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Pan · Dieu des forêts, de la panique et de la syrinx · Iconographie numismatique · LesDioscures

Pan

Dieu des bergers, des forêts & de la panique · Syrinx · Fils d’Hermès · Arcadie · Iconographie numismatique

Origine Arcadie · Grèce
Filiation Fils d’Hermès & d’une nymphe
Attributs Syrinx · Cornes · Sabots · Thyrse
Équivalent romain Faunus · Silvain
Monnaie RRC 451/1 · Denier Vibia

Pan est l’une des figures les plus singulières de la mythologie grecque — et l’une des plus insaisissables. Dieu de l’Arcadie, cette région montagneuse et pastorale du Péloponnèse, il n’appartient ni au monde des dieux olympiens ni tout à fait à celui des mortels. Mi-homme, mi-chèvre, né d’Hermès et d’une nymphe, il incarne l’état sauvage de la nature dans ce qu’il a de plus primitif : les forêts profondes, les grottes obscures, le fracas soudain qui glace le sang au milieu du silence.

Son nom a donné au vocabulaire de toutes les langues européennes le mot panique — cette terreur irrationnelle, sans cause visible, qui saisit les voyageurs égarés ou les armées surprises. Mais Pan est aussi le créateur de la syrinx (la flûte de Pan), né de son amour impossiple pour la nymphe Syrinx transformée en roseaux. Cette dualité — terreur et mélodie, laideur et beauté — en fait un dieu d’une profondeur philosophique qui a fasciné les Anciens et continue d’irriguer la culture moderne.

« Les marins entendirent une voix appeler depuis le rivage : « Quand tu arriveras à Palodès, annonce que le grand Pan est mort. » »

— Plutarque, De la cessation des oracles, 17 — l’énigmatique annonce de la mort de Pan sous le règne de Tibère, qui fascina les premiers chrétiens
✦ Représentations remarquables
R1 Pan — « Satyre della Valle » · Télamone hellénistique Fin de l’époque hellénistique · Découvert près du théâtre de Pompée, Champ de Mars, Rome
Pan dit 'Satyre della Valle', haut-relief hellénistique (télamone), découvert près du théâtre de Pompée, Champ de Mars, Rome
Pan dit « Satyre della Valle » · Télamone hellénistique · Théâtre de Pompée, Rome · CC BY-SA

Ce haut-relief, dit « satyre della Valle » du nom de la collection romaine qui le posséda avant son identification, représente Pan dans son iconographie la plus classique : un être barbu, aux oreilles pointues, aux traits animaux mêlés de traits humains, dans la tradition des satyres et des silènes du cortège dionysiaque. Le terme « télamone » désigne une figure architecturale masculine servant de support — ces représentations de Pan-satyre servaient fréquemment d’éléments décoratifs dans les édifices publics romains.

La découverte de cette pièce près du théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars, n’est pas anodine : le théâtre de Pompée était associé à des sanctuaires de divinités rustiques et dionysiaques, et la présence de Pan dans ce contexte reflète son association avec les spectacles, les fêtes et l’instinct primal que le théâtre mettait en scène. Sur les monnaies républicaines, le masque barbu de Pan (type similaire à celui du denier RRC 451/1) est directement inspiré de ce type statuaire.

R2 Pan et Daphnis — Groupe sculpté de la Collection Torlonia Époque romaine (Ier–IIe s. ap. J.-C.) · Marbre · Galerie Torlonia, Rome
Pan et Daphnis, groupe sculpté en marbre, époque romaine, Galerie Torlonia, Rome
Pan et Daphnis · Marbre · Époque romaine · Galerie Torlonia, Rome · CC BY-SA

Ce groupe sculpté représente l’une des scènes les plus tendres de la mythologie de Pan : le dieu enseignant à Daphnis le jeu de la syrinx. Daphnis est le berger arcadien légendaire, inventeur de la poésie pastorale dans la tradition grecque — fils d’Hermès, lui aussi, et donc demi-frère de Pan selon certaines versions. La scène d’apprentissage de la flûte exprime le versant bienveillant du dieu : Pan comme initiateur, transmettant les arts musicaux de la nature aux bergers qui lui sont chers.

