Le Lion de Némée
Premier Travail d’Héraclès · Iconographie numismatique · Ve – Ier s. av. J.-C.
Cet article propose de parcourir les différentes représentations du premier travail d’Héraclès sur les monnaies antiques : le combat contre le Lion de Némée. De la Mysie au Ve siècle avant J.-C. jusqu’au denier républicain de Caius Poblicius en 80 av. J.-C., cette iconographie traverse huit siècles de frappes et révèle la richesse des variations imaginées par les graveurs de l’Antiquité.
Le Lion de Némée était une créature gigantesque à la peau impénétrable — fils de Typhon et d’Échidna, ou créature envoyée par Héra pour tourmenter le héros. Il terrorisait la région de Némée dans le Péloponnèse jusqu’à ce qu’Eurysthée ordonne à Héraclès de l’abattre. Incapable de le blesser avec ses armes, le héros l’affronta à mains nues, l’étranglant dans sa propre tanière, avant de porter sa peau invulnérable comme armure — emblème de sa victoire sur l’impossible.
« Sa peau, qu’aucune arme ne pouvait percer, devint le manteau du héros — protection divine arrachée à la bête par la seule force des mains. »
— D’après Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 11
À ma connaissance, il s’agit de la première représentation connue du premier travail d’Hercule sur une monnaie antique. Héraclès y est figuré agenouillé à droite, étouffant le lion du bras gauche en s’aidant du droit. Sous lui figure un thon — le symbole de Cyzique depuis le milieu du VIe siècle av. J.-C. Le commerce de la pêche était essentiel à l’économie de Cyzique, et le thon fut probablement une forme de monnaie avant l’invention de la frappe. Ce statère représente magnifiquement la fusion du mythe, de l’histoire et de la culture locale sous forme numismatique.
Sur cette rarissime monnaie d’or, Hercule est accroupi à droite et étrangle le lion à l’aide des deux bras. Introduit vers 400 av. J.-C. en parallèle avec les décadrachmes d’argent des types Kimon et Euainetos, ce type répond probablement à un besoin militaire : payer les mercenaires de Dionysios Ier. L’iconographie d’Héraclès luttant contre le lion pourrait aussi symboliser la résistance grecque face aux Carthaginois, le lion étant l’emblème de cette culture — une lecture politique gravée dans l’or.
Héraclée en Lucanie fut fondée en 432 av. J.-C. par une association de Tarentins doriens et de Thuriens ioniens. Sa double origine s’affiche sur la monnaie : une tête d’Athéna à l’avers — allusion aux origines athéniennes — et Héraclès tuant le lion de Némée au revers. Le héros sert à la fois d’insigne de la ville portant son nom et de symbole des Grecs doriens, dont tous faisaient remonter leur ascendance à ses fils.
Contrairement aux émissions en araméen nommant le satrape perse, ce statère porte une légende grecque le définissant comme une pièce « tarsique ». Bien que produit avec l’accord de Datames, il revêt un caractère civique. Son iconographie — Héraclès agenouillé à gauche — est pourtant plus propre à la ville cilicienne de Mallos qu’à Tarse. On se demande si cette pièce n’aurait pas pu être frappée à Mallos au nom de Tarse — une énigme numismatique encore non résolue.
Cette monnaie se distingue par une composition exceptionnelle : l’avers présente non pas Héraclès, mais la tête du lion lui-même, tournée de trois-quarts vers la gauche et tenant une lance transversale dans ses mâchoires. Cette perspective confère à l’image une profondeur incomparable. Au revers, Héraclès se tient de face, tenant une très longue massue à deux mains.
Sur ce tétradrachme, Héraclès est debout à gauche, étranglant le lion du bras gauche tout en lui portant des coups du bras droit — une composition double et rare. La pièce du Trésor Paeonien est l’un des rares exemplaires publiés de ce type. Pour ce souverain peu documenté qu’est Lykkeios, la numismatique joue un rôle historique fondamental : ses monnaies constituent l’une des rares preuves tangibles de son règne.
Ce revers est l’un des plus spectaculaires de la série. Héraclès est représenté en plein effort musculaire, dans une posture de contrapposto dynamique qui accentue ses jambes et son torse. Son expression concentrée communique le grave danger du combat mortel — la scène ne se contente plus de narrer le mythe, elle en fait un idéal de beauté physique.
Les dioboles de Tarente représentent Héraclès dans un grand nombre de poses : debout soulevant le lion, à genoux avec un genou à terre, ou les deux genoux joints au sol. Ici, un genou au sol, il combine l’étranglement du bras gauche et la menace de la massue du bras droit — une composition à la fois narrative et dramatique qui témoigne d’une véritable culture de la lutte dans cet atelier.
Apollon était le patron des colons à Tarente et de l’ordre pythagoricien. Ce revers est identique à celui des dioboles d’argent contemporains de Tarente et de sa colonie d’Héraklion. On notera que les émissions d’argent choisissent généralement la scène « tondo » d’Héraclès accroupi, tandis que les pièces d’or adoptent ici une posture debout plus monumentale.
Dernière variante tarentine de la série : Héraclès est debout à gauche, frappant avec la massue de la main droite tout en tenant la queue du lion de la main gauche. L’animal semble déjà vaincu, traîné au sol. Cette évolution — du combat en cours à la victoire consommée — reflète la maturité d’un atelier ayant exploré pendant un siècle toutes les déclinaisons possibles de cette scène mythologique fondatrice.
Denier SerratusPoblicia · 80 av. J.-C.
Denier Serratus Poblicia · Caius Poblicius · 80 av. J.-C. — Seule représentation du premier travail d’Hercule pour la République romaine : le héros est figuré debout à droite, tourné à gauche, étranglant le lion de Némée. La monnaie est un denier serraté, dont le bord dentelé est caractéristique de certaines émissions tardives de la République.
Huit siècles après les statères de Cyzique, Rome frappe enfin sa propre version du combat le plus célèbre de la mythologie antique — une seule fois, avec une puissance visuelle remarquable, avant que l’Empire ne reprenne ce thème dans de nombreuses émissions impériales.
« Les représentations de ce combat sur les monnaies ont duré huit siècles. Les graveurs devaient avoir de très bonnes connaissances en lutte — on trouve de nombreuses variations dans la façon d’étrangler le lion. »
— LesDioscures.com · Conclusion de l’article original
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 11 — récit des douze travaux d’Héraclès.
- Hérodote, Histoires, VII, 217 — mention des Oitaioi et la bataille des Thermopyles.
- Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 1 — description du premier travail d’Héraclès.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Sear, D.R., Greek Coins and their Values, Spink, Londres, 1978.
- BCD Péloponnèse — collection de référence pour les statères de Grande Grèce.
- Gallica — Bibliothèque nationale de France — images des monnaies grecques.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online — ANS.
- Multicollec.net — catalogue de référence
- LesDioscures.com — Fiches détaillées des monnaies de la République romaine.
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