Pégase
Cheval ailé divin · Fils de Poséidon & Méduse · Bellérophon · Source Hippocrène · Iconographie numéralement
Pégase — Pegasus en latin, Pêgasos en grec — est l’une des créatures fantastiques les plus célèbres de la mythologie grecque et de loin la plus fascinante : un cheval ailé, blanc comme la neige, né dans la violence d’une décapitation, et destiné à porter les héros vers des exploits impossibles et les dieux vers l’Olympe. Son nom dérive probablement du grec pêgê (« source »), en référence à son pouvoir de faire jaillir des fontaines sacrées d’un coup de sabot — dont la célèbre Hippocrène, source des Muses sur le mont Hélicon, matrice de toute inspiration poétique.
Fils de Poséidon (dieu des mers et des chevaux) et de la Gorgone Méduse, Pégase naît avec son frère Chrysaor du sang qui s’écoule du cou de Méduse décapitée par Persée. Ce double paradoxe — beauté née de la laideur, grâce jaillie de la violence — donne au cheval ailé sa profondeur symbolique. Sur les deniers républicains, sa silhouette en plein vol est l’un des types iconographiques les plus reconnaissables, liant la noblesse chevaline romaine au prestige de la mythologie grecque.
« Pégase, frappant le mont Hélicon d’un coup de sabot, en fit jaillir la source Hippocrène — fontaine sacrée où les Muses viennent s’abreuver et d’où naît toute poésie. »
— D’après Hésiode, Théogonie, v. 280–286 & la tradition poétique grec-romaine
Cette mosaïque de galets, datée des années 300–270 av. J.-C. et découverte dans le sud de l’île de Rhodes, est l’une des représentations les plus anciennes et les plus vivantes du mythe de Bellérophon et Pégase. Le héros, monté sur le cheval ailé, s’élance pour frapper la Chimère — ce monstre hybride (tête de lion, corps de chèvre, queue de serpent crachant du feu) qui ravageait la Lycie. La technique des galets de couleur (kieselmosaik) donne aux figures un modelé et une expressivité remarquables pour leur époque.
Ce type de représentation est directement lié à l’iconographie des deniers républicains qui montrent Pégase au revers. Le monétaire Lucius Cossutius Sabula (RRC 395/1, ~74 av. J.-C.) choisit précisément cette scène — Bellérophon chevauchant Pégase — en contrepoint à la tête de Méduse à l’avers : la mère et le cheval divin qui en est né, réunis sur la même pièce dans un dialogue iconographique d’une cohérence parfaite.
Cette mosaïque de galets d’Olynthe — cité de Macédoine orientale détruite par Philippe II de Macédoine en 348 av. J.-C. — est l’une des plus anciennes représentations de Pégase avec Bellérophon dans l’art grec. Elle utilise la technique archaïque du kieselmosaik (mosaïque de petits galets naturels de couleurs différentes) qui précède l’invention des tesserae taillées. La sobriété de l’exécution — silhouette du cheval ailé se détachant nettement sur le fond clair — illustre parfaitement l’iconographie fondamentale de Pégase : l’animal en plein vol, ailes déployées, portant son cavalier vers un exploit impossible.
La mise en regard des deux mosaïques illustre l’évolution de l’art grec sur un siècle : la composition géométrique et schématique d’Olynthe (IVe s.) contraste avec la vivacité narrative et le réalisme anatomique de la mosaïque de Rhodes (IIIe s.). C’est dans ce même arc chronologique que la figure de Pégase se diffuse dans la culture romaine, des peintures étrusques jusqu’aux deniers républicains de la fin du IIe siècle.