La confrontation entre Pan et Daphnis est un sujet fréquent dans la sculpture hellénistique et romaine, car elle illustre la relation entre l’instinct sauvage (Pan) et sa domestication artistique (la poésie pastorale). C’est cette même dualité que le denier Vibia (RRC 451/1) exprime à travers le masque de Pan : les traits grossiers d’une divinité archaïque portant en lui la source de toute musique rustique, celle qui précède la lyre d’Apollon et lui survit dans les pâturages de l’Arcadie.

✦ Nature, attributs & culte
01 Pan — Le dieu sauvage et ses multiples facettes Mythologie grecque · Arcadie · Hymnologie homérique
🎵 La syrinx La flûte de Pan, née de la transformation de la nymphe Syrinx en roseaux. Pan en coupa des tiges et les assembla — son deuil transmuté en musique. Instrument des bergers et des fêtes rustiques.
😱 La panique Pan peut déclencher une terreur irrationnelle chez les voyageurs ou les armées. Il aurait semé la panique chez les Perses à Marathon. Son cri dans la nuit — pan — donna son nom au phénomène.
🐐 Apparence hybride Cornes de chèvre, sabots, jambes velues et queue — mais torse et visage humains, barbus. Sa mère, horrifiée à sa naissance, l’aurait abandonné. Hermès, amusé, l’emmena à l’Olympe où les dieux le fêtèrent.
🌿 Protecteur des bergers Veille sur les troupeaux et les pâturages. On lui offre du lait, du miel, du fromage. Ses sanctuaires sont des grottes naturelles ou des autels en plein air dans les lieux isolés d’Arcadie.
🍇 Cortège de Dionysos Pan est associé aux satyres et au cortège de Dionysos. Il partage avec lui l’amour des fêtes, du vin et de la débauche rustique — l’instinct primal contre la raison apollinienne.

Ce qui distingue Pan de tous les dieux olympiens, c’est son absence de temple fixe et son omniprésence dans les espaces naturels. Les Athéniens lui érigèrent une grotte sur l’Acropole après Marathon, mais ses sanctuaires étaient généralement des lieux naturels — grottes, sources, carrefours de forêts. Cette marginalité en fait le symbole de tout ce qui échappe à la civilisation urbaine : la liberté sauvage, l’instinct non domestiqué, la beauté brute du monde avant la polis.

02 La poursuite de Syrinx — Le mythe fondateur Ovide, Métamorphoses, I, 689–712

Le plus célèbre des mythes de Pan est celui de sa poursuite de la nymphe Syrinx, fille du dieu-fleuve Ladon. Pan, épris d’elle, la poursuit jusqu’aux rives de son père. Syrinx implore les dieux de la sauver — et, au moment précis où Pan l’attrape, il se retrouve avec entre les mains une touffe de roseaux. Pan, d’abord consternation, entend le vent passer entre les roseaux et produire un son mélancolique. Ému, il coupe les tiges en morceaux de longueurs différentes et les assemble à l’aide de cire — créant ainsi la syrinx, qu’il joue désormais en souvenir de la nymphe perdue.

Ce mythe, développé par Ovide avec une subtilité narrative remarquable, illustre le paradoxe fondamental de Pan : le désir insatisfait transformé en création artistique. La douleur de n’avoir pu posséder Syrinx devient l’instrument qui la perpétue dans la mémoire du dieu — et dans la musique de tous les bergers d’Arcadie. C’est une leçon sur la sublimation qui n’a rien à envier aux théories modernes.

✦ Le denier Vibia RRC 451/1 — Le masque de Pan & le caducée
🎭 RRC 451/1 — Un masque de Pan comme emblème familial

Le denier Vibia RRC 451/1 (90 av. J.-C.) frappe à l’avers le masque barbu de Pan — type iconographique hérité de la sculpture grecque, où le masque de Silène/Pan était utilisé comme ornement apotropaïque (protecteur contre le mauvais œil). La légende C. PANSA est un jeu de mot : le cognomen Pansa (pied-plat) évoque phonétiquement Pan, et le masque du dieu cornu illustre ainsi le nom de famille du monétaire. C’est l’un des exemples les plus élégants de la propagande familiale par l’image dans la numismatique républicaine. Au revers, deux mains jointes tenant un caducée ailé — symbole de concorde et d’accord sous la protection d’Hermès, père de Pan.

