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Philippe V de Macédoine · La phalàngue contre les légions · Cynoscéphales · LesDioscures

Philippe V de Macédoine

238–179 av. J.-C. · Roi de Macédoine · Cynoscéphales 197 · Le dernier Antigonide face à Rome · Iconographie numéralement

Naissance238 av. J.-C.
Règne221–179 av. J.-C.
Défaite décisiveCynoscéphales · 197 av. J.-C.
FilsPersée · vaincu à Pydna (168)
Monnaie principaleRRC 293/1 · Denier Marcia

Philippe V de Macédoine (238–179 av. J.-C.) est l’une des figures les plus tragiques de l’hellénisme tardif : un roi ambitieux, stratège de talent, qui crut pouvoir s’allier à Hannibal contre Rome en 215 av. J.-C. et se retrouva vingt ans plus tard écrasé par les légions de Flamininus à Cynoscéphales, contraint de regarder le consul romain proclamer la liberté des Grecs — une humiliation sans précédent. Fils de Démétrius II et père de Persée, il régna trente-deux ans sur une Macédoine qui, sous son règne, perdit définitivement le leadership du monde grec au profit de Rome.

Son nom survit dans la numismatique républicaine grâce à l’un des deniers les plus remarquables de toute la collection : le denier Marcia (RRC 293/1) de Lucius Marcius Philippus, frappé vers 112–113 av. J.-C., qui porte à l’avers le portrait de Philippe V — premier et dernier portrait d’un roi étranger sur une monnaie romaine républicaine. Ce choix iconographique exceptionnel reflète le lien personnel de la gens Marcia avec le roi macédonien : un ancêtre des Marcii avait conclu avec lui un traité d’hospitalité personnel (paternum hospitium). La Macédoine de Philippe s’inscrit dans la transition entre l’héritage d’Alexandre et la domination romaine.

« Flamininus fit annoncer dans le stade que le Sénat romain et Flamininus, le général en chef des Romains, déclaraient libres, sans garnison, sans tribut, soumis à leurs lois ancestrales, les Corinthiens, les Locriens, les Phocidiens, les Eubéens, les Achéens de Phthiotide, les Magnètes, les Thessaliens et les Pérrèbes. »

— Plutarque, Vie de Flamininus, X — la proclamation de la liberté des Grecs aux Jeux isthmiques de 196 av. J.-C., après la défaite de Philippe V à Cynoscéphales
✦ Représentations remarquables
R1 Buste hellénistique, probablement Philippe V de Macédoine ~200 av. J.-C. · Alliage de cuivre · Collection privée
Buste hellénistique d'un homme, probablement Philippe V de Macédoine, alliage de cuivre, ~200 av. J.-C.
Buste hellénistique, probablement Philippe V · Alliage de cuivre · ~200 av. J.-C. · CC BY-SA

Ce buste en alliage de cuivre, daté d’environ 200 av. J.-C. et attribué à Philippe V de Macédoine, illustre l’iconographie royale hellénistique à son apogée. Les traits sont ceux d’un homme d’âge mûr, marqués par les campagnes militaires : mâchoire volontaire, regard déterminé, coiffure bouclée dans la tradition alexandrine. L’alliage de cuivre témoigne d’un contexte de fabrication provinciale — peut-être macédonien ou grec du Nord — contemporain du règne.

Ce portrait contraste de manière saisissante avec la représentation que le monétaire romain Lucius Marcius Philippus donna du roi sur son denier (RRC 293/1) : là, Philippe V porte le casque royal macédonien orné de cornes de bouc — attribut distinctif des rois Antigonides, également présent sur les monnaies macédoniennes. Les deux portraits partagent la même ambition : saisir la majesté royale hellénistique dans les conventions iconographiques de leur époque respective.

R2 Didrachme de Philippe V — Tête diadémée / Massue dans couronne de chêne 184–179 av. J.-C. · Argent · Atelier de Pella · Münchner Stadtmuseum
Didrachme d'argent de Philippe V de Macédoine, tête diadémée à droite / massue dans une couronne de chêne, Pella 184-179 av. J.-C., Münchner Stadtmuseum
Didrachme de Philippe V · Pella 184–179 av. J.-C. · Argent · Tête diadémée / massue dans couronne de chêne · Münchner Stadtmuseum · CC BY-SA

Ce didrachme d’argent, frappé à Pella entre 184 et 179 av. J.-C. — donc dans les dernières années du règne de Philippe V, après sa défaite à Cynoscéphales — montre le portrait diadémé du roi à droite. Le revers porte la massue d’Héraclès dans une couronne de chêne avec la légende BASILEOS FILIPPOU : la continuité avec l’iconographie des premiers Antigonides est revendiquée jusqu’au bout, même sur un roi humilié.

