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Leuconoé · Iconographie numismatique · LesDioscures

Leuconoé

Fille de Neptune · Muse du Carpe Diem d’Horace · Leukonóē · Iconographie numismatique · République romaine

Étymologie Leukos (brillant) + Noos (esprit)
Filiation Fille de Neptune & Thémisto
Attribut Diadème · Collier · Dauphin
Présence littéraire Horace, Odes, I, 11 · Stace
Monnaie RRC 420/2 · RRC 420/1

Dans le panthéon des figures féminines de la mythologie gréco-romaine, certaines ne s’illuminent qu’à travers quelques vers poétiques — et leur mystère même est leur force. Leuconoé (Leukonóē, « l’esprit brillant » ou « la pensée pure ») est de celles-là. Son nom dérive des mots grecs leukos (blanc, brillant, pur) et noos (esprit, pensée) — symbolisme parfaitement adapté au message d’Horace : un esprit clair, libéré des angoisses de l’avenir, capable d’apprécier la lumière du présent.

Fille de Neptune et de Thémisto selon Hygin, elle appartient à la lignée des nymphes ou demi-déesses marines. Mais c’est avant tout comme destinataire de l’Ode I, 11 d’Horace qu’elle est passée à la postérité — celle qui reçut le Carpe diem, cette formule si concise et si vertigineuse qui résume toute une philosophie de vie. Et c’est cette même Leuconoé — fille de Neptune — que P. Plautius Hypsaeus choisit de graver sur son denier en 60 av. J.-C., revendiquant ainsi l’ascendance divine de sa famille.

« Ne cherche pas à savoir, cela est défendu, quelle fin les dieux m’ont donnée, à moi, à toi, Leuconoé… Cueille le jour, te fiant le moins possible au lendemain. »

— Horace, Odes, I, 11, 1–8 — Carpe diem, quam minimum credula postero
✦ Représentations remarquables
R1 Poséidon du Latran — Neptune, père de Leuconoé Copie romaine d’après un original grec de Lysippe · IVe s. av. J.-C. · Musées du Vatican
Poséidon dit du Latran, copie romaine d'un original grec attribué à Lysippe (IVe s. av. J.-C.), Musées du Vatican
Poséidon du Latran · Copie romaine d’après Lysippe (IVe s. av. J.-C.) · Musées du Vatican · Domaine public

Cette statue colossale en marbre — copie romaine d’un original bronze grec attribué à Lysippe — est l’une des représentations les plus imposantes de Poséidon/Neptune qui nous soit parvenue. Connue sous le nom de « Poséidon du Latran » en raison de sa provenance du musée du Latran (aujourd’hui intégrée aux collections du Musée Grégorien Profane au Vatican), elle présente le dieu des mers dans sa pleine majesté : corps puissant, maintien souverain, attributs divins de la domination marine.

En tant que père de Leuconoé — selon Hygin (Leuconoï Neptuni filiae ex Themisio Hypsei filia) — Neptune est la divinité tutélaire qui donne à la figure de Leuconoé sa dimension divine et marine. C’est précisément ce lien que P. Plautius Hypsaeus exploite sur son denier : en représentant Leuconoé à l’avers (avec le dauphin derrière son buste, symbole marin caractéristique) et Neptune à l’avers de sa monnaie précédente (RRC 420/1), il construit une séquence dynastique qui ancre la gens Plautia dans une généalogie divine maritime.

R2 Horace, Virgile et Varius chez Mécène — Charles François Jalabert (1846) 1846 · Huile sur toile · Musée des Beaux-Arts de Nîmes
Charles François Jalabert, Virgile, Horace et Varius chez Mécène, 1846, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Nîmes
Charles François Jalabert · Virgile, Horace et Varius chez Mécène · 1846 · Musée des Beaux-Arts de Nîmes · Domaine public

Cette peinture académique de Charles François Jalabert (1819–1901), conservée au Musée des Beaux-Arts de Nîmes, représente Horace en compagnie de Virgile et de Varius Rufus dans la maison de leur puissant mécène Gaius Cilnius Maecenas — l’homme qui soutint une génération entière de poètes augustéens, leur offrant protection, liberté et, pour Horace, une villa dans les collines sabines. C’est dans ce cercle privilégié, éloigné des tumultes politiques, qu’Horace écrivit ses Odes — dont la célèbre Ode I, 11 adressée à Leuconoé.

