Pan
Dieu des bergers, des troupeaux & de la panique · Syrinx · Fils d'Hermès · Arcadie · Iconographie numismatique
Pan est l'une des figures les plus singulières de la mythologie grecque. Dieu de l'Arcadie, région montagneuse et pastorale du Péloponnèse, il n'appartient pas au cercle des Olympiens : c'est un dieu des pâturages, des grottes et des montagnes. Mi-homme, mi-bouc, fils d'Hermès selon l'Hymne homérique qui lui est consacré, il incarne la nature sauvage dans ce qu'elle a de plus primitif : les forêts profondes, les antres obscurs, le bruit soudain qui glace le sang au milieu du silence de midi.
Son nom a donné aux langues européennes le mot panique (grec panikon deima, « la terreur venue de Pan ») — cette peur irraisonnée, sans cause visible, qui saisit les voyageurs isolés ou les armées. Mais Pan est aussi l'inventeur de la syrinx, la flûte de roseaux née de son amour malheureux pour la nymphe Syrinx. Cette dualité — effroi et mélodie, laideur et grâce — explique la fortune du dieu, de l'Antiquité à la culture moderne.
À Rome, Pan est assimilé à Faunus et lié aux Lupercalia. Il apparaît sur plusieurs monnaies de la République, notamment chez les Vibii Pansae, dont le cognomen Pansa évoque le nom du dieu.
« Thamous, lorsque tu seras à la hauteur de Palodès, annonce que le grand Pan est mort. »
— Plutarque, Sur la disparition des oracles, 17 (419 C) · trad. LesDioscures — la voix venue de l'île de Paxos, sous le règne de Tibère

Ces deux statues de marbre, dites « satyres della Valle » d'après la collection romaine de la famille Della Valle qui les posséda à la Renaissance, montrent Pan sous ses traits classiques : barbe épaisse, oreilles pointues, cornes, visage mêlant l'humain et l'animal. Elles servaient de télamons, c'est-à-dire de supports architecturaux masculins, la corbeille de fruits posée sur la tête portant l'entablement.
Elles proviendraient des abords du théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars. Leur présence dans un décor de spectacle est cohérente : Pan, compagnon du thiase de Dionysos, appartient au répertoire décoratif des théâtres. Le visage barbu et ridé de ces statues est très proche du masque de Pan que l'on retrouve sur les deniers des Vibii (voir plus bas).


Ce groupe représente Pan enseignant le jeu de la syrinx au jeune berger Daphnis. Il est connu par plusieurs copies romaines en marbre, dont la plus célèbre est conservée au Musée archéologique national de Naples (ancienne collection Farnèse) ; une autre réplique est exposée à Rome, au Palazzo Altemps (Musée national romain).
Daphnis n'est pas arcadien mais sicilien : fils d'Hermès selon Diodore de Sicile (IV, 84), il passe pour l'inventeur du chant bucolique, et Théocrite chante sa mort dans la première Idylle. La scène montre le versant bienveillant du dieu — Pan initiateur, transmettant la musique pastorale aux bergers.

Pan est surtout honoré dans des lieux naturels — grottes, sources, sommets — plutôt que dans de grands temples. Il eut pourtant un sanctuaire important sur le mont Lycée, en Arcadie (Pausanias, VIII, 38, 5). Après Marathon, les Athéniens, à qui le dieu était apparu par l'intermédiaire du coureur Philippidès, lui consacrèrent une grotte sous l'Acropole, sur son versant nord, avec sacrifices annuels et course aux flambeaux (Hérodote, VI, 105).
Chez Ovide, c'est Mercure qui raconte l'histoire pour endormir Argus. Syrinx est une hamadryade de Nonacris, en Arcadie, vouée comme Diane à la chasse et à la virginité. Pan la poursuit jusqu'aux rives sablonneuses du fleuve Ladon ; arrêtée par les eaux, elle implore ses sœurs les nymphes de la changer de forme. Au moment où le dieu croit la saisir, il n'étreint que des roseaux.

