Sextus Pompée
Sextus Pompeius Magnus Pius · Fils de Pompée le Grand · Iconographie numismatique · République romaine
Sextus Pompée (Sextus Pompeius Magnus Pius, vers 67 – 35 av. J.-C.) est le fils cadet de Pompée le Grand et de Mucia Tertia. Témoin, à vingt ans, de l'assassinat de son père en Égypte (48 av. J.-C.), il consacre le reste de sa vie à la lutte contre les césariens : d'abord contre César lui-même en Hispanie, puis contre le second triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide).
Proscrit en 43, il devient pourtant pour quelques années le maître de la Méditerranée occidentale : depuis la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse, sa flotte bloque le ravitaillement en blé de Rome. Son surnom de Pius — la piété filiale — et le portrait paternel qui domine ses monnaies font de lui le gardien proclamé du nom pompéien face aux héritiers de César.
« Maître de la Sicile, il recevait dans les rangs de son armée esclaves et fugitifs, et avait ainsi formé un grand nombre de légions. »
Occupataque Sicilia servitia fugitivosque in numerum exercitus sui recipiens magnum modum legionum effecerat.
— Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 73, 3 (trad. LesDioscures)
Sextus naît vers 67 av. J.-C. du troisième mariage de Pompée. Sa mère, Mucia Tertia, appartient à la grande famille plébéienne des Mucii Scaevolae et est la demi-sœur des deux Metellus, Celer et Nepos ; Pompée la répudie à son retour d'Orient, en 62. Sextus a un frère aîné, Cnaeus Pompée (le Jeune), et une sœur, Pompeia.
En 49 av. J.-C., lorsque César franchit le Rubicon, Pompée quitte l'Italie et met à l'abri sa nouvelle épouse, Cornelia Metella, et le jeune Sextus à Mytilène, sur l'île de Lesbos. Après la défaite de Pharsale (août 48), Pompée vient les y chercher ; tous trois gagnent l'Égypte, où Sextus et Cornelia assistent depuis le navire au meurtre de Pompée, poignardé sur le rivage de Péluse le 28 septembre 48 — l'événement fondateur de toute la vie politique du jeune homme.
Réfugié à Chypre, Sextus rejoint ensuite les républicains d'Afrique, puis, après la défaite de Thapsus (46), son frère Cnaeus en Hispanie. Le jour de la bataille de Munda (17 mars 45), il tient la ville de Cordoue ; à l'annonce du désastre, il s'enfuit. Cnaeus, blessé, est rattrapé et tué quelques semaines plus tard.
Sextus survit dans l'intérieur de l'Hispanie ultérieure, regroupe les débris de l'armée pompéienne et reprend l'offensive dès le départ de César. C'est là qu'il est salué imperator pour la première fois et qu'il adopte le surnom de Pius : ses premiers deniers (RRC 477) associent le portrait de son père à la figure de Pietas. Après les Ides de Mars (44), Lépide négocie avec lui : Sextus obtient l'amnistie et la promesse d'une indemnisation pour les biens paternels confisqués, puis s'établit à Massalia (Marseille).

En avril 43, après la bataille de Modène, le Sénat — qui cherche alors des alliés contre Antoine — confie à Sextus le titre de préfet de la flotte et des côtes maritimes (praefectus classis et orae maritimae). Le retournement est brutal : en août, la lex Pedia condamne les meurtriers de César, et Sextus, qui n'avait pourtant pris aucune part au complot, est inscrit parmi eux ; à l'automne, les triumvirs le placent sur les listes de proscription.
Sextus s'empare alors de la Sicile (Messine, Syracuse) et y accueille proscrits, républicains exilés, anciens soldats pompéiens et esclaves fugitifs. En 42, sa flotte bat celle d'Octave, commandée par Q. Salvidienus Rufus, à l'entrée du détroit de Messine : Sextus est salué imperator pour la seconde fois (IMP ITER) et se proclame fils de Neptune, allant jusqu'à revêtir un manteau bleu sombre, couleur de la mer. En 40, son affranchi Ménodoros lui livre la Sardaigne. Le blocus du blé africain et sicilien provoque à Rome disette et émeutes : la pression devient politique.
Le monnayage de Sextus Pompée développe un programme cohérent : la piété filiale envers Pompée le Grand, la légitimité sénatoriale de son commandement naval, et la protection de Neptune, ancrée dans la géographie sicilienne.

