par le fils de Marcellus en 205 av. J.-C.
  • Vitruve, De Architectura, III, 2 — éloge de Caius Mucius, architecte du temple de Marius, et description de sa construction.
  • Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I, 1 — description des rituels liés au culte d’Honos.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 403/1 ; notice sur Q. Fufius Calenus et M. Cordus.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notice complète sur la gens Fufia et l’identification de M. Cordus comme descendant de l’architecte de Marius.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres — Syd. 797.
  • Hollstein, W., Die stadtrömische Münzprägung der Jahre 78–50 v. Chr., Munich, 1993, p. 124–132 — analyse détaillée du symbolisme politique du RRC 403/1.
Article rédigé par Christopher Mérat
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