Jupiter Axurus
Le Visage Mystérieux du Maître de l'Anxur · Iovis Axur · Iconographie numismatique · République romaine
Bien que la figure de Jupiter soit indissociable de la foudre et de la souveraineté céleste sur le Capitole, la religion romaine connaît de nombreuses déclinaisons locales du dieu. Parmi elles, Jupiter Axurus (ou Anxurus) occupe une place singulière, ancrée dans les paysages escarpés du Latium méridional. Son sanctuaire, au sommet du Monte Sant'Angelo, domine la Via Appia et la mer Tyrrhénienne au-dessus de Terracine — l'antique Anxur des Volsques.
Ce qui distingue Jupiter Axurus des autres formes du dieu est sa jeunesse : la tradition antique le décrit comme un puer Iuppiter, un Jupiter enfant qui ne s'est jamais rasé la barbe — à l'opposé du Jupiter Optimus Maximus barbu et mûr du Capitole. Ce Jupiter juvénile est souvent rapproché de Vejovis, autre forme jeune du dieu à Rome, et associé dans son culte à la déesse italique Feronia. C'est lui que le monétaire C. Vibius Pansa place au revers de son denier de 48 av. J.-C.
« Dans cette région de la Campanie, on honorait un Jupiter enfant, appelé Anxyrus, comme qui dirait “sans rasoir”, parce qu'il ne s'était jamais rasé la barbe, et une Junon vierge, appelée Feronia. »
— Servius, Commentaire sur l'Énéide, VII, 799

Le sanctuaire attribué à Jupiter Anxur, perché sur le Monte Sant'Angelo qui domine Terracine, est l'un des sites archéologiques les plus spectaculaires du Latium. Les vestiges visibles — un temple sur podium dressé sur une vaste terrasse artificielle en opus incertum soutenue par des arcades — datent pour l'essentiel de l'époque de Sylla, vers 100–70 av. J.-C., sur un lieu de culte plus ancien. Le complexe contrôlait à la fois la Via Appia — principale voie reliant Rome au sud de l'Italie — et le port de Terracine.
L'attribution du grand temple à Jupiter Anxur est traditionnelle ; un temple plus petit voisin a parfois été attribué à Venus Obsequens. Au Moyen Âge, les ruines étaient connues sous le nom de « palais de Théodoric » et un monastère dédié à saint Michel archange occupa le petit temple. Les premières fouilles datent de 1894.

Le complexe monumental du début du Ier siècle av. J.-C. ne se limitait pas au temple : il comprenait aussi un camp fortifié entouré de murailles, destiné à contrôler la Via Appia à l'endroit où la route, coincée entre la montagne et la mer, franchissait le passage de Terracine. Ce double rôle — sacré et militaire — illustre l'importance stratégique de ce point de passage entre le Latium et la Campanie.
La juxtaposition de ces murailles puissantes avec le culte d'un Jupiter juvénile n'a rien de contradictoire : le dieu y est avant tout le protecteur de la cité et de son territoire. Virgile le présente d'ailleurs comme le dieu qui veille sur les champs d'Anxur, aux côtés de Feronia et de son bois sacré.
Sur le denier de Pansa, Jupiter Axurus est représenté assis à gauche, lauré, tenant une patère de la main droite et un long sceptre de la main gauche. Le type reprend un schéma classique de divinité trônant ; ce qui le singularise, c'est la légende IOVIS AXVR, qui désigne explicitement la forme locale du dieu, et la jeunesse que la tradition prête à cette figure. Il est vraisemblable que l'image s'inspire de la statue de culte du sanctuaire, mais aucune source ne permet de l'affirmer.
Anxur était à l'origine une cité des Volsques, peuple italique du Latium méridional. Prise par les Romains en 406 av. J.-C. selon Tite-Live, elle reçut une colonie de trois cents citoyens romains en 329 av. J.-C. et porta dès lors le nom de Tarracina. La construction de la Via Appia, à partir de 312 av. J.-C., en fit une étape majeure sur la route de Rome à Capoue. Le nom Axurus — dérivé d'Anxur — désigne Jupiter en tant que dieu tutélaire de la cité dans son identité volsque originelle, que Rome intégra plutôt qu'elle ne l'effaça.
Ce processus est caractéristique de la politique religieuse romaine : les cultes locaux des peuples intégrés étaient conservés et rattachés aux grandes divinités romaines. Jupiter Axurus n'est pas un Jupiter importé de Rome à Terracine — c'est un dieu local qui reçut le nom de Jupiter tout en conservant son caractère propre : la jeunesse et l'association avec Feronia.
Ce denier est une construction iconographique à double niveau. L'avers montre le masque de Pan — jeu de mots sur le cognomen Pansa du monétaire, procédé courant de référence nominale par l'image. Le revers répond avec Jupiter Axurus, divinité tutélaire d'Anxur-Terracine, choix que l'on explique généralement par un lien de la gens Vibia avec cette cité. Le type connaît trois variétés : sans symbole (RRC 449/1a), avec un pedum derrière le masque de Pan (1b), avec une flûte de Pan (1c).

