Pénates
Dieux gardiens du foyer · Di Penates · Penus · Pénates publics · Lavinium & Troie · Iconographie numismatique
Les Pénates — Di Penates — sont parmi les divinités les plus anciennes et les plus intimement romaines. Leur nom se rattache au latin penus : la réserve de nourriture, la partie la plus intérieure de la demeure, là où sont gardées les provisions qui assurent la survie de la famille. Cicéron rapproche aussi leur nom de penitus, « au plus profond » : ce sont les dieux qui « résident à l'intérieur » (De natura deorum, II, 68). Gardiens de la prospérité quotidienne et de la continuité de la lignée, ils sont liés à la famille plus qu'au lieu : quand elle part, elle emporte ses Pénates.
À côté de ces Pénates domestiques, l'État romain avait les siens, les Penates Publici, conservés dans le sanctuaire de Vesta et honorés dans un temple de la Vélia. La légende d'Énée — qui sauva les Pénates de Troie en flammes pour les établir à Lavinium — donna à ces dieux du foyer une dimension nationale : ce sont, pour les Romains, les dieux mêmes de leurs origines. Sur les deniers républicains, leurs têtes accolées, accompagnées des légendes P·P, D·P·P ou DEI PENATES, comptent parmi les types les plus chargés de sens du monnayage romain.
« Troie te confie ses objets sacrés et ses Pénates : prends-les pour compagnons de ta destinée, cherche pour eux les grandes murailles que tu fonderas enfin, après avoir erré sur la mer. »
Sacra suosque tibi commendat Troia penatis ; hos cape fatorum comites, his moenia quaere magna, pererrato statues quae denique ponto.
— Virgile, Énéide, II, 293–295 — l'ombre d'Hector à Énée, la nuit de la chute de Troie (trad. LesDioscures)

Cette peinture, l'une des plus célèbres du culte domestique romain, orne le lararium de la Maison des Vettii à Pompéi — la demeure de deux riches affranchis, Aulus Vettius Restitutus et Aulus Vettius Conviva. Au centre, le Genius du paterfamilias, en toge, la tête voilée comme un sacrifiant, tient une patère et un coffret à encens ; il est encadré de deux Lares dansants qui lèvent une corne à boire. En dessous, le serpent protecteur de la maison s'avance vers l'autel chargé d'offrandes.
Les Pénates n'y sont pas figurés : le laraire montre l'ensemble des puissances du foyer dont ils faisaient partie. C'est dans ce cadre que se pratiquait leur culte quotidien — une part du repas jetée au feu, du vin, de l'encens — et que des statuettes de divinités choisies par la famille pouvaient être déposées.
Sur la façade de l'autel de la Paix d'Auguste, un homme barbu, la tête voilée, sacrifie devant un autel rustique ; deux jeunes assistants amènent une truie. En haut à gauche, sur un rocher, s'élève un petit temple où apparaissent deux divinités assises : les Pénates, exactement comme Denys d'Halicarnasse décrit leurs statues du sanctuaire de la Vélia — deux jeunes gens assis, tenant une lance (Antiquités romaines, I, 68).
L'identification traditionnelle du sacrifiant avec Énée, arrivé dans le Latium et immolant la truie du prodige, est discutée : P. Rehak (2001) y a proposé Numa, le roi législateur des cultes. Dans un cas comme dans l'autre, le relief associe les Pénates aux origines sacrées de Rome — et à Auguste, devenu grand pontife en 12 av. J.-C., qui avait désormais la garde des objets sacrés du sanctuaire de Vesta. Voir aussi la page Énée.

Les Pénates n'avaient pas d'image propre : chaque famille les honorait sous la forme de petites statuettes de bronze ou de terre cuite, déposées au laraire, choisies parmi les dieux qu'elle vénérait. Comme le résume Georges Dumézil, le titre de Pénate n'était plus qu'une fonction ouverte aux candidats les plus divers, jusqu'aux plus grands dieux — Jupiter, Vénus, Fortuna. C'est pourquoi les musées désignent volontiers comme « Pénates » des statuettes domestiques de divinités variées.
De telles figurines se retrouvent dans toutes les provinces, de la Gaule à l'Orient : partout où des Romains s'installaient, ils emportaient leurs Pénates — comme Énée l'avait fait de Troie. L'expression française regagner ses pénates, « rentrer chez soi », garde le souvenir de ces dieux du foyer.
