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Le Lion de Némée · Iconographie numismatique · LesDioscures

Le Lion de Némée

Premier Travail d’Héraclès · Iconographie numismatique · Ve – Ier s. av. J.-C.

Travail1er des XII
HérosHéraclès / Hercule
Période450 – 80 av. J.-C.
Monnaies11 types
AteliersGrèce · Sicile · Rome

Cet article propose de parcourir les différentes représentations du premier travail d’Héraclès sur les monnaies antiques : le combat contre le Lion de Némée. De la Mysie au Ve siècle avant J.-C. jusqu’au denier républicain de Caius Poblicius en 80 av. J.-C., cette iconographie traverse huit siècles de frappes et révèle la richesse des variations imaginées par les graveurs de l’Antiquité.

Le Combat d'Hercule avec le lion de Némée (Rubens)
Le Combat d’Hercule avec le lion de Némée (Rubens)

Le Lion de Némée était une créature gigantesque à la peau impénétrable — fils de Typhon et d’Échidna, ou créature envoyée par Héra pour tourmenter le héros. Il terrorisait la région de Némée dans le Péloponnèse jusqu’à ce qu’Eurysthée ordonne à Héraclès de l’abattre. Incapable de le blesser avec ses armes, le héros l’affronta à mains nues, l’étranglant dans sa propre tanière, avant de porter sa peau invulnérable comme armure — emblème de sa victoire sur l’impossible.

« Sa peau, qu’aucune arme ne pouvait percer, devint le manteau du héros — protection divine arrachée à la bête par la seule force des mains. »

— D’après Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 11
✦ Grèce Archaïque & Classique — Ve – IVe s. av. J.-C.
01 Statère de Mysie · Atelier de Cyzique 450 – 350 av. J.-C.
⚔ Agenouillé à droite · bras gauche étranglant
Statère Cyzique avers BnF 16g Avers · 16g
Statère Cyzique revers BnF 16g Revers · 16g

À ma connaissance, il s’agit de la première représentation connue du premier travail d’Hercule sur une monnaie antique. Héraclès y est figuré agenouillé à droite, étouffant le lion du bras gauche en s’aidant du droit. Sous lui figure un thon — le symbole de Cyzique depuis le milieu du VIe siècle av. J.-C. Le commerce de la pêche était essentiel à l’économie de Cyzique, et le thon fut probablement une forme de monnaie avant l’invention de la frappe. Ce statère représente magnifiquement la fusion du mythe, de l’histoire et de la culture locale sous forme numismatique.

02 Octobole d’or de Sicile · Atelier de Syracuse (Euainetos) vers 400 av. J.-C.
⚔ Accroupi à droite · deux bras
Octobole Syracuse avers BnF 5.78g Avers · 5.78g
Octobole Syracuse revers BnF 5.78g Revers · 5.78g

Sur cette rarissime monnaie d’or, Hercule est accroupi à droite et étrangle le lion à l’aide des deux bras. Introduit vers 400 av. J.-C. en parallèle avec les décadrachmes d’argent des types Kimon et Euainetos, ce type répond probablement à un besoin militaire : payer les mercenaires de Dionysios Ier. L’iconographie d’Héraclès luttant contre le lion pourrait aussi symboliser la résistance grecque face aux Carthaginois, le lion étant l’emblème de cette culture — une lecture politique gravée dans l’or.

03 Statère d’argent de Lucanie · Atelier d’Héraclée 390 – 340 av. J.-C.
⚔ Debout, légèrement courbé à droite · deux bras
Statère Héraclée avers 7.64g Avers · 7.64g
Statère Héraclée revers 7.64g Revers · 7.64g

Héraclée en Lucanie fut fondée en 432 av. J.-C. par une association de Tarentins doriens et de Thuriens ioniens. Sa double origine s’affiche sur la monnaie : une tête d’Athéna à l’avers — allusion aux origines athéniennes — et Héraclès tuant le lion de Némée au revers. Le héros sert à la fois d’insigne de la ville portant son nom et de symbole des Grecs doriens, dont tous faisaient remonter leur ascendance à ses fils.

04 Statère d’argent de Cilicie · Atelier de Tarse 370 av. J.-C.
⚔ Agenouillé à gauche · deux bras
Statère Cilicie Tarse avers 10.49g Avers · 10.49g
Statère Cilicie Tarse revers 10.49g Revers · 10.49g

Contrairement aux émissions en araméen nommant le satrape perse, ce statère porte une légende grecque le définissant comme une pièce « tarsique ». Bien que produit avec l’accord de Datames, il revêt un caractère civique. Son iconographie — Héraclès agenouillé à gauche — est pourtant plus propre à la ville cilicienne de Mallos qu’à Tarse. On se demande si cette pièce n’aurait pas pu être frappée à Mallos au nom de Tarse — une énigme numismatique encore non résolue.

✦ Grèce du Nord & Balkans — IVe s. av. J.-C.
05 Hémidrachme de Thessalie · Atelier des Oitaioi (Oeta) 360 – 340 av. J.-C.
⚔ Tête du lion de trois-quarts · lance dans les mâchoires
Hémidrachme Oeta avers 2.66g Avers · 2.66g
Hémidrachme Oeta revers 2.66g Revers · 2.66g

Cette monnaie se distingue par une composition exceptionnelle : l’avers présente non pas Héraclès, mais la tête du lion lui-même, tournée de trois-quarts vers la gauche et tenant une lance transversale dans ses mâchoires. Cette perspective confère à l’image une profondeur incomparable. Au revers, Héraclès se tient de face, tenant une très longue massue à deux mains.

