Marc Antoine
Marcus Antonius · 83–30 av. J.-C. · Général de César · Triumvir · Rival d'Octave · Iconographie numismatique
Marc Antoine — Marcus Antonius (83–30 av. J.-C.) — est l'un des acteurs majeurs de la transition entre la République romaine et l'Empire. Officier de cavalerie, lieutenant de César, orateur redoutable et homme d'excès, il fut tour à tour le vengeur du dictateur assassiné, l'un des trois triumvirs, le maître de l'Orient romain — et finalement le vaincu d'Actium. Sa trajectoire, racontée par Plutarque puis portée à la scène par Shakespeare, n'a cessé de fasciner.
Son monnayage (de 44 à 31 av. J.-C.) compte parmi les plus abondants et les plus variés de la fin de la République. Chaque émission documente une étape de sa stratégie de légitimation : son portrait voilé et barbu apparaît dès 44 sur un denier du monétaire P. Sepullius Macer (RRC 480/22) ; la barbe de deuil (barba misera) affichée après la mort de César revient sur les deniers frappés en Gaule en 43 (RRC 488) ; viennent ensuite les portraits de ses épouses Fulvie et Octavie, celui de Cléopâtre, et enfin la gigantesque série des deniers des légions (RRC 544) frappée pour la campagne d'Actium. Peu de figures de la République ont fait de la monnaie un usage politique aussi constant.
« Il avait aussi dans l'allure une noble dignité ; une barbe bien fournie, un front large et un nez aquilin lui donnaient, croyait-on, cette mâle vigueur propre aux portraits et aux statues d'Héraclès. »
— Plutarque, Vie d'Antoine, 4, 1 · trad. LesDioscures

Ce buste du Vatican est traditionnellement identifié à Marc Antoine. Comme pour la plupart des portraits en ronde-bosse du triumvir, l'identification repose sur la comparaison avec ses portraits monétaires — aucune statue ne porte son nom — et reste donc discutée. On y retrouve les traits que décrit Plutarque : mâchoire puissante, front large, nez busqué, cou épais.
Cette ressemblance avec le type d'Héraclès n'était pas fortuite. La gens Antonia prétendait descendre d'Anton, un fils d'Hercule (Plutarque, Ant., 4, 2), et Antoine cultivait la comparaison jusque dans sa tenue. Ce héros fondateur apparaît sur l'or de 42 av. J.-C. frappé par L. Livineius Regulus (RRC 494/2b), et le lion, emblème de cette ascendance, revient sur plusieurs de ses monnaies.
Sur les deniers, le profil est plus sec, souvent accompagné du lituus, bâton de l'augurat qu'Antoine détenait depuis 50 av. J.-C. La barba misera portée après l'assassinat de César apparaît sur ses émissions de 43 (RRC 488), signe d'un homme qui fait du deuil de César son principal argument politique.



Alma-Tadema représente l'arrivée de Cléopâtre VII à Tarse, en Cilicie, en 41 av. J.-C. : Antoine, maître de l'Orient après Philippes, l'avait convoquée pour qu'elle s'explique sur son attitude pendant la guerre contre les meurtriers de César. Plutarque (Ant., 26) décrit la reine remontant le Cydnos sur une galère à la poupe dorée, aux voiles pourpres et aux rames d'argent, parée en Aphrodite — c'est cette scène, relue à travers Shakespeare, que reprend le peintre, au point de vue d'Antoine qui attend sur la rive.
L'alliance qui se noue alors est aussi politique qu'amoureuse : Cléopâtre a besoin de la puissance romaine pour garantir son trône, Antoine des ressources de l'Égypte pour ses projets contre les Parthes. Le portrait de la reine finira par figurer sur ses deniers (RRC 543/1).