Ce didrachme macédonien illustre parfaitement le contexte du denier romain RRC 293/1 : d’un côté le monnayage d’un roi défait, préservant dans l’argent sa majesté formelle malgré la tutelle romaine ; de l’autre, le denier romain qui célèbre ce même roi comme un titre de gloire familiale, preuve que la romanisation de l’Orient hellénistique passait aussi par une appropriation de son prestige monarchique. La massue héracléenne macédonienne répond aux cornes de bouc du portrait romain : deux langages iconographiques pour un même souverain.

✦ Chronologie — Philippe V, la Macédoine et Rome
Du sommet de la puissance antigonide au vassal de Rome 221–179 av. J.-C.
221 av. J.-C.
Avènement — Héritier d’Antigone Doson
Philippe V monte sur le trône de Macédoine à la mort d’Antigone Doson, son tuteur. Il a 17 ans. Fils de Démétrius II (239–229 av. J.-C.), il hérite d’un royaume puissant, d’une phalange aguerrie et d’une position hégémonique sur la Grèce. La Ligue de Corinthe lui garantit le titre de stratège autokrator.
215 av. J.-C.
Alliance avec Hannibal — La faute stratégique
Après la défaite romaine de Cannes (216), Philippe V conclut un traité d’alliance avec Hannibal Barca : il attaquera l’Italie par la mer si Rome est suffisamment affaiblie. C’est l’erreur de calcul de sa carrière. Rome, occupée à lutter pour sa survie, prend acte — et n’oubliera jamais. La Première guerre macédonienne (214–205) se conclut au mieux par le statu quo du traité de Phénique (205).
202–200 av. J.-C.
Expansion en Orient — Le pacte avec Antiochos III
Philippe s’allie avec Antiochos III de Syrie pour partager les possessions lagides en Égypte et en Asie Mineure. Il s’empare de plusieurs îles de l’Égée et menace Pergame et Rhodes. Ces deux cités font appel à Rome. Rome, libérée de Carthage par la paix de Zama (202), accepte le prétexte : la Deuxième guerre macédonienne commence en 200 av. J.-C.
197 av. J.-C.
Cynoscéphales — La phalangue brisée
Le consul Titus Quinctius Flamininus rencontre Philippe V en Thessalie, dans les collines ondulées de Cynoscéphales (les « têtes de chien »). La phalange macédonienne, imbattable en terrain plat, se désorganise sur ce relief accidenté. Les légions romaines plus flexibles enfoncent les rangs de la phalange. Philippe perd entre 8 000 et 13 000 hommes ; ses pertes en officiers sont irremplaçables. La défaite est totale.
196 av. J.-C.
Paix de 197 — Liberté des Grecs
Par le traité de paix, Philippe perd toutes ses possessions en dehors de la Macédoine proprement dite (Thessalie, Corinthie, Thrace côtière) et doit verser 1 000 talents d’indemnité de guerre, réduire sa flotte à 6 navires et livrer des otages — dont son fils Démétrios. Flamininus proclame aux Jeux isthmiques la liberté des Grecs — coup de communication magistral qui place Rome en héritière des valeurs helléniques au lieu de Macédoine.
197–179 av. J.-C.
Vassal pragmatique — La reconstruction impossible
Humilié, Philippe adopte une politique pragmatique : il exploite intensément les mines d’or et d’argent macédoniennes, repeuple les régions dévastées avec des colons thraces, s’efforce de reconstruire l’armée dans les limites autorisées par Rome. Il coopère contre Antiochos III (guerre de Syrie, 192–188) pour se ménager la faveur romaine, en vain. Rome surveille et maintient sa pression.
183 av. J.-C.
Mort de Démétrios — La fin
Philippe fait exécuter son fils Démétrios — l’ancien otage à Rome, partisan d’une politique de conciliation avec les Romains — sur des accusations d’intelligence avec Rome, peut-être fabriquées par son frère Persée. Quand il comprend avoir été manipulé, il est trop tard : Philippe meurt en 179 av. J.-C., laissant à Persée le soin de mener la résistance finale, qui se terminera à Pydna (168).
✦ Le denier Marcia RRC 293/1 — Le seul portrait d’un roi étranger sur une monnaie républicaine romaine
🏛 RRC 293/1 — Une monnaie unique dans l’histoire de Rome

