Sextus Pompée
Sextus Pompeius Magnus Pius · Fils de Pompée le Grand · Iconographie numismatique · République romaine
Sextus Pompée (Sextus Pompeius Magnus Pius, vers 67 – 35 av. J.-C.) est une figure clé de la fin de la République romaine, connu pour son opposition au second triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) et son rôle dans les guerres civiles. Fils cadet de Pompée le Grand et de Mucia Tertia, il symbolise la résistance républicaine face aux ambitions césariennes après l’assassinat de son père en 48 av. J.-C.
Maître de la Méditerranée occidentale grâce à une flotte redoutable, il contrôla la Sicile, la Sardaigne et la Corse, menaçant l’approvisionnement en blé de Rome. Son épithète Pius — la Piété filiale — témoigne de sa dévotion à la mémoire de son père et de sa légitimité revendiquée dans le camp républicain.
« Il reçut les proscrits, recueillit les esclaves fugitifs, et depuis la Sicile menaça l’Italie entière. »
— Appien, Bella Civilia, V
Né à Rome, Sextus grandit dans l’ombre de son père, l’un des plus grands généraux romains. Sa mère, Mucia Tertia, appartient à une famille patricienne influente. Il a un frère aîné, Cnaeus Pompée, et une sœur, Pompéia.
En 49 av. J.-C., lorsque César franchit le Rubicon et déclenche la guerre civile, Sextus reste à Rome avec sa belle-mère, Cornelia Metella, tandis que son père et son frère fuient vers l’Orient. Après la défaite de Pompée à Pharsale (48 av. J.-C.), Sextus rejoint son père à Lesbos, puis en Égypte, où il assiste à l’assassinat de ce dernier — événement fondateur de toute sa vie politique.
Après la mort de son père, Sextus et son frère Cnaeus poursuivent la lutte contre César en Hispanie. Sextus participe à la bataille de Munda (45 av. J.-C.), où les forces pompéiennes sont écrasées. Son frère y perd la vie. Sextus, lui, s’échappe de justesse et se réfugie en Sicile, entamant une longue guerre d’usure.
L’assassinat de César aux Ides de Mars (44 av. J.-C.) transforme profondément la situation : Sextus se retrouve soudain à la tête d’un mouvement de résistance ralliant tous les ennemis du triumvirat — proscrits, républicains exilés, anciens soldats pompéiens.
Établi en Sicile, Sextus y constitue une puissante flotte et accueille les proscrits et opposants au triumvirat. Grâce au contrôle des routes maritimes, il perturbe durablement l’approvisionnement en blé de Rome — une arme redoutable en politique, qui lui valut le surnom de maître des mers.
Cette stratégie lui confère une réputation ambiguë : héros républicain pour les uns, pirate et perturbateur pour les autres. Ses adversaires triumviraux l’accusaient de s’allier avec Neptune lui-même — allégorie qu’il cultive sur ses monnaies, se faisant représenter en fils du dieu des mers.
L’iconographie de Sextus Pompée sur ses émissions monétaires est délibérément chargée de sens politique : elle revendique la légitimité dynastique pompéienne et la maîtrise des flots, tout en se distinguant radicalement des représentations triumvirales.
Ces symboles forment un programme iconographique cohérent : Sextus n’est pas un simple rebelle, mais le légitime héritier d’un imperium républicain, protégé des dieux et des flots.
L’aureus émis au nom de Sextus Pompeius Magnus est une pièce d’une exceptionnelle rareté. Frappé en dehors de Rome, dans un atelier de campagne probablement sicilien, il témoigne des ambitions monarchiques d’un homme qui se posait en rival direct d’Octave et de Marc Antoine.
La représentation de Pompée le Grand à l’avers, associée à des symboles navals au revers, constitue une déclaration politique forte : Sextus incarne la continuité du nom pompéien face aux héritiers de César.
Cet aureus est l’une des rares monnaies d’or frappées au nom de Sextus Pompée. Son titre de Præfectus classis et orae maritimae y figure en toutes lettres, légitimant par l’autorité sénatoriale son contrôle des mers. La mention ex S.C. (par décret du Sénat) renvoie au traité de Misène (39 av. J.-C.), par lequel le triumvirat avait reconnu officiellement son pouvoir.
Ce type monétaire constitue un document de propagande politique autant qu’un instrument économique : frappé loin de Rome, il affirme la prétention de Sextus à gouverner un empire maritime indépendant.
En 39 av. J.-C., Sextus conclut le pacte de Misène avec Octave et Marc Antoine, qui lui accorde officiellement le contrôle de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse et du Péloponnèse, en échange de la fin du blocus frumentaire. Cet accord provisoire fait de lui, pour un temps, un pouvoir reconnu au sein du monde romain fragmenté.
Cependant, ce traité est rapidement remis en cause par les deux parties. Octave entreprend une série de campagnes navales pour briser la domination de Sextus, confiant le commandement à son fidèle général Agrippa.
La bataille navale de Nauloque (36 av. J.-C.) signe la fin de la puissance de Sextus. Agrippa, avec des navires dotés du harpax — un grappin de combat — détruit la flotte pompéienne. Sextus s’enfuit vers l’Asie Mineure, tentant en vain de rallier des partisans.
Capturé par les forces de Marc Antoine en 35 av. J.-C., il est exécuté à Milet, probablement sur ordre d’un lieutenant d’Antoine, sans procès. Sa mort marque la fin des dernières résistances armées contre le triumvirat, et la voie s’ouvre vers la monarchie augustéenne.
Sextus Pompée incarne la lutte pour la survie des idéaux républicains face à l’ascension des triumvirs. Sa maîtrise des mers et son contrôle de la Sicile en firent un adversaire redoutable, capable de paralyser Rome par le blocus du blé. Sa monnaie témoigne d’un véritable programme politique, non d’un simple brigandage.
Pourtant, son manque de vision stratégique à long terme et ses ressources limitées le condamnèrent. Incapable de transformer sa puissance navale en victoire terrestre décisive, il ne put jamais renverser le triumvirat. Il reste une figure complexe et fascinante de la fin de la République : à la fois héros républicain pour certains contemporains, et pirate des mers pour ses ennemis — une ambiguïté que ses propres monnaies, oscillant entre légitimité sénatoriale et propagande dynastique, reflètent parfaitement.
Sextus Pompée — émissions directes
Contexte — fin de la République romaine
- Appien, Bella Civilia, V — récit détaillé des guerres civiles incluant les campagnes de Sextus Pompée.
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII–XLIX — sources principales sur la période 44–35 av. J.-C.
- Velleius Paterculus, Historia Romana, II, 73–77 — portrait de Sextus par un auteur proche de l’époque augustéenne.
- Suétone, Vie d’Auguste, XVI — allusions aux guerres contre Sextus Pompée.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Welch, K., Magnus Pius: Sextus Pompeius and the Transformation of the Roman Republic, Classical Press of Wales, 2012.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
Article LesDioscures · lesdioscures.com · Sextus Pompée · Numismatique républicaine · Iconographie numismatique romaine