Le souffle de Pan, passant dans les tiges, produit un son plaintif. Charmé, il assemble avec de la cire des roseaux de longueurs inégales et donne à l'instrument le nom de la nymphe. Le mythe illustre un paradoxe propre au dieu : le désir déçu transformé en création musicale.
Selon la tradition rapportée par Tite-Live (I, 5, 1-2), l'Arcadien Évandre, installé sur le Palatin bien avant la fondation de Rome, y introduisit le culte de Pan Lycéen et la fête des Lupercalia, où de jeunes gens couraient nus ; les Romains appelèrent ensuite ce dieu Inuus. Ovide, dans les Fastes (II), relie de même les Luperques au Pan arcadien.
Le dieu latin Faunus, protecteur des troupeaux et dieu prophétique des bois, fut de bonne heure identifié à Pan. C'est cette figure hellénisée que les monétaires de la fin de la République choisissent de représenter, presque toujours sous la forme d'un masque barbu de profil, à l'image des masques de théâtre et des oscilla suspendus dans les jardins.
Le cognomen Pansa désigne en latin celui qui a les pieds larges ou écartés. Sa ressemblance avec le nom de Pan explique le choix du masque du dieu par deux générations de Vibii Pansae : C. Vibius C. f. Pansa en 90 av. J.-C., puis son fils adoptif C. Vibius C. f. C. n. Pansa Caetronianus en 48 av. J.-C. C'est un exemple classique de type parlant, comme la fleur de Florus ou le marteau des Malleoli.
Le masque de Pan apparaît aussi sur un quadrans de Q. Titius (90 av. J.-C.) et sur un sesterce d'argent de T. Carisius (46 av. J.-C.).


En 90 av. J.-C., au début de la Guerre sociale, C. Vibius Pansa frappe un abondant monnayage. Deux de ses types de deniers associent les masques barbus de Silène et de Pan, chacun sur une face, accompagnés de marques de contrôle : Silène au droit et Pan au revers pour RRC 342/1, l'inverse pour RRC 342/2. Les légendes répartissent le cognomen PANSA et la filiation C·VIBIVS·C·F.
Le choix de deux figures du thiase dionysiaque, plutôt que d'une divinité civique, est inhabituel dans le monnayage romain de cette époque ; il s'explique avant tout par le jeu sur le nom Pansa.

La même année, le monétaire Q. Titius émet une série de bronzes au type inhabituel. Son quadrans porte au droit le masque de Silène barbu, couronné de lierre, et au revers le masque de Pan, avec la légende Q·TITI. On retrouve ici le couple Silène / Pan des deniers de C. Vibius Pansa, signe d'une thématique dionysiaque commune aux émissions de 90 av. J.-C. (le denier RRC 341/2 de Titius montre Liber couronné de lierre).

Fils adoptif du monétaire de 90, C. Vibius Pansa Caetronianus reprend le masque de Pan de son père. Césarien, il sera consul en 43 av. J.-C. et mourra des blessures reçues à Forum Gallorum, dans la guerre de Modène contre Antoine. Le revers est commenté sur la page Jupiter.

Ce denier réunit sur une même pièce deux monétaires du collège de 48 av. J.-C. : C. Vibius Pansa, dont le masque de Pan occupe le droit, et D. Iunius Brutus Albinus, fils naturel de D. Iunius Brutus (consul en 77) et adopté par un Postumius Albinus — d'où la légende Albinus Bruti f(ilius), « Albinus fils de Brutus ». Chacun a par ailleurs frappé ses propres types (Albinus : RRC 450).
Les mains jointes et le caducée expriment la concorde. Le message s'éclaire par le contexte : en 48, les deux hommes sont des partisans de César, au lendemain du début de la guerre civile. Cinq ans plus tard, ils combattront encore côte à côte contre Antoine à Modène, où Pansa trouvera la mort ; Albinus, l'un des meurtriers de César, sera tué la même année.