Le mythe de Pégase et Bellérophon est l’un des plus riches de la mythologie grecque — un récit d’alliance entre l’homme et le divin, de gloire extraordinaire, puis d’hybris fatale. Il préfigure de nombreuses grandes épopées : la chevauchée héroïque (Pégase comme ancêtre symbolique de tous les destriers légendaires), la lutte contre le monstre composite (Chimère, préfiguration du Dragon), et la punition de l’orgueil qui croit pouvoir égaler les dieux. Sur les monnaies républicaines romaines, c’est la dimension héroïque et noble qui est retenue — Pégase en vol symbolise la virtus, la valeur guerrière, et le prestige de la culture grecque adoptée par Rome.
La culture étrusque adopta très tôt Pégase dans son bestiaire fantastique, probablement par contact direct avec les cités grecques de Grande-Grèce. Des représentations de chevaux ailés apparaissent sur les céramiques et les miroirs étrusques dès le VIe siècle av. J.-C. — parfois associés à l’idée de transport de l’âme des héros vers l’au-delà, une interprétation funèbre qui enrichit considérablement le symbolisme originel du mythe grec.
Pour les Romains, Pégase concentre plusieurs valeurs fondamentales : la noblesse du cheval (animal de guerre et de prestige), le prestige de la culture grecque (le cheval ailé comme signe de raffinement hellénistique), et la virtus héroïque (Bellérophon tuant la Chimère comme modèle de bravoure). Sur les deniers républicains, son image ne représente jamais simplement une créature mythologique — elle est toujours le reflet d’une ambition familiale ou d’une revendication de prestige de la part du monétaire qui l’a choisie.
Deux deniers républicains utilisent Pégase de manière particulièrement significative. Le denier Cossutia (RRC 395/1) constitue un programme iconographique d’une cohérence exemplaire : tête de Méduse à l’avers (la mère) / Bellérophon chevauchant Pégase à gauche au revers (le fils portant un héros). Le monétaire Lucius Cossutius Sabula, dont la gens est d’origine équestre, choisit une iconographie délibérément philhellène — la Méduse et Pégase étant un duo culturellement grec par excellence. Le denier Titia (RRC 341/1) montre quant à lui Pégase au revers associé à une tête à diadème ailé, dans une émission qui comprend également un quinaire et plusieurs bronzes.
La gens Cossutia était de rang équestre — ordre des chevaliers romains dont le cheval était précisément le symbole de statut. L’historien H. Grueber suggère que l’association Méduse/Bellérophon-Pégase pourrait être liée à la tradition de la cité de Corinthe, dont la légende fondatrice implique Bellérophon et qui était la patrie d’élection de Pégase dans la tradition grecque. Cette hypothèse d’une origine corinthienne ou de connexions commerciales avec Corinthe pour la gens Cossutia expliquerait l’attachement particulier de ce monétaire à cette iconographie.
Références : RRC 395/1 · B. (Cossutia) · Syd. 785 · Atelier : Rome · Matière : Argent · Indice de rareté : 6
- Hésiode, Théogonie, v. 280–286 — naissance de Pégase et Chrysaor du sang de Méduse décapitée par Persée.
- Pindare, Olympique XIII — récit de Bellérophon capturant Pégase grâce à la bride d’or donnée par Athéna, et tuant la Chimère.
- Homère, Iliade, VI, 179–183 — mention de Bellérophon et de la Chimère ; le contexte de la victoire de Bellérophon en Lycie.
- Ovide, Métamorphoses, IV, 786–803 — naissance de Pégase ; V, 256–268 — Pégase et la source Hippocrène sur l’Hélicon.
- Ovide, Fastes, III, 449–458 — Pégase faisant jaillir l’Hippocrène, fontaine des Muses, source de l’inspiration poétique.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 395/1 (Cossutia) et RRC 341/1 (Titia) ; iconographie de Pégase dans la numéralement républicaine.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — (Cossutia) ; analyse de l’origine équestre de la gens et du choix iconographique Méduse/Pégase.
- Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, vol. I-III, 1910 — notice sur le denier Cossutia et la connexion possible avec Corinthe.
- Limc’s Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae — volume « Bellerophon » et « Pegasos » : corpus complet des représentations antiques.
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