La singularité des Pénates tient à leur identité flottante : les Anciens eux-mêmes ne s'accordaient pas sur qui ils étaient. Macrobe (Saturnales, III, 4) rapporte plusieurs doctrines : pour Nigidius Figulus et Varron, les Pénates seraient Jupiter, Junon et Minerve ; Cornelius Labeo se demandait s'il ne s'agissait pas de Neptune et d'Apollon, les bâtisseurs des murs de Troie ; Varron lui-même en donne une lecture philosophique — les dieux par qui nous respirons penitus, au plus profond de nous. Ce flou n'est pas une lacune : il reflète une religion où les Pénates désignent d'abord une fonction protectrice, que chaque famille, et la cité elle-même, pouvait confier aux dieux de son choix.

La légende troyenne des Pénates est l'un des mythes fondateurs de l'idéologie romaine. La nuit de la chute de Troie, l'ombre d'Hector confie à Énée les objets sacrés et les Pénates de la ville (Énéide, II, 293–297) ; au moment de fuir, Énée les remet à son père Anchise, car lui-même, souillé par le combat, ne peut les toucher avant de s'être purifié (II, 717–720). C'est l'image qu'a sculptée le Bernin : Anchise, porté sur les épaules de son fils, serre contre lui la statuette des dieux. Plus tard, les Pénates apparaissent en songe à Énée pour lui désigner l'Italie (III, 147–171). Le voyage d'Énée est ainsi moins un exil qu'un transfert du sacré troyen vers un nouveau foyer.
Ce foyer est Lavinium, fondée par Énée dans le Latium. Varron l'affirme sans détour : c'est là que sont « nos Pénates » (De lingua Latina, V, 144). Denys d'Halicarnasse rapporte un prodige : quand Ascagne voulut transférer les statues à Albe, elles revinrent d'elles-mêmes à Lavinium, par deux fois (Antiquités romaines, I, 67). La cité resta dès lors un lieu sacré pour Rome : les consuls, préteurs et dictateurs, en entrant en charge, allaient y sacrifier aux Pénates et à Vesta (Macrobe, Saturnales, III, 4, 11).

L'archéologie a donné à ce récit un écho saisissant. Les fouilles de F. Castagnoli à Pratica di Mare ont mis au jour, à partir de 1959, un sanctuaire de treize autels archaïques ; près du huitième, une lamelle de bronze porte une dédicace aux Castorei Podlouqueique qurois — aux Dioscures, Castor et Pollux, « les Kouroi » (S. Weinstock, JRS 50, 1960). La présence d'un culte des Dioscures dans la ville même des Pénates éclaire le rapprochement entre les deux couples divins que reprendront les monétaires.
Trois émissions de deniers nomment les Pénates, toujours sous la forme de deux têtes juvéniles accolées. Vers 108–107 av. J.-C., Manius Fonteius place devant les têtes laurées les lettres P·P (RRC 307/1a). En 106 av. J.-C., C. Sulpicius inscrit D·P·P devant les têtes accolées à gauche (RRC 312/1). En 47 av. J.-C. enfin, C. Antius Restio écrit en toutes lettres DEI PENATES (RRC 455/2) — c'est ce denier qui permet de lire sans hésitation les abréviations de ses prédécesseurs.
La lecture des sigles reste débattue : Mommsen développait (Dei) Penates Publici, Borghesi (Dei) Penates Praestites, « les Pénates protecteurs ». Chaque choix s'explique par l'origine du monétaire : la gens Sulpicia passait pour originaire de Lavinium, la gens Fonteia de Tusculum, ville où les Dioscures recevaient un culte particulier.
1124FO · RRC 307/1a · LesDioscuresLes deniers de Manius Fonteius montrent au droit les têtes laurées accolées des Dioscures à droite, au revers une galère et la légende MN·FONTEI. Une variété plus rare, la 307/1a, ajoute devant les têtes les lettres P·P, généralement lues Penates Publici : le monétaire désigne alors expressément les Jumeaux divins comme Pénates de Rome. Sur cette même variété, la galère porte à la poupe un petit vase, dans lequel M. H. Crawford a proposé de reconnaître le « vase troyen » contenant les objets sacrés rapportés de Troie (JRS 61, 1971).
Les têtes des Dioscures rappellent l'origine tusculane de la gens Fonteia ; le navire peut évoquer le voyage maritime qui porta les Pénates de Troie en Italie.
