Melpomène est l'une des neuf Muses de la mythologie grecque, divinités de l'inspiration artistique et intellectuelle nées de l'union de Zeus et de Mnémosyne, la Titanide personnifiant la Mémoire. Selon la Théogonie d'Hésiode, Zeus s'unit à elle durant neuf nuits, et de cette union naquirent neuf filles dont le chant réjouit l'Olympe.
Son nom se rattache au verbe grec μέλπεσθαι (melpesthai), « chanter », « célébrer par le chant et la danse » — une étymologie qui révèle l'évolution de son domaine : Melpomène fut d'abord une Muse du chant avant d'être spécialisée dans la tragédie, à mesure que ce genre s'imposait comme l'une des formes les plus hautes de la création athénienne.
Dans la numismatique républicaine romaine, Melpomène apparaît une seule fois : au revers du denier RRC 410/4 frappé vers 66 av. J.-C. par le monétaire Quintus Pomponius Musa, qui consacra aux Muses une série entière de deniers, debout, l'épée au côté, la massue et le masque tragique en main.
« Prends l'orgueil que mes mérites ont gagné, et, de bon gré, ceins ma chevelure du laurier de Delphes, Melpomène. »
— Horace, Odes, III, 30, 14–16 · 23 av. J.-C.
Dans la Théogonie, Hésiode raconte comment Zeus, loin des autres Immortels, s'unit à Mnémosyne neuf nuits durant ; c'est en Piérie, non loin du plus haut sommet de l'Olympe, que naquirent les neuf Muses, « d'un même cœur, n'ayant souci que du chant ». Le poète les fait vivre sur l'Hélicon, en Béotie, où elles lui apparurent, et sur l'Olympe, où elles réjouissent leur père. Melpomène figure dans la liste canonique des neuf noms qu'il est le premier à donner.
La mémoire (Mnémosyne) comme mère des Muses n'est pas un hasard : dans la pensée archaïque, la création poétique est indissociable du souvenir. Le poète inspiré par les Muses se souvient — il accède à ce que les mortels ordinaires ont oublié. Melpomène incarne cette mémoire mise au service du destin tragique et des leçons douloureuses de l'existence humaine.

Hésiode ne prête encore aux Muses aucune spécialité : elles chantent ensemble. Ce n'est que progressivement, à mesure que les genres poétiques se structurent, que chaque Muse se voit rattacher un domaine. Melpomène, dont le nom évoque le chant et la danse chorale, reçoit la tragédie — le genre qui plonge dans la souffrance humaine pour en tirer une leçon universelle.
Ces répartitions ne se fixent vraiment qu'à l'époque hellénistique et surtout romaine, et elles varient encore d'un auteur à l'autre jusqu'à la fin de l'Antiquité. C'est l'art romain — statues de sarcophages, mosaïques, séries sculptées comme celle de la villa dite de Cassius à Tivoli — qui stabilise l'image de Melpomène : vêtue du long costume à manches des acteurs tragiques, le masque à la main, souvent armée d'une épée ou d'une massue.


Selon le mythographe Apollodore, Melpomène donna au dieu-fleuve Achéloos les Sirènes, créatures hybrides mi-femmes mi-oiseaux (mi-poissons seulement dans les versions médiévales) dont le chant attirait les navigateurs vers la mort. La filiation n'est pas unanime : d'autres auteurs donnent pour mère aux Sirènes Terpsichore, Calliope ou la nymphe Stéropé.
Cette généalogie révèle une cohérence profonde : de la Muse du chant tragique et du dieu des flots impétueux naissent des êtres dont la beauté vocale est indissociable de la mort. Les Sirènes incarnent la tentation fatale, le danger du plaisir esthétique poussé à son extrême — un écho direct au cœur de la tragédie, qui exalte la grandeur humaine au moment même où elle se brise.
Homère, qui ne leur donne aucun parent, fait des Sirènes l'une des épreuves d'Ulysse dans l'Odyssée (chant XII). Leur chant promet de tout dire — la guerre de Troie, tout ce qui advient sur la terre — mais céder à leur appel, c'est périr sur une rive couverte d'ossements. Ulysse, attaché au mât, est l'un des rares mortels à les avoir entendues sans en mourir : figure du mortel qui affronte la beauté tragique sans en être détruit.
Le domaine de Melpomène se confond avec l'œuvre des trois grands tragédiens athéniens. Eschyle (525–456 av. J.-C.), le plus ancien, fait de la tragédie un dialogue entre l'homme et les dieux, explorant l'égarement (atè) et la justice divine (dikè) dans l'Orestie ; on lui attribue aussi, non sans débat, le Prométhée enchaîné.
Sophocle (vers 496–406 av. J.-C.) porte la tragédie à son sommet formel avec Œdipe roi et Antigone, où le malheur frappe des êtres nobles non par vice mais par une erreur liée à la condition humaine. Aristote, dans sa Poétique, prend précisément Œdipe roi pour modèle et définit l'effet de la tragédie comme une catharsis opérée par la pitié et la crainte.
