Séléné · Luna
Déesse de la Lune · Iconographie numismatique · République romaine
Dans la mythologie romaine, Luna est la déesse personnifiant la Lune, associée à sa lumière, ses phases et son influence mystique sur le monde. Représentée comme une femme d’une grande beauté, elle porte une couronne ornée d’un croissant lunaire et traverse le ciel nocturne dans un char d’argent — une biga — tiré par des chevaux ou des bœufs blancs. Sœur de Sol et d’Aurora, elle joue un rôle fondamental dans l’ordre cosmique, marquant le rythme des nuits et des saisons. Son nom latin, luna, est à l’origine de termes comme « lunaire » ou « lunatique ».
Son équivalent grec, Séléné, partage les mêmes attributs : le croissant frontal, le char nocturne, et la passion pour le beau berger Endymion endormi sur le mont Latmos — mythe que l’art romain reprendra abondamment sur les sarcophages. Cette double identité gréco-romaine confère à la déesse une richesse iconographique exceptionnelle, que l’on retrouve aussi bien dans la grande sculpture que sur le petit flan des deniers républicains.
« Luna, tu qui illumines par ta lumière les ténèbres silencieuses, toi l’ornement du ciel, réponds à mes vœux. »
— Tibulle, Élégies, III, 4
Ce remarquable sarcophage romain illustre le mythe le plus célèbre associé à Séléné : sa descente nocturne auprès d’Endymion, le beau berger condamné à un sommeil éternel sur le mont Latmos, que la déesse visitait chaque nuit pour contempler sa beauté. La composition en frise met en scène Séléné menant son char parmi des figures allégoriques, tandis qu’Endymion gît paisiblement entouré d’Éros et de personnages de sa suite.
Ce type iconographique, extrêmement répandu dans la sculpture funéraire romaine des IIe et IIIe siècles, exprimait une idée de l’immortalité par l’amour divin. La déesse lunaire incarnait la promesse d’un passage doux vers l’au-delà. La pièce est conservée sous la référence 47.100.4ab au Metropolitan Museum of Art de New York.
Ce denier frappé par Manius Aquillius en 109–108 av. J.-C. offre la représentation numismatique la plus éloquente de Luna dans le monnayage républicain. Le revers figure la déesse dans une bige galopant à droite, entourée d’un croissant de lune et de trois étoiles au-dessus, avec une étoile supplémentaire sous l’attelage — formant ainsi un véritable tableau céleste en miniature.
Associée à l’avers où Sol rayonne de sa tête radiée, cette pièce propose une vision complète du cycle cosmique jour-nuit. Le choix de ces types sidéraux par Aquillius est probablement une allusion aux divinités astres particulièrement vénérées en Orient, région où sa famille s’était illustrée militairement.
L’iconographie de Luna est stable et reconnaissable à travers toute la production artistique antique. Qu’il s’agisse d’une monnaie républicaine ou d’un relief de sarcophage impérial, ses attributs forment un vocabulaire visuel codifié que le regardeur antique identifiait immédiatement.
Dans la numismatique républicaine, ces attributs sont condensés en quelques éléments distinctifs : le croissant, les étoiles, et la bige lancée au galop. Le denier RRC 303/1 d’Aquillius en est le témoignage le plus complet et le plus réussi.
Le denier RRC 303/1 de Manius Aquillius est remarquable en ce qu’il met en regard, sur les deux faces d’une même pièce, les divinités du Soleil et de la Lune : Sol radié à l’avers, Luna en bige au revers. Ce diptique cosmique est rare dans la numismatique républicaine et témoigne d’une intention iconographique délibérée.
Selon Babelon, les emblèmes sidéraux choisis par Aquillius rappellent l’Orient, où le culte des astres était particulièrement développé — une région où sa famille s’était distinguée militairement. D’autres y voient un jeu sur le nom d’Aquila (l’Aigle), constellation voisine de la Lune dans le ciel antique.