06 Tétradrachme de Péonie · Atelier de Lykkeios 359 – 340 av. J.-C.
⚔ Debout à gauche · bras gauche étranglant, coup du bras droit
Tétradrachme Péonie avers 12.67g Avers · 12.67g
Tétradrachme Péonie revers 12.67g Revers · 12.67g

Sur ce tétradrachme, Héraclès est debout à gauche, étranglant le lion du bras gauche tout en lui portant des coups du bras droit — une composition double et rare. La pièce du Trésor Paeonien est l’un des rares exemplaires publiés de ce type. Pour ce souverain peu documenté qu’est Lykkeios, la numismatique joue un rôle historique fondamental : ses monnaies constituent l’une des rares preuves tangibles de son règne.

✦ Grande Grèce & Italie du Sud — IVe – IIIe s. av. J.-C.
07 Didrachme de Lucanie · Atelier d’Héraklée 350 av. J.-C.
⚔ Debout à droite · contrapposto musculaire
Didrachme Héraklée avers 7.54g Avers · 7.54g
Didrachme Héraklée revers 7.54g Revers · 7.54g

Ce revers est l’un des plus spectaculaires de la série. Héraclès est représenté en plein effort musculaire, dans une posture de contrapposto dynamique qui accentue ses jambes et son torse. Son expression concentrée communique le grave danger du combat mortel — la scène ne se contente plus de narrer le mythe, elle en fait un idéal de beauté physique.

08 Diobole de Calabre · Atelier de Tarente 325 – 280 av. J.-C.
⚔ Genou droit au sol · bras gauche étranglant, massue au droit
Diobole Tarente avers 7.45g Avers · 7.45g
Diobole Tarente revers 7.45g Revers · 7.45g

Les dioboles de Tarente représentent Héraclès dans un grand nombre de poses : debout soulevant le lion, à genoux avec un genou à terre, ou les deux genoux joints au sol. Ici, un genou au sol, il combine l’étranglement du bras gauche et la menace de la massue du bras droit — une composition à la fois narrative et dramatique qui témoigne d’une véritable culture de la lutte dans cet atelier.

09 Diobole d’or de Calabre · Atelier de Tarente 320 – 315 av. J.-C.
⚔ Debout · bras gauche tenant le lion, massue levée au droit
Diobole or Tarente avers 1.14g Avers · 1.14g
Diobole or Tarente revers 1.14g Revers · 1.14g

Apollon était le patron des colons à Tarente et de l’ordre pythagoricien. Ce revers est identique à celui des dioboles d’argent contemporains de Tarente et de sa colonie d’Héraklion. On notera que les émissions d’argent choisissent généralement la scène « tondo » d’Héraclès accroupi, tandis que les pièces d’or adoptent ici une posture debout plus monumentale.

10 Diobole de Calabre · Atelier de Tarente 280 – 228 av. J.-C.
⚔ Debout à gauche · massue main droite, queue du lion main gauche
Diobole Tarente 280 avers 0.62g Avers · 0.62g
Diobole Tarente 280 revers 0.62g Revers · 0.62g

Dernière variante tarentine de la série : Héraclès est debout à gauche, frappant avec la massue de la main droite tout en tenant la queue du lion de la main gauche. L’animal semble déjà vaincu, traîné au sol. Cette évolution — du combat en cours à la victoire consommée — reflète la maturité d’un atelier ayant exploré pendant un siècle toutes les déclinaisons possibles de cette scène mythologique fondatrice.

✦ République Romaine — Ier s. av. J.-C.
⚡ Seule représentation républicaine romaine du premier travail d’Hercule
Denier Serratus Poblicia Denier Serratus
Poblicia · 80 av. J.-C.

Denier Serratus Poblicia · Caius Poblicius · 80 av. J.-C. — Seule représentation du premier travail d’Hercule pour la République romaine : le héros est figuré debout à droite, tourné à gauche, étranglant le lion de Némée. La monnaie est un denier serraté, dont le bord dentelé est caractéristique de certaines émissions tardives de la République.

Huit siècles après les statères de Cyzique, Rome frappe enfin sa propre version du combat le plus célèbre de la mythologie antique — une seule fois, avec une puissance visuelle remarquable, avant que l’Empire ne reprenne ce thème dans de nombreuses émissions impériales.

« Les représentations de ce combat sur les monnaies ont duré huit siècles. Les graveurs devaient avoir de très bonnes connaissances en lutte — on trouve de nombreuses variations dans la façon d’étrangler le lion. »

— LesDioscures.com · Conclusion de l’article original
📚Notes & Références
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 11 — récit des douze travaux d’Héraclès.
  • Hérodote, Histoires, VII, 217 — mention des Oitaioi et la bataille des Thermopyles.
  • Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 1 — description du premier travail d’Héraclès.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
  • Sear, D.R., Greek Coins and their Values, Spink, Londres, 1978.
  • BCD Péloponnèse — collection de référence pour les statères de Grande Grèce.
Article rédigé par Christopher Mérat
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