Numa Pompilius
Deuxième roi de Rome · Législateur & réformateur religieux · VIIIe s. av. J.-C.
Numa Pompilius est une figure semi-légendaire de l’histoire romaine, dont l’existence réelle est difficile à confirmer en raison du manque de sources archéologiques ou écrites fiables pour cette période archaïque de Rome. Les récits sur Numa proviennent principalement d’historiens romains postérieurs — Tite-Live et Plutarque — qui écrivaient des siècles plus tard, mêlant faits historiques et mythologie pour glorifier les origines de la Ville Éternelle.
Numa serait né à Cures, une ville sabine, et aurait été choisi comme roi après la mort ou l’apothéose de Romulus, le fondateur de Rome. Son élection reflétait un désir d’équilibre entre Romains et Sabins. Contrairement à Romulus, associé à la guerre et à la fondation militaire, Numa est présenté comme un roi pacifique, législateur et réformateur spirituel — l’archétype du roi-philosophe dans la tradition romaine.
« Numa ferma les portes du temple de Janus, et durant tout son règne il n’y eut ni guerre ni sédition. »
— Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 19
La tradition iconographique la plus fréquente représente Numa en compagnie de la nymphe Égérie, divinité des sources et des eaux vives, qui lui transmettait ses enseignements divins dans un bois sacré des environs de Rome. Cette scène symbolise la médiation entre le monde des hommes et celui des dieux — fondement de l’autorité religieuse de Numa.
Dans ces représentations, Numa est généralement figuré en rex vénérable, revêtu d’attributs sacerdotaux, incliné vers la nymphe dans une attitude de réceptivité spirituelle. L’iconographie insiste sur la légitimité divine de ses réformes : ce n’est pas un roi qui impose ses lois, mais un sage qui les reçoit des dieux.
Sur le plan numismatique, Numa Pompilius est évoqué notamment par les magistrats de la gens Pompeia, qui revendiquaient une ascendance avec le roi légendaire. Le denier frappé par Cn. Pompeius Strabo vers 97 av. J.-C. illustre cette pratique de légitimation généalogique caractéristique de la République romaine tardive.
À l’avers figure une tête laurée présentée comme l’effigie du roi-législateur, tandis que le revers illustre des scènes liées à ses réformes religieuses ou à sa fondation des institutions romaines. Cette utilisation de l’image de Numa sur les monnaies révèle combien son souvenir restait politiquement actif plusieurs siècles après son règne supposé.
Les attributs associés à Numa dans l’iconographie antique et moderne reflètent son double rôle de roi pacifique et de grand prêtre. Ils se distinguent nettement des symboles guerriers d’un Romulus ou d’un Mars, insistant plutôt sur la piété, la sagesse et la médiation divine.
Ces attributs traversent toute la tradition iconographique liée à Numa, des monnaies républicaines aux illustrations des éditions humanistes de Plutarque à la Renaissance. Ils traduisent l’image d’un roi dont le pouvoir repose non sur les armes, mais sur la piété et le droit sacré.
Numa Pompilius est traditionnellement crédité de la création du Pontifex Maximus, du calendrier à douze mois, des collèges sacerdotaux (Fétiaux, Saliens, Vestales) et de la distinction entre dies fasti et dies nefasti. Son règne représente, dans la tradition romaine, la transition d’une communauté guerrière vers une société structurée par les lois et les rites.
Même si les historiens modernes reconnaissent le caractère largement mythologique de ces récits, ils soulignent leur rôle fondateur dans la construction de l’identité religieuse et civique romaine.
Numa est crédité de la création du poste de Pontifex Maximus, grand prêtre chargé de superviser les rites religieux et d’interpréter les volontés divines. Ce rôle devint central dans la politique romaine des siècles suivants, jusqu’à être repris par les empereurs eux-mêmes.
Il aurait également fondé plusieurs collèges sacerdotaux essentiels : les Fétiaux, responsables des relations internationales et des déclarations de guerre selon des rituels sacrés ; les Saliens, prêtres de Mars effectuant des danses rituelles armées ; et les Vestales, vierges consacrées au maintien du feu sacré de la déesse Vesta.
Sa relation avec la nymphe Égérie — qui lui transmettait des savoirs divins dans un bois sacré — place Numa dans une tradition de dirigeants inspirés par les dieux, comparable à Moïse recevant les tables de la Loi. Cette connexion divine servait à légitimer ses réformes et à ancrer la religion dans la vie publique romaine.