03 Denier Vibia · C. Vibius Pansa · Masque de Pan / Caducée 90 av. J.-C. · Atelier de Rome · Gens Vibia
🎭 Masque barbu de Pan · Jeu de mot Pansa/Pan · Caducée ailé
Denier Vibia RRC 451/1 — Masque barbu de Pan à droite (C. PANSA) / Deux mains jointes tenant un caducée ailé (ALBINVS BRVTI F)
RRC 451/1 · Argent · 4,1 g · BnF · Rome · 90 av. J.-C.
🏛 Légendes & description
Avers C · PANSA Masque barbu de Pan à droite. Le jeu de mot Pansa / Pan est délibéré : le cognomen du monétaire (C. Vibius Pansa) se lit dans l’image. Le masque de Pan est un type apotropaïque classique, protecteur contre le mauvais œil — présent dans les maisons, les jardins et les théâtres romains.
Revers ALBINVS BRVTI F Deux mains jointes (dextrarum iunctio) tenant un caducée ailé. Légende : Albinus Bruti Filius — Albinus fils de Brutus. Le caducée, attribut d’Hermès (père de Pan), symbolise ici la concorde et l’accord politique. La présence de deux noms sur une même monnaie indique probablement une association temporaire de deux monétaires.

Ce denier est frappé en 90 av. J.-C., l’année de la Guerre des Alliés (Guerra Sociale), quand Rome affronte les peuples italiques révoltés. L’appel à la concorde symbolisé par les mains jointes et le caducée reflète peut-être un désir de paix — ou simplement le programme iconographique familial des Vibii, gens dont le cognomen Pansa (pied-plat) permettait le jeu de mot visuel avec Pan. L’association avec Albinus fils de Brutus reste difficile à élucider précisément.

Références : RRC 451/1 · B. (Vibia) · Syd. 774 · Atelier : Rome · Matière : Argent

04 « Le grand Pan est mort » — La légende de Tibère Sous le règne de Tibère · Plutarque, De la cessation des oracles, 17

L’un des épisodes les plus célèbres et les plus mystérieux liés à Pan est rapporté par Plutarque dans son dialogue De la cessation des oracles. Un pilote de navire nommé Thamous, faisant route vers l’Italie sous le règne de Tibère, entendit une voix sortir du rivage lui enjoindre de proclamer à Palodès que « le grand Pan est mort ». À son arrivée, il obéit — et un grand cri de deuil s’éleva depuis la terre.

Les premiers chrétiens interprétèrent cet épisode comme l’annonce symbolique de la fin du paganisme — la mort des anciens dieux au moment de la naissance du Christ. Eusèbe de Césarée et Origène citèrent cette histoire comme preuve que les démons qui animaient les oracles avaient perdu leur pouvoir avec l’avènement du christianisme. Cette réinterprétation fit de Pan le dernier des grands dieux grecs — celui dont la mort symbolise la fin d’un monde. L’histoire est probablement apocryphe, mais sa force symbolique explique sa longue postérité dans la culture européenne.

✦ Fiches numismatiques liées
📚Notes & Références
  • Hymne homérique à Pan (XIX) — description la plus ancienne du dieu, de sa naissance, de sa nature et de son rôle parmi les dieux.
  • Ovide, Métamorphoses, I, 689–712 — récit de la poursuite de Syrinx et de la création de la flûte de Pan, version latine la plus développée.
  • Plutarque, De la cessation des oracles, 17 — l’épisode du pilote Thamous et l’annonce de la mort de Pan.
  • Théocrite, Idylles — Pan dans la poésie bucolique grecque, patron des bergers et de la musique pastorale.
  • Hérodote, Histoires, VI, 105 — Pan aide les Athéniens à Marathon ; construction d’un sanctuaire à Pan sur l’Acropole après la victoire.
  • Pindare, Pythiques, III — mention de Pan comme dieu de l’Arcadie et des montagnes.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 451/1 ; notice sur le denier Vibia et le jeu de mot Pansa/Pan.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — (Vibia) ; explication iconographique du masque de Pan comme emblème familial des Vibii.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres — Syd. 774.
Article rédigé par Christopher Mérat
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