Parmi les petites dénominations d'argent frappées par T. Carisius en 46 av. J.-C., le sesterce RRC 464/7 associe le masque barbu de Pan à une panthère tenant un thyrse — deux emblèmes dionysiaques. Ces minuscules pièces, d'environ un gramme et d'une dizaine de millimètres, sont très rares.
Dans le dialogue Sur la disparition des oracles, Plutarque rapporte le récit d'Épitherse : un navire faisant route de la Grèce vers l'Italie se trouvait près des îles Échinades quand le vent tomba. Une voix venue de l'île de Paxos appela par trois fois le pilote, un Égyptien nommé Thamous, et lui ordonna d'annoncer à Palodès que « le grand Pan est mort ». Arrivé au large de Palodès, Thamous cria le message depuis la poupe ; aussitôt s'éleva une grande lamentation, mêlée de cris d'étonnement. Tibère, informé, aurait fait mener une enquête.
Plutarque, prêtre de Delphes, y voyait un indice de la mortalité des démons qui animaient les oracles. Eusèbe de Césarée (Préparation évangélique, V, 17) reprit le récit pour y lire la défaite des démons païens au temps du Christ. Rabelais (Quart Livre, chap. 28) alla plus loin en identifiant le « grand Pan » au Christ lui-même. Cette relecture a fait de la mort de Pan le symbole de la fin du monde païen.

Peint pour le cardinal de Richelieu, ce tableau montre une bacchanale de nymphes, satyres et ménades autour d'un terme de Pan couronné de fleurs. Masques de théâtre, syrinx et houlette sont posés au premier plan : Poussin reprend, à partir des sarcophages et des reliefs antiques, le vocabulaire dionysiaque que l'on retrouve sur les monnaies des Vibii et de Q. Titius.
1219VI · RRC 342/1
Denier Vibia · C. Vibius Pansa
Masque de Silène / Masque de Pan. Rome, 90 av. J.-C.
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1220VI · RRC 342/2
Denier Vibia · C. Vibius Pansa
Masque de Pan / Masque de Silène. Rome, 90 av. J.-C.
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1218TI · RRC 341/7
Quadrans Titia · Q. Titius
Masque de Silène / Masque de Pan (Q·TITI). Rome, 90 av. J.-C.
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1434VI · RRC 449/1
Denier Vibia · Pansa Caetronianus
Masque de Pan (PANSA) / Jupiter Axurus assis. Rome, 48 av. J.-C.
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1442VI · RRC 451/1
Denier Vibia · Pansa & Albinus
Masque de Pan (C·PANSA) / Mains jointes tenant un caducée ailé (ALBINVS·BRVTI·F). Rome, 48 av. J.-C.
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1481CA · RRC 464/7
Sesterce Carisia · T. Carisius
Masque de Pan / Panthère tenant un thyrse. Rome, 46 av. J.-C.
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- Hymne homérique à Pan (XIX) — naissance du dieu, fils d'Hermès et de la fille de Dryops ; sa venue sur l'Olympe.
- Hérodote, Histoires, VI, 105 — apparition de Pan à Philippidès ; sanctuaire fondé sous l'Acropole après Marathon.
- Pindare, Pythiques, III, 77-79 — culte rendu à la Mère et à Pan près de la demeure du poète.
- Théocrite, Idylles, I — la mort de Daphnis ; Pan dans la poésie bucolique.
- Diodore de Sicile, IV, 84 — Daphnis, fils d'Hermès, inventeur du chant bucolique.
- Tite-Live, I, 5, 1-2 — Évandre, Pan Lycéen (Inuus) et l'institution des Lupercales.
- Ovide, Métamorphoses, I, 689-712 — Pan et Syrinx ; Fastes, II — Faunus et les Luperques.
- Plutarque, Sur la disparition des oracles, 17 (419 B-E) — la mort du grand Pan.
- Pausanias, Description de la Grèce, VIII, 38, 5 — sanctuaire de Pan sur le mont Lycée.
- Eusèbe de Césarée, Préparation évangélique, V, 17 — relecture chrétienne du récit de Plutarque.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 341/7, 342/1-2, 449/1, 451/1, 464/7.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — familles Vibia, Titia, Carisia.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — RRC 451/1 = CRR 944.
- Sear, D.R., The History and Coinage of the Roman Imperators 49-27 BC, Londres, 1998 — RRC 451/1 = CRI 28.
- Ghey, E., Leins, I., Crawford, M.H., A catalogue of the Roman Republican Coins in the British Museum, 2010.
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