Le peintre Lorenzo A. Castro (actif 1664–1700) représente la bataille d'Actium du 2 septembre 31 av. J.-C., l'affrontement naval qui mit fin à la guerre entre Octavien et Antoine. La flotte d'Antoine et de Cléopâtre y fait face à celle d'Octavien, commandée par Agrippa. La composition baroque — forêt de mâts, navires en flammes, proues brisées — traduit la confusion de l'engagement plus qu'elle ne restitue les navires antiques.
La situation d'Antoine était compromise avant même la bataille : bloquée dans le golfe d'Ambracie, son armée était affaiblie par la maladie et les désertions. Au cours de l'engagement, l'escadre de Cléopâtre fit voile vers le large et Antoine la suivit vers l'Égypte, abandonnant sa flotte. Son armée de terre, restée en Grèce, finit par se rendre à Octavien quelques jours plus tard (Plutarque, Ant., 68). Octavien entra dans Alexandrie près d'un an après, le 1er août 30 av. J.-C.
Le monnayage antonien est l'un des premiers à placer des femmes vivantes sur la monnaie romaine. Le buste de Victoire du quinaire de Lugdunum (RRC 489/6) est souvent rapproché des traits de Fulvie — identification fréquente mais discutée. Le portrait d'Octavie figure ensuite sur l'or de 39 av. J.-C., gage de la paix de Brindes ; puis celui de Cléopâtre, toujours diadémée, s'impose après la rupture avec Rome. Cette succession retrace en creux la vie politique d'Antoine, de la matrona romaine à la reine lagide.



Le denier RRC 545/2 est l'une des dernières émissions au nom de Marc Antoine. Sa légende d'avers aligne tous ses titres : augure, quatrième acclamation impériale (IMP IIII), troisième consulat (COS TERT), triumvir. Ce consulat de 31, auquel il avait été désigné, venait pourtant de lui être retiré par Rome : la monnaie affirme un titre que la Ville ne lui reconnaît plus.
Au revers, la Victoire dans une couronne de laurier proclame un triomphe que les événements allaient démentir. Le petit monogramme du champ renvoie à D. Turullius, l'un des meurtriers de César passé au service d'Antoine — illustration des alliances paradoxales de la fin de la République. Après Actium, Octavien le fit exécuter à Cos, où il avait fait abattre le bois sacré d'Asclépios pour construire des navires (Dion Cassius, LI, 8 ; Valère Maxime, I, 1, 19).

Références : RRC 545/2 · Sear RCV 1485 · RSC (Marc Antoine) 11 · Atelier itinérant suivant Antoine · Argent · Indice de rareté : 10+ — voir la fiche 1798AN
- Plutarque, Vie d'Antoine — biographie la plus complète, source principale de Shakespeare ; portrait (4), Tarse (26), campagne parthe (37–51), Actium (61–68), mort (76–77).
- Appien, Guerres civiles, II–V — de l'assassinat de César (oraison funèbre : II, 143–147) à la mort de Sextus Pompée.
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLIV–LI — récit continu de 44 à 30 av. J.-C. ; exécution de Turullius : LI, 8.
- Cicéron, Philippiques, I–XIV — réquisitoires contre Antoine (44–43 av. J.-C.), qui coûtèrent la vie à leur auteur.
- Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 60–87 — historien de l'époque de Tibère, favorable à la cause augustéenne.
- Suétone, Vie d'Auguste, 13–17 — la guerre contre Antoine vue du côté d'Octavien.
- Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I, 1, 19 — le sacrilège de Turullius à Cos.
- Virgile, Énéide, VIII, 671–713 — le bouclier d'Énée : Actium vu par la poésie augustéenne, Antoine et « l'épouse égyptienne » parmi les vaincus.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 480–545.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — famille Antonia.
- Sear, D.R., The History and Coinage of the Roman Imperators, 49–27 BC (CRI), Spink, Londres, 1998.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000.
- Calicó, X., The Roman Aurei, vol. I, Barcelone, 2003.
- Pelling, C.B.R., Plutarch, Life of Antony, Cambridge University Press, 1988 — commentaire de référence.
- Roddaz, J.-M., Marcus Agrippa, École française de Rome, 1984 — pour la campagne d'Actium.
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