Le tableau de Jalabert traduit avec une précision néo-classique l’atmosphère de otium cultivé qui caractérise ce cercle poétique : Horace, personnage central de la composition, représente la voix philosophique qui s’adressera à Leuconoé pour lui délivrer son message sur la brièveté de la vie. Cette peinture dix-neuviémiste est elle-même une illustration du Carpe diem : elle saisit un moment de beauté intellectuelle et en fait une image éternelle.

✦ L’Ode I, 11 d’Horace & le Carpe diem
01 « Tu ne quaesieris » — Le message d’Horace à Leuconoé 23 av. J.-C. · Carmina, Livre I, Ode 11
🌊 Mer Tyrrhénienne Image centrale du poème : la mer hivernale qui use les rochers de pierre ponce — métaphore du temps qui érode toute chose, même la pierre. La vie de Leuconoé est comparée à ces rochers battus par les flots.
Calculs babyloniens L’astrologie chaldéenne — les Babylonios numeros — représente la tentation de vouloir connaître son destin. Horace l’interdit à Leuconoé comme une folie inutile.
🍇 Carpe diem Étymologiquement : « cueille le jour » comme on cueille un fruit. Métaphore agricole et vitale — non pas « saisis » ou « arraches » mais « récoltes doucement » ce qui est mûr maintenant.
🏺 Vina liques « Filtre ton vin » — autre métaphore agricole. Le vin romain devait être filtré de ses sédiments avant d’être bu. Invitation à épurer le moment présent de tout ce qui l’alourdit.

L’Ode I, 11 est l’un des poèmes les plus courts des Carmina d’Horace — 8 vers seulement — et pourtant l’un des plus denses. Horace s’y adresse à Leuconoé en épicurien convaincu : il ne s’agit pas de saisir le jour avec avidité, mais de l’accueillir avec sagesse, en renonçant à l’anxiété de l’avenir. Le nom de Leuconoé — « l’esprit brillant » — n’est pas choisi par hasard : c’est précisément cet esprit clair que le poète veut libérer des calculs astrologiques et des peurs.

La phrase finale — Carpe diem, quam minimum credula postero — résume une philosophie épicurienne de la modération : non pas excès et débauche, mais attention paisible au présent, confiance minimale dans le lendemain. Leuconoé n’est pas un personnage historique identifiable avec certitude ; elle est peut-être un pseudonyme littéraire, peut-être une vraie jeune femme de l’entourage d’Horace — sa fragilité et son universalité la rendent intemporelle.

02 Leuconoé sur les deniers — La propagande dynastique des Hypsaei 60 av. J.-C. · Gens Plautia

La présence de Leuconoé sur le denier RRC 420/2 s’explique par la généalogie revendiquée de la gens Plautia, et plus précisément de la branche des Hypsaei. Selon Hygin, Leuconoé est fille de Neptune et d’Hypseüs (interprétation du texte latin d’Hygin : Leuconoï Neptuni filiae ex Themisio Hypsei filia). Le monétaire P. Plautius Hypsaeus lisait dans ce texte un lien généalogique entre sa propre famille — les Hypsaei — et cette lignée divine marine.

Le dauphin visible derrière le buste de Leuconoé est la clé iconographique : emblème marin par excellence, il souligne son origine neptunienne. Les deux deniers RRC 420/1 (Neptune à l’avers) et RRC 420/2 (Leuconoé à l’avers) fonctionnent comme un diptyque : père et fille, les deux visages d’une même généalogie divine. En les frappant successivement, Hypsaeus construisait visuellement l’arbre familial de sa gens, inscrite dans une tradition de divinités marines aussi ancienne que Rome.

✦ Représentation numismatique
🐬 Dauphin derrière Leuconoé — Signe marin d’une généalogie divine

Le denier RRC 420/2 a un indice de rareté de 6 (67 exemplaires) avec 3 variantes : 2a (type standard), 2b (scorpion sous les chevaux — emblème de la Commagène où Hypsaeus servit sous Pompée), 2c (légende d’avers différemment disposée). Le scorpion de la variante 2b est un élément biographique rare et précieux : Babelon note qu’Hypsaeus exerça un commandement en Commagène dont le scorpion était l’emblème régional. Les deux séries forment un ensemble : RRC 420/1 (Neptune tête barbe, trident) est le pendant de RRC 420/2 (Leuconoé diadémée, dauphin).

