Octave puis Auguste
Caius Octavius Thurinus · 63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C. · Premier Princeps · Fondateur du Principat · Iconographie numismatique
Auguste — né Caius Octavius Thurinus le 23 septembre 63 av. J.-C. à Rome — est l’une des figures les plus déterminantes de l’histoire universelle. Neveu de Jules César, adopté par lui à titre posthume, il prit le nom de Caius Julius Caesar Octavianus à dix-neuf ans et entreprit de venger son père adoptif. En trente ans de manœuvres politiques et militaires d’une maîtrise sans égale, il mit fin à un siècle de guerres civiles, réforma l’État romain de fond en comble et fonda le Principat — ce régime hybride qu’il présenta comme une République restaurée mais qui était en réalité le premier Empire romain.
Ce qui rend Auguste exceptionnel parmi les conquérants et les hommes d’État, c’est sa capacité à transformer la victoire militaire en légitimité durable. Là où César avait semblé trop roi, Auguste sut jouer le rôle du premier citoyen (Princeps) tout en concentrant tous les pouvoirs réels. Son règne de quarante et un ans — le plus long de l’histoire impériale romaine — vit naître la Pax Romana, l’essor de Virgile, d’Horace et d’Ovide, la construction de l’Ara Pacis et du Forum d’Auguste. Quand il mourut à Nola le 19 août 14 ap. J.-C., il dit à son entourage qu’il avait trouvé Rome de brique et l’avait laissée de marbre.
« Il a bien joué la comédie de la vie. Applaudissez ! »
— Auguste sur son lit de mort, à ses amis — Suétone, Vie d’Auguste, 99 — les derniers mots d’un homme qui avait fait de sa vie une mise en scène politique
Ce buste exceptionnel — dit « Bevilacqua » du nom de la collection vénitienne qui le posséda avant son entrée à la Glyptothèque de Munich — représente Auguste portant la couronne civique (corona civica), une couronne de chêne symbolisant la grâce accordée à un citoyen romain qui avait sauvé la vie d’un concitoyen. Auguste reçut cet honneur du Sénat pour avoir, selon la propagande officielle, « sauvé la vie des citoyens romains » en mettant fin aux guerres civiles.
La confrontation de ce portrait avec les types monétaires est révélatrice. Les aureus d’Auguste montrent un profil juvénile, idéalisé, clairement inspiré des portraits d’Alexandre le Grand — une revendication de prestige universel. Ce buste traduit la même intention politique : un homme encore jeune (ou représenté tel), au regard déterminé, dont l’autorité transparaît dans la sérénité du visage plutôt que dans la puissance brute. C’est exactement le message du Principat.
L’Ara Pacis Augustae — l’Autel de la Paix Augustéenne — est peut-être le monument le plus éloquent du programme politique et artistique d’Auguste. Voté par le Sénat en 13 av. J.-C. pour commémorer le retour d’Auguste après ses campagnes en Hispanie et en Gaule, consacré en 9 av. J.-C., il combine en un seul monument la célébration de la paix, la légitimation dynastique et la propagande religieuse la plus sophistiquée de l’Antiquité.
Les reliefs des parois extérieures représentent la procession d’Auguste et de sa famille se rendant au sacrifice — une scène qui mêle délibérément le politique et le sacré, le père de la patrie (Pater Patriae) et le chef de famille, l’immortel et le mortel. Le panneau de Tellus (ou Italia) symbolise la prospérité et la fertilité sous la protection divine de la paix augustéenne. Ce monument résume mieux qu’aucun autre la méthode d’Auguste : transformer le pouvoir en liturgie.
L’aureus non référencé de la collection LesDioscures est remarquable par la qualité exceptionnelle de son portrait : les chercheurs s’accordent à voir dans la finesse du modelé la main d’un graveur oriental, probablement dans l’atelier d’Asie Mineure ou d’Alexandrie. Parmi les cinq matrices de portrait connues pour les aurei augustéens de ce type (Bahrfeldt, Calicó), celle utilisée ici est la plus attrayante. L’avers porte simplement CAESAR, le revers AVGVSTVS — les deux noms qui définissent le nouveau régime. La génisse marchante au revers est un symbole de la prospérité agricole et de la pax deorum retrouvée. Indice de rareté : 10+.
Références : Non référencé · Gens Julia · Atelier incertain (Orient probable) · Matière : Or · Indice de rareté : 10+
- Suétone, Vie d’Auguste — biographie détaillée, source la plus complète sur Auguste, ses habitudes, ses réformes et ses dernières paroles.
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLIV–LVI — récit chronologique et administratif des événements de 44 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.
- Velleius Paterculus, Histoire romaine, II — récit de première main par un contemporain d’Auguste, écrit sous Tibère.
- Tacite, Annales, I, 1–10 — bilan critique du règne d’Auguste dressé à sa mort ; Tacite décrit l’ambiguïté fondamentale du Principat.
- Virgile, Énéide ; Horace, Odes ; Ovide, Fastes — les trois poètes majeurs de l’âge augustéen, dont les œuvres furent étroitement liées à la propagande impériale.
- Auguste lui-même, Res Gestae Divi Augusti — autobiographie officielle rédigée par Auguste et gravée sur bronze après sa mort ; document fondamental pour comprendre l’image qu’il voulait laisser de lui-même.
- Syme, R., The Roman Revolution, Oxford University Press, 1939 — étude classique de la transition républicaine et du rôle d’Octave.
- Zanker, P., The Power of Images in the Age of Augustus, University of Michigan Press, 1988 — analyse des arts visuels et de la monnaie comme instruments de propagande augustéenne.
- Everitt, A., Augustus: The Life of Rome’s First Emperor, Random House, 2006 — biographie moderne accessible.
- Goldsworthy, A., Augustus: First Emperor of Rome, Yale University Press, 2014 — perspective militaire et politique.
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