Mars
Dieu de la guerre · Père de Romulus · Mars Pater · Mars Gradivus · Mars Ultor · Iconographie numismatique
Parmi les dieux du panthéon romain, Mars occupe une place absolument singulière : il n’est pas seulement le dieu de la guerre, il est le père fondateur de Rome. Fils de Jupiter et Junon, il conçut Romulus et Rémus avec la vestale Rhéa Silvia — et c’est donc de son sang divin que se réclame tout le peuple romain. Cette généalogie sacrée en fait bien plus qu’une divinité guerrière : il est le garant de l’identité romaine, le protecteur de ses légions, et le patron de l’État.
Contrairement à son équivalent grec Arès — souvent dépeint comme brutal et chaotique, peu aimé même des autres dieux — Mars est une figure honorable et complexe dans la théologie romaine. Mars Gradivus (celui qui marche vers la bataille), Mars Pater (père), Mars Ultor (vengeur) : ses multiples épithètes révèlent un dieu à facettes, associé aussi bien à la force agricole qu’à la puissance militaire. Son nom a donné au premier mois de l’ancienne année romaine — Martius — qui marquait le début des campagnes militaires et des travaux des champs.
« Ô Mars, père du peuple romain, toi qui as conçu Romulus, veille sur tes fils en campagne et ramène-les victorieux. »
— D’après Ovide, Fastes, III, 1–10 — hymne à Mars Pater en ouverture du mois de mars
Cette statue colossale en marbre, connue sous le nom de « Mars Pyrrhus » en raison d’une ancienne identification erronée avec le roi Pyrrhus d’Épire, est l’une des plus imposantes représentations du dieu de la guerre dans les collections romaines. Elle représente Mars en guerrier idéalisé : nu ou semi-nu, musculature héroïque, dans la tradition sculptural hellénistique qui magnifiait le corps masculin athlétique en y projetant la puissance divine.
L’iconographie de Mars sur les monnaies républicaines s’inspire directement de ce type statuaire : un profil de jeune guerrier casqué, au regard déterminé, souvent avec la lance en arrière-plan. La tête casquée de Mars est l’un des types les plus anciens et les plus récurrents de la numismatique romaine — présent dès les premières émissions d’or en 211 av. J.-C. et encore frappé dans les dernières années de la République comme symbole de la puissance militaire de Rome.
Le Temple de Mars Ultor — Mars le Vengeur — est le monument le plus éloquent du lien entre Mars et la politique romaine. La nuit avant la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), Octavien fit le vœu d’ériger ce temple si Mars lui accordait la victoire sur les assassins de César. Quarante ans plus tard, en 2 av. J.-C., le temple fut finalement dédié au cœur du Forum d’Auguste — centre névralgique de la propagande impériale.
Le programme iconographique du temple était extraordinaire : au fronton, Mars entouré de Vénus et de Romulus, rappelant la double généalogie divine des Julio-Claudiens (descendants de Vénus via Énée, et de Mars via Romulus). Dans le temple étaient conservées les enseignes légionnaires perdues à Carrhae et récupérées des Parthes en 20 av. J.-C. — symbole que Mars Ultor avait bien vengé la honte de Crassus. C’est dans ce temple que les jeunes Romains recevaient leur toga virilis et que les généraux prenaient congé de Rome avant leurs campagnes.
La distinction essentielle entre Mars et Arès réside dans la dignité sociale et politique du dieu romain. Là où Arès était souvent méprisé par les autres Olympiens comme un dieu brutal et incontrôlable, Mars était au cœur de l’identité romaine — respecté, révéré, central. Son épithète Mars Pater (père) le place dans le registre de la protection familiale et nationale, non de la destruction aveugle. Ovide consacre tout le début des Fastes (livre III) à son éloge : premier mois de l’année ancienne, premier dieu à qui l’on demande la bénédiction des travaux qui commencent.
La tête casquée de Mars est l’une des images les plus récurrentes et les plus anciennes de la numismatique romaine. Elle apparaît dès les premières émissions d’or romaines de 211 av. J.-C. (RRC 44/4 : aureus de 20 as, Mars casqué / aigle sur foudre) — des monnaies d’urgence pour financer la Seconde Guerre Punique contre Hannibal. Elle se retrouve sur des deniers de familles nombreuses : Poblicia (RRC 335 — C. Publicius Malleolus avec marteau éponyme), Aurelia (Mars barbu avec épis), Cloulia, Considia, etc. Sous le Triumvirat, les monétaires de 42 av. J.-C. (Publius Clodius, L. Mussidius Longus, L. Livineius Regulus, C. Vibius Varus) utilisèrent Mars au revers pour symboliser la solidarité des triumvirs dans la guerre contre les assassins de César.
Cette pièce est l’une des premières monnaies d’or frappées à Rome — émission d’urgence pour financer la Seconde Guerre Punique à un moment où Hannibal menaçait directement l’Italie après ses victoires à la Trébie, au Lac Trasimène et à Cannes. Le choix de Mars à l’avers n’est pas anodin : c’est une invocation directe du père de Rome à l’heure du danger maximal. L’aigle sur le foudre au revers complète le tableau — Jupiter, roi des dieux, protège également ses fidèles Romains.
Références : RRC 44/4 · Syd. 228 · Atelier : Rome · Matière : Or · Indice de rareté : 9
La légende de la fondation de Rome par Romulus est aussi l’histoire de la paternité de Mars. La vestale Rhéa Silvia, contrainte au célibat religieux par son oncle usurpateur Amulius, fut visitée par Mars en songe — ou physiquement, selon les versions. Elle conçut ainsi Romulus et Rémus, les jumeaux sacrés. Quand Amulius les fit jeter dans le Tibre, la louve sacrée de Mars les recueillit et les allaita — premier miracle du dieu guerrier protégeant sa descendance.
Cette généalogie divine avait une portée politique considérable sous la République et davantage encore sous l’Empire : en se réclamant de Mars via Romulus, Rome proclamait une mission divine de conquête et d’organisation du monde. Auguste amplifia cette théologie dynastique en ajoutant la descendance vénusienne (via Énée, fils de Vénus, ancêtre d’Iulus/Jules César) — les Julio-Claudiens étaient ainsi à la fois fils de Mars et fils de Vénus, guerre et amour, force et beauté. Le Temple de Mars Ultor exhibait cette double généalogie au fronton, pour toute la ville à voir.
- Ovide, Fastes, III — hymne complet à Mars en ouverture du mois de mars : légende de Rhéa Silvia, des Saliens, des fêtes Liberalia et des Quinquatrus.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 4–7 — récit de la naissance de Romulus et Rémus, de la louve et de la fondation de Rome par Mars.
- Virgile, Énéide, I, 273–296 — Jupiter annonce la destinée de Rome à Vénus en évoquant la descendance de Mars et d’Énée.
- Suétone, Divus Augustus, 29 — le vœu d’Octavien avant Philippes et la construction du Temple de Mars Ultor.
- Ovide, Fastes, V, 545–598 — récit de la dédicace du Temple de Mars Ultor en 2 av. J.-C. et de la cérémonie des enseignes parthiques.
- Varron, De Lingua Latina, V, 47–48 — étymologie du nom Mars et son lien avec le mois de Martius.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 44/4 ; ensemble des émissions portant la tête de Mars (RRC 44, 335, et nombreux autres).
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notices sur les émissions à la tête de Mars dans les diverses gentes.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres — Syd. 228.
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