03 Denier Plautia · P. Plautius Hypsaeus · Leuconoé / Jupiter en quadrige 60 av. J.-C. · Atelier de Rome
🌊 Tête diadémée de Leuconoé · Dauphin · Fille de Neptune
Denier Plautia RRC 420/2 — Tête diadémée de Leuconoé à l'avers (dauphin), Jupiter en quadrige au revers
RRC 420/2a · Argent · 4,07 g · British Museum · Indice de rareté : 6
🏛 Légendes & description
Avers P · YPSAE · S · C Tête diadémée de Leuconoé à droite, avec collier et boucles d’oreille ; derrière, un petit dauphin. Légende : Publius Hypsaeus Senatus Consulto.
Revers C · YPSAE · COS / PRIV · CEPIT Jupiter dans un quadrige galopant à gauche, tenant un foudre de la main droite et les rênes de la main gauche. Légende : Caius Hypsaeus Consul / Privernum cepit — Gaius Hypsaeus consul, prit Privernum.

Le revers commémore la prise de Privernum (341 av. J.-C.) par l’ancêtre Gaius Plautius Decianus. Babelon note que le scorpion présent dans la variante 2b est l’emblème de la Commagène où Hypsaeus servit sous Pompée — détail biographique unique dans la numismatique républicaine. La combinaison des trois séquences du denier (Leuconoé → Neptune → Jupiter/triomphe de Privernum) construit un récit généalogique complet : du dieu des mers fondateur à l’ancêtre consul victorieux, la gens Plautia revendique une légitimité à la fois divine et historique.

Hypsaeus lui-même finit mal : soutenu par Pompée pour le consulat de 52 av. J.-C., il fut condamné pour corruption électorale (ambitus) après la mort de Clodius et contraint à l’exil. Ses monnaies, frappées pendant son édilité avec M. Aemilius Scaurus, restent un témoignage des ambitions et de l’esthétique politique des dernières années de la République.

Références : RRC 420/2a · B.12 (Plautia) · Syd. 911 · Atelier : Rome · Matière : Argent · Indice de rareté : 6 · 3 variantes (2a, 2b avec scorpion, 2c)

✦ Leuconoé chez Stace — Un nom d’aristocrate
04 Stace, Silves I, 3 — Leuconoé épouse d’un affranchi impérial Ier siècle ap. J.-C. · Époque flavienne

Une seconde occurrence notable du nom se trouve chez le poète latin Publius Papinius Statius (45–96 ap. J.-C.) dans ses Silves (Livre I, 3). Il y évoque une Leuconoé comme épouse de Pallas, l’affranchi de l’empereur Claude — homme de grande influence sous le règne de ce dernier. Stace la présente comme une femme de grande beauté et de haute dignité.

Cette mention confirme que Leuconoé était un nom réel et en usage dans l’aristocratie romaine du Ier siècle ap. J.-C. — peut-être choisi précisément pour son prestige littéraire (l’Ode d’Horace était déjà célèbre) ou pour son étymologie évocatrice de pureté et de clarté. La rencontre entre le nom mythologique (fille de Neptune chez Hygin), le destinataire poétique (l’interlocutrice d’Horace) et la femme réelle (épouse de Pallas chez Stace) illustre comment la mythologie et la littérature irriguaient les pratiques onomastiques romaines.

✦ Fiches numismatiques liées
📚Notes & Références
  • Horace, Carmina (Odes), I, 11 — « Tu ne quaesieris » : l’ode complète adressée à Leuconoé, source du Carpe diem.
  • Stace, Silves, I, 3 — mention de Leuconoé comme épouse de Pallas, affranchi de l’empereur Claude.
  • Hygin, FabulaeLeuconoï Neptuni filiae ex Themisio Hypsei filia : Leuconoé est la fille de Neptune et de Thémisto, fille d’Hypseüs.
  • Cicéron, Epistulae ad Familiares — correspondance avec P. Plautius Hypsaeus, permettant de situer sa carrière et ses relations politiques.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 420/2 ; notice sur P. Plautius Hypsaeus, ses 3 variantes et le scorpion de Commagène.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — B.12 (Plautia) ; identification de Leuconoé comme fille de Neptune d’après Hygin, analyse du scorpion de Commagène.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres — Syd. 911.
Article rédigé par Christopher Mérat
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