Avant Numa, le calendrier romain était fondé sur un cycle de 10 mois, commençant en mars. Numa y aurait ajouté Ianuarius et Februarius, créant un calendrier de 12 mois d’environ 355 jours, plus proche du cycle lunaire. Des mois intercalaires étaient parfois insérés pour corriger les décalages avec le cycle solaire.
Cette réforme structurait aussi le temps religieux : Numa attribua des significations sacrées aux jours, distinguant les dies fasti — jours propices aux affaires publiques et judiciaires — des dies nefasti — jours réservés aux rites et interdits aux activités civiles. Ce cadre temporel resta fondamental dans la vie romaine jusqu’à la réforme julienne de 46 av. J.-C.
Numa aurait divisé la population en guildes de métiers — corporations d’artisans, de musiciens, de tanneurs — favorisant la spécialisation et la cohésion sociale. Il organisa également les citoyens en tribus, jetant les bases des structures administratives et électorales qui traverseraient toute la République.
Sur le plan militaire, Numa est la figure inverse de Romulus : il évita les conflits armés durant tout son règne. Selon Plutarque, il ferma les portes du temple de Janus — symbole ouvert en temps de guerre — et les maintint fermées jusqu’à sa mort, une occurrence rarissime dans l’histoire romaine. Il utilisa la religion pour apaiser les tensions internes et consolider l’union entre Romains et Sabins.
Les historiens modernes — Mary Beard, Gary Forsythe — adoptent une approche critique envers les récits sur Numa. Le manque de preuves archéologiques pour cette période archaïque de Rome, la perte des premières annales et la distance de plusieurs siècles entre le règne supposé et les sources disponibles rendent la figure historique de Numa pratiquement inaccessible.
Les histoires de Numa servaient surtout de propagande romaine : glorifier les origines de Rome, justifier ses institutions religieuses et politiques, et lier le calendrier à une figure d’autorité divine renforçait l’idée d’une Rome éternelle et providentiellement organisée. Certaines réformes attribuées à Numa montrent par ailleurs des parallèles avec les cultures étrusque et grecque, suggérant des influences culturelles plus larges soigneusement réattribuées au roi sabino-romain.
Néanmoins, même fictif ou très embelli, le rôle de Numa dans la tradition reflète l’importance fondamentale accordée par les Romains à la religion et à l’ordre social dans leur identité collective. Son image influença la pensée politique jusqu’à la Renaissance, où Machiavel le citait comme exemple d’un dirigeant sage utilisant la religion pour gouverner.
Numa Pompilius reste une figure emblématique de l’histoire romaine, symbolisant la transition de Rome d’une communauté guerrière à une société structurée par des lois et des rites. Son image fut mobilisée à différentes époques : les magistrats républicains de la gens Pompeia revendiquaient une descendance de lui pour asseoir leur légitimité ; les empereurs reprirent son titre de Pontifex Maximus.
À la Renaissance, l’humanisme retrouva dans Numa le modèle du prince sage et pieux opposé au conquérant : Machiavel, dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, le présente comme celui qui comprit que la religion était l’instrument le plus puissant de gouvernement. Cette relecture fit de Numa une figure de la philosophie politique autant que de l’histoire ancienne.
Gens Pompeia — Monnaies à références sabines & royales
Contexte religieux — Institutions sacerdotales
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 18-21 — Récit du règne de Numa Pompilius, ses réformes et sa relation avec Égérie.
- Plutarque, Vies parallèles, Numa — Biographie comparée avec Lycurgue de Sparte ; source principale sur les institutions attribuées à Numa.
- Cicéron, De Re Publica, II, 14-27 — Analyse du règne de Numa dans le contexte des institutions républicaines.
- Ovide, Fastes, I — Traditions sur le calendrier romain et le rôle de Numa dans sa structuration.
- Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 60-76 — Récit grec des institutions religieuses fondées par Numa.
- Beard, M., SPQR : A History of Ancient Rome, Profile Books, Londres, 2015.
- Forsythe, G., A Critical History of Early Rome, University of California Press, 2005.
- Cornell, T.J., The Beginnings of Rome, Routledge, Londres, 1995.
- Machiavel, N., Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 11-15 — Analyse de Numa comme modèle de gouvernement par la religion.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- Wikimedia Commons — Iconographie de Numa Pompilius
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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