Le revers montre Jupiter assis, dans une posture de majesté calme, sans foudre : la patère, instrument de la libation, et le sceptre, insigne de souveraineté, suffisent à le définir. Certains catalogues de vente décrivent la figure comme assise de face, la tête de face ; le catalogue de référence (Crawford, repris par CRRO) la décrit assise à gauche.
La filiation inscrite dans la légende — Caii filius, Caii nepos (fils de Caius, petit-fils de Caius) — affirme la continuité d'une lignée dont un membre, C. Vibius C. f. Pansa, avait déjà frappé monnaie en 90 av. J.-C. (RRC 342). Choisir Jupiter Axurus complète ce message : cette monnaie est à la fois une déclaration d'identité familiale et un hommage à un dieu lié à l'histoire de la gens Vibia.
Références : RRC 449/1a · Sydenham 947 · RSC Vibia 18 · Sear RCV I 420 · BMCRR 3978 · Atelier : Rome · Matière : argent · 3 variétés (1a sans symbole, 1b avec pedum, 1c avec flûte de Pan)
Caius Vibius Pansa Caetronianus appartient à la gens plébéienne Vibia. Son surnom Caetronianus suggère qu'il était né dans la gens Caetronia avant d'être adopté par un Vibius Pansa. Tribun de la plèbe en 51 av. J.-C., il fait partie des tribuns qui opposent leur veto aux décrets du Sénat dirigés contre César. Monétaire en 48 av. J.-C., il gouverne ensuite la Bithynie et le Pont (47–46 av. J.-C.), puis la Gaule Cisalpine (45 av. J.-C.) — une carrière de fidèle césarien.
Après l'assassinat de César, Pansa devient consul en 43 av. J.-C. avec Aulus Hirtius. Il mène les armées sénatoriales, aux côtés du jeune Octave, contre Marc Antoine qui assiège Modène. Grièvement blessé à la bataille de Forum Gallorum, il meurt à Bologne quelques jours plus tard. Hirtius tombe également devant Modène — Rome se retrouve sans consuls, ce qui ouvre la voie à l'ascension d'Octave. Selon Appien, Pansa aurait, sur son lit de mort, mis Octave en garde contre le Sénat.
L'année 48 av. J.-C. est celle de la bataille de Pharsale — victoire décisive de César sur Pompée. À son arrivée à Rome en 49 av. J.-C., César s'était emparé de la réserve du Trésor public (aerarium Saturni) ; le monnayage de ces années répond aux besoins considérables de la guerre civile, et les monétaires de 48 frappent dans un atelier contrôlé par les césariens.
Dans ce contexte, placer Jupiter au revers — même sous sa forme locale d'Axurus — revient à associer le nom du monétaire au plus grand des dieux. Pansa frappe d'autres types la même année, notamment un denier à la tête de Liber et à Cérès marchant avec des torches (RRC 449/2), ainsi qu'un denier commun avec Albinus Bruti f., au masque de Pan et aux mains jointes tenant un caducée (RRC 451/1).
- Virgile, Énéide, VII, 799–800 — dans le catalogue des peuples italiens alliés de Turnus : les champs où règne Jupiter Anxurus et le bois vert de Feronia.
- Servius, Commentaire sur l'Énéide, VII, 799 — le puer Iuppiter appelé Anxyrus, « qui ne s'était jamais rasé », et Feronia, « Junon vierge ».
- Horace, Satires, I, 5, 24–26 — le voyage sur la Via Appia : la source de Feronia, puis Anxur « posée sur ses rochers d'un blanc éclatant ».
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, IV, 59 (prise d'Anxur, 406 av. J.-C.) et VIII, 21 (colonie de trois cents citoyens, 329 av. J.-C.).
- Ovide, Fastes, III, 429–448 — Vejovis, le « Jupiter jeune ».
- Cicéron, Lettres familières, VIII, 8 (lettre de Caelius) — Pansa parmi les tribuns de 51 av. J.-C. opposant leur veto aux décrets contre César.
- Appien, Guerres civiles, III, 75 — les dernières paroles de Pansa à Octave.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 449/1 ; RRC 342 (C. Vibius C. f. Pansa, 90 av. J.-C.).
- Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — BMCRR 3978.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 947.
- Seaby, H.A., Roman Silver Coins, vol. I — Vibia 18.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000 — n° 420.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — gens Vibia.
- CRRO — RRC 449/1 · Coinage of the Roman Republic Online
- British Museum — Denier Vibia RRC 449/1 (R.8863)
- Pleiades — Temple of Jupiter Anxur (Terracine)
- LesDioscures.com — Jupiter, roi des dieux romains
- LesDioscures.com — Apollon Vejovis, le dieu aux deux visages
- LesDioscures.com — Pan
- LesDioscures.com — 1434VI · Denier Vibia · RRC 449/1
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