Le denier de Lucius Marcius Philippus (RRC 293/1, ~112–113 av. J.-C.) est une pièce sans équivalent dans toute la numismatique républicaine : à l’avers figure la tête du roi Philippe V de Macédoine — premier et dernier portrait d’un roi étranger sur une monnaie romaine. Il faut attendre César pour retrouver un portrait individuel sur un denier romain, mais César est Romain. Philippe V est un roi macédonien mort quarante ans avant la frappe de la monnaie. Ce choix stupéfiant s’explique par le paternum hospitium — le traité d’hospitalité personnel conclu par un ancêtre du monétaire avec Philippe V — et par le jeu de mots sur le cognomen Philippus. C’est de la propagande familiale portée à un degré de raffinement hellénistique absolument inédit à Rome.

03 Denier Marcia · L. Marcius Philippus · Philippe V / Statue équestre ~112–113 av. J.-C. · Atelier de Rome · Gens Marcia
🏛 Portrait de Philippe V (cornes de bouc) · RO(MA) en monogramme · Cavalier tenant laurier
Denier Marcia RRC 293/1 — Tête de Philippe V diadémée et casquée avec cornes de bouc, Φ, ROMA en monogramme / L. PHILIPPVS, statue équestre, cavalier avec laurier, XVI
RRC 293/1 · Argent · Rome · ~112–113 av. J.-C.
🏛 Légendes & description
Avers ROMA (en monogramme) · Φ sous le menton Tête de Philippe V de Macédoine, diadémée et casquée, à droite, coiffée du casque royal macédonien orné d’une paire de cornes de chèvre. La lettre grecque Φ sous le menton joue à la fois sur le prénom Philippe et sur l’hellénisme de la représentation. C’est l’unique cas d’un portrait royal étranger sur un denier romain — rupture radicale avec la tradition iconographique républicaine.
Revers L · PHILIPPVS Statue équestre à droite ; le cavalier tient une branche de laurier. Sous le cheval, une fleur. Sous la tablette, marque de valeur XVI en monogramme. Lucius Philippus. D’après Borghesi, le cavalier pourrait être l’un des rois Philippe de Macédoine dont les Marcii Philippi prétendaient tirer leur origine — un mythe généalogique typique des grandes familles républicaines.

Le contexte de cette monnaie est fascinant. Lucius Marcius Philippus est le petit-fils de Quintus Marcius Philippus (consul 186 et 169 av. J.-C.) qui avait conduit l’ambassade romaine en Macédoine et conclu avec Philippe V un traité d’hospitalité personnel. Ce paternum hospitium créait des liens quasi-familiaux entre les deux hommes — et donc entre la gens Marcia et la dynastie antigonide. En frappant le portrait de Philippe V, le monétaire fait plus que célébrer ses ancêtres : il s’inscrit dans une tradition hellénistique du portrait royal, affirmant le cosmopolitisme culturel de la noblesse romaine de la fin du IIe siècle. Ce denier fut largement imité par les Gaulois (LT. 5715–5943 : les imitations dites « au type des Dioscures »), preuve de sa diffusion extraordinaire.

Références : RRC 293/1 · B. (Marcia) · Syd. 550 · Atelier : Rome · Matière : Argent · Gens Marcia

✦ Fiches numéralement liées
📚Notes & Références
  • Polybe, Histoires, livres IV–XVIII — source la plus détaillée et la plus fiable sur les guerres de Philippe V contre Rome ; l’analyse de Cynoscéphales est considérée comme un chef-d’œuvre d’histoire militaire.
  • Tite-Live, Histoire romaine, livres XXVII–XL — récit de la Deuxième guerre macédonienne ; la proclamation de la liberté des Grecs par Flamininus aux Jeux isthmiques.
  • Plutarque, Vie de Flamininus — portrait du consul vainqueur de Philippe, contexte politique de la guerre et des jeux isthmiques.
  • Appien, Histoire romaine — Guerres de Macédoine — synthèse tardive sur les deux premières guerres macédoniennes.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 293/1 ; notice détaillée sur le denier Marcia et le portrait de Philippe V.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — (Marcia) ; analyse du portrait et du jeu de mots Philippus.
  • Walbank, F.W., Philip V of Macedon, Cambridge University Press, 1940 — la biographie de référence en langue anglaise.
  • Hammond, N.G.L., A History of Macedonia, vol. III, Oxford University Press, 1988 — la Macédoine sous Philippe V et Persée.
  • Meadows, A., « Images royales en contexte romain », Études anciennes, 2012 — l’article fondamental sur les rois étrangers dans la numismatique romaine.
Article rédigé parChristopher Mérat
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