Euripide (vers 480–406 av. J.-C.) rapproche ses personnages de la réalité psychologique, souvent animés de passions dévastatrices : Médée, Hécube, Les Bacchantes. Ses héroïnes, victimes et bourreaux à la fois, portent une modernité troublante que l'Antiquité elle-même a parfois mal acceptée.
Melpomène est reconnaissable dans l'art antique à un ensemble d'attributs stables qui cristallisent son lien avec le théâtre tragique. Son allure est grave, et son vêtement reprend celui des acteurs de tragédie.
Dès l'art funéraire romain, Melpomène forme couple avec Thalie, Muse de la comédie : certains sarcophages ne retiennent que ces deux Muses, l'une au masque tragique, l'autre au masque comique. Ce duo a fourni à l'époque moderne l'emblème universel des deux masques du théâtre, l'un pleurant, l'autre riant.
Vers 66 av. J.-C., le monétaire Quintus Pomponius Musa joue sur son cognomen (Musa) pour frapper une série de dix types de deniers : Hercule Musagète jouant de la lyre (RRC 410/1) et chacune des neuf Muses avec ses attributs (RRC 410/2 à 410/10). À l'avers, la tête laurée d'Apollon, chef du chœur des Muses, est accompagnée d'un symbole qui annonce la Muse du revers.
On rapproche souvent ces types des statues du temple d'Hercule des Muses (aedes Herculis Musarum), élevé à Rome par M. Fulvius Nobilior après la prise d'Ambracie (189 av. J.-C.). Pour Melpomène, le symbole d'avers est un sceptre, et la Muse se présente de face, l'épée au côté, la massue et le masque tragique en main.
RRC 410/4Le choix de Quintus Pomponius Musa de mettre les Muses sur ses deniers est un acte culturel autant que personnel. Dans la Rome de la République finissante, la culture grecque est pleinement intégrée et l'élite s'en réclame comme d'un signe d'éducation ; le cognomen Musa du monétaire devient un programme iconographique complet. Chaque denier de la série est rare, et celui de Melpomène ne fait pas exception.
Cette pièce est consultable sur la fiche LesDioscures 1364PO consacrée au denier Pomponia de Melpomène.
La question centrale que pose le domaine de Melpomène est celle de la catharsis — terme qu'Aristote emploie dans la Poétique pour décrire l'effet de la tragédie sur le spectateur. Assister à la chute d'un héros, éprouver la pitié (éléos) et la crainte (phobos), opère selon lui une purgation de ces émotions — formule brève dont le sens exact est débattu depuis l'Antiquité.
Ce mécanisme paradoxal — chercher volontairement à éprouver douleur et peur pour en sortir apaisé — est au cœur de la puissance du théâtre tragique. Melpomène préside à ce moment rare où l'art, en montrant les limites de la condition humaine, aide à les supporter.
Horace est le poète latin qui invoque le plus volontiers Melpomène. Dans les Odes, il lui demande un chant de deuil pour son ami Quintilius (I, 24), la prie de couronner du laurier delphique l'œuvre « plus durable que l'airain » qui clôt son recueil (III, 30), et lui attribue sa propre vocation : celui qu'elle a regardé d'un œil favorable à sa naissance ne sera ni lutteur ni général, mais poète (IV, 3). Chez lui, Melpomène n'est pas seulement la Muse de la tragédie, mais celle du chant en général.
L'art romain l'associe aussi à la poésie épique : sur une célèbre mosaïque d'Hadrumète (Sousse), Virgile, assis le rouleau de l'Énéide sur les genoux, est encadré par Clio et Melpomène, qui tient le masque tragique.
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À la Renaissance et à l'époque classique, Melpomène devient une figure obligée des cycles d'Apollon et des Muses, puis du décor des théâtres. Au XVIIIe siècle, la grande tragédienne anglaise Sarah Siddons pose à plusieurs reprises en Muse tragique ; au XIXe siècle encore, peintres et sculpteurs lui prêtent les traits du génie mélancolique, l'inspiration douloureuse qui élève l'âme par la souffrance.
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Melpomène dans la numismatique républicaine
Les autres types de la série de Pomponius Musa (RRC 410)
Divinités liées
- Hésiode, Théogonie, 53–79 et 915–917 — naissance des neuf Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne, et liste de leurs noms.
- Apollodore, Bibliothèque, I, 3, 4 — Melpomène et Achéloos, parents des Sirènes.
- Homère, Odyssée, XII, 39–54 et 158–200 — les Sirènes et Ulysse (sans mention de leurs parents).
- Aristote, Poétique, VI (1449b) — définition de la tragédie et de la catharsis.
- Horace, Odes, I, 24 ; III, 30 ; IV, 3 — invocations à Melpomène.
- Ovide, Métamorphoses, V, 294–678 — les Muses et leur concours avec les Piérides.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 410/4 (série de Q. Pomponius Musa, RRC 410/1–10).
- Ghey, E., Leins, I. & Crawford, M.H., A catalogue of the Roman Republican Coins in the British Museum, 2010 — 410.4.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, 1885–1886 — gens Pomponia.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres.
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