Références : RRC 307/1a · Babelon, Fonteia · Atelier : Rome · Argent · Fiche : 1124FO
1133SU · RRC 312/1 · LesDioscuresLa truie renvoie au prodige de Lavinium : la laie blanche et ses trente petits qui désignèrent à Énée l'emplacement de sa ville (Énéide, VIII, 42–48 ; Denys d'Halicarnasse, I, 56). Les types font ainsi allusion à Lavinium, que la tradition donnait pour berceau de la gens Sulpicia. La même famille donnera plus tard l'empereur Galba.
Références : RRC 312/1 · Babelon, Sulpicia 1 · Sydenham 572 · Atelier : Rome · Argent · Fiche : 1133SU
1454AN · RRC 455/2 · LesDioscuresLe monétaire est le fils de C. Antius Restio, auteur d'une loi somptuaire limitant les dépenses des banquets (lex Antia, vers 70–68 av. J.-C. ; Aulu-Gelle, Nuits attiques, II, 24, 13). Macrobe rapporte que Restio, voyant sa loi bafouée, ne dîna plus jamais hors de chez lui, pour ne pas assister à son violation (Saturnales, III, 17, 13). Le fils grave le portrait de son père sur une autre émission (RRC 455/1). Il fut lui-même proscrit en 43 av. J.-C. et dut la vie à un esclave fidèle (Valère Maxime, VI, 8, 7 ; Macrobe, I, 11, 19). Le choix des Pénates relève de la piété envers les dieux ancestraux de Rome ; aucun lien particulier entre les Antii et Lavinium n'est attesté.
Références : RRC 455/2 · Babelon, Antia 2 · Sydenham 971 · Atelier : Rome · Argent · Fiche : 1454AN
Les Pénates sur les deniers républicains
1124FO · RRC 307/1a
Denier Fonteia · Manius Fonteius
P·P, têtes accolées des Dioscures-Pénates à droite / galère, MN·FONTEI. Rome, 108–107 av. J.-C.
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1133SU · RRC 312/1
Denier serratus Sulpicia · C. Sulpicius
D·P·P, têtes laurées accolées à gauche / deux guerriers et la truie de Lavinium. Rome, 106 av. J.-C.
→ Voir la fiche
1454AN · RRC 455/2
Denier Antia · C. Antius Restio
DEI PENATES, têtes accolées / C·ANTIVS·C·F, Hercule avec massue et trophée. Rome, 47 av. J.-C.
→ Voir la fiche
- Virgile, Énéide, II, 293–297 et 717–720 ; III, 147–171 ; VIII, 42–48 — Hector confie les Pénates à Énée ; Anchise les porte ; les Pénates apparaissent en songe ; le prodige de la truie.
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 56 ; I, 67–68 — la truie de Lavinium ; le retour miraculeux des Pénates d'Albe à Lavinium ; les statues du temple de la Vélia.
- Varron, De lingua Latina, V, 144 — Lavinium, siège des Pénates du peuple romain.
- Cicéron, De natura deorum, II, 68 — nom et nature des Pénates (penus, penitus).
- Macrobe, Saturnales, III, 4 — les doctrines antiques sur l'identité des Pénates ; III, 4, 11 : le sacrifice des magistrats à Lavinium ; III, 17, 13 : C. Antius Restio.
- Tacite, Annales, XV, 41 — les Pénates du peuple romain dans le sanctuaire de Vesta, détruits par l'incendie de 64.
- Auguste, Res Gestae, 19 — reconstruction du temple des Pénates sur la Vélia.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, II, 24, 13 — la lex Antia somptuaire.
- Valère Maxime, VI, 8, 7 — C. Antius Restio sauvé de la proscription par son esclave.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 307/1, 312/1, 455/2.
- Crawford, M. H., « A Roman Representation of the Κέραμος Τρωικός », Journal of Roman Studies, 61, 1971 — le denier de Mn. Fonteius au P·P.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Antia, Fonteia, Sulpicia ; lectures de D·P·P (Mommsen : Penates Publici ; Borghesi : Penates Praestites).
- Weinstock, S., « Two Archaic Inscriptions from Latium », Journal of Roman Studies, 50, 1960 — la dédicace aux Dioscures de Lavinium.
- Dubourdieu, A., Les origines et le développement du culte des Pénates à Rome, Rome, École française de Rome, 1989 — la monographie de référence.
- Dumézil, G., La religion romaine archaïque, 2e éd., Paris, Payot, 1987.
- Rehak, P., « Aeneas or Numa? Rethinking the Meaning of the Ara Pacis Augustae », The Art Bulletin, 83, 2001.
- Énée — le héros troyen, porteur des Pénates
- Castor et Pollux, les Dioscures
- Hercule
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