Ce denier est l’œuvre de Manius Aquillius, triumvir monetalis en 109–108 av. J.-C., très probablement le futur consul de 101 av. J.-C. qui mettra fin à la Deuxième Guerre Servile en Sicile. La figure de Luna en bige entourée d’astres est d’une grande qualité d’exécution : la déesse se penche légèrement en avant dans le mouvement du char, son croissant frontal clairement lisible malgré la miniaturisation imposée par le flan monétaire.
L’association Sol/Luna sur les deux faces n’est pas anodine : elle inscrit la monnaie dans un discours cosmologique qui dépasse la simple commémoration familiale. Le symbolisme oriental des astres — selon l’hypothèse de Babelon — rappelle les campagnes victorieuses de la gens Aquillia en Asie, conférant à la pièce une dimension à la fois dynastique et universelle.
Le culte de Luna à Rome était d’une discrétion relative comparé à celui des grandes divinités du Panthéon, mais revêtait une importance symbolique certaine. Un temple dédié à Luna s’élevait sur la colline de l’Aventin, fondé selon la tradition sous le règne du roi Servius Tullius au VIe siècle avant notre ère. Ce sanctuaire était célébré chaque année le 31 mars, date anniversaire de sa consécration.
Luna était honorée lors de fêtes lunaires et dans des rituels liés à la fertilité, à l’accouchement et à la magie. Son influence sur les marées, l’agriculture et les cycles de la vie en faisait une puissance à la fois cosmique et quotidienne — présente dans chaque nuit claire, dans chaque semence confiée à la terre au bon moment du mois lunaire.
Luna s’inscrit dans un réseau complexe de déesses lunaires que Rome avait héritées ou absorbées. Elle est fréquemment associée — voire confondue — avec Diane, déesse de la chasse, qui prend l’épithète de Diana Lucifera ou Diana Lucina, protectrice des femmes en couches. Dans certains contextes, Luna forme une triade avec Diane et Proserpine (ou Hécate), représentant les trois phases de la Lune : croissante, pleine et décroissante.
Cette triade incarne aussi une vision tripartite du cosmos : le ciel (Luna), la terre (Diane) et les Enfers (Proserpine/Hécate). La Juno Lucina, déesse de la lumière et de l’accouchement, partage certains attributs de Luna, soulignant la perméabilité des identités divines dans la religion romaine. Ce syncrétisme reflète la richesse d’une déesse qui est à la fois astre, puissance cosmique et protectrice des vivants.
L’héritage de Luna dans les langues et les cultures modernes est d’une remarquable longévité. Le terme « lunaire » évoque encore la beauté et le mystère de la Lune, tandis que « lunatique » — du latin lunaticus, « influencé par la Lune » — rappelle les croyances antiques en l’impact des phases lunaires sur le comportement humain et la santé mentale. Ces traces linguistiques témoignent de l’emprise profonde que la divinité exerçait sur l’imaginaire antique.
En astronomie, Luna reste le nom officiel de notre satellite naturel. Dans la littérature et l’art de la Renaissance puis du Baroque, Séléné/Luna inspire d’innombrables représentations de la Lune comme figure féminine, sereine et mélancolique, perpétuant une iconographie née sur les sarcophages romains et dans les ateliers monétaires de la République.
Luna sur les monnaies républicaines
Divinités associées
- Tibulle, Élégies, III, 4 — Invocation poétique à Luna.
- Ovide, Amores, I, 8 et Métamorphoses — Séléné et Endymion ; associations lunaires.
- Homère, Hymnes homériques, XXXII — Hymne à Séléné.
- Virgile, Géorgiques — Influence de la Lune sur l’agriculture et les semailles.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita — Mention du temple de Luna sur l’Aventin.
- Varron, De Lingua Latina — Étymologie de luna et rôle cosmique de la déesse.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 303/1 (Aquillia).
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Notice Aquillia, n°1.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — Syd. 557.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
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