Voir aussi les pages Neptune et Scylla, où ces types sont étudiés en détail.
L'aureus RRC 511/1 est l'unique type d'or frappé par Sextus Pompée, dans un atelier sicilien itinérant. C'est aussi la seule monnaie où Sextus fait figurer son propre portrait : barbu en signe de deuil de son père, dans une couronne de chêne. Au revers, son père et son frère, tous deux morts dans la lutte contre César, se font face.
Trois générations — ou plutôt un fils vivant et deux morts — sur une seule pièce : la déclaration dynastique est sans équivalent dans le monnayage républicain.

La légende d'avers développe Magnus Pius Imperator iterum : « Magnus le Pieux, salué imperator pour la seconde fois ». La seconde acclamation, comme la couronne de chêne — la corona civica, décernée à qui a sauvé la vie de citoyens —, renvoie à la victoire sur Salvidienus en 42 et à l'accueil des proscrits.
Le revers associe les deux morts à leurs sacerdoces : le lituus rappelle que Pompée était augure, le trépied l'appartenance de Cnaeus au collège des quindecimviri sacris faciundis. La légende Praefectus classis et orae maritimae ex senatus consulto reprend le titre conféré par le Sénat en avril 43 : en le rappelant après sa proscription, Sextus se présente comme le seul commandant légitimement investi face aux triumvirs.
Datation. Crawford place l'émission en 42–40 av. J.-C. ; B. Woytek a proposé une datation plus basse, vers 37–36, à la veille de la guerre finale.
1811PO · Denier · RRC 477/1a · Hispanie · 45–44 av. J.-C.Premiers deniers émis au nom de Sextus lui-même, frappés en Hispanie après Munda. L'avers porte la tête de Pompée le Grand (RRC 477/1 et 477/3) ou, selon Crawford, celle de Cnaeus le Jeune (RRC 477/2), avec les légendes SEX MAGNVS IMP SAL ou SEX MAGN PIVS IMP. Au revers, Pietas debout tient une palme et un sceptre.
Le groupe SAL a longtemps été lu comme le nom de l'atelier (Salpensa) ; on l'interprète aujourd'hui plutôt avec IMP, comme imperator salutatus — la première acclamation de Sextus. Ces pièces marquent la naissance du surnom Pius, que Sextus portera jusqu'à sa mort.
1520PO · Denier · RRC 477/2 · Hispanie · 45–44 av. J.-C.Au revers des deux variantes, la même Pietas : l'image même du programme de Sextus, qui fait de la fidélité à son père et à son frère la justification de sa guerre.
1552PO · Denier · RRC 483/1 · Q. NasidiusSignés par Quintus Nasidius, l'un des préfets de la flotte de Sextus, ces deniers montrent à l'avers la tête de Pompée le Grand accompagnée d'un trident et d'un dauphin, avec la légende NEPTVNI ; au revers, des navires de guerre.
Le génitif Neptuni fait de Pompée lui-même l'homme de Neptune — et donc de Sextus le « fils de Neptune ». Le patronage du dieu passe ainsi du père au fils, de la guerre contre les pirates (67) à la domination du détroit.
1553PO · Denier · RRC 483/2 · Q. NasidiusLes deux variantes (RRC 483/1 et 483/2) partagent le même avers et ne diffèrent que par la composition navale du revers.
1667PO · RRC 511/2 · Neptune / trophée navalToutes les pièces de la série portent la même titulature, MAG PIVS IMP ITER, et le même rappel du titre sénatorial, PRAEF CLAS ET ORAE MARIT EX S C. Trois types de deniers se partagent le message :
RRC 511/2 — tête diadémée de Neptune, trident sur l'épaule / trophée naval dressé sur une ancre, orné d'une proue et d'un aplustre. Le dieu et la victoire navale.
1668PO · RRC 511/3a · Pompée / frères de CataneRRC 511/3 — tête de Pompée le Grand entre une cruche et un lituus / Neptune, le pied sur une proue, entre les deux frères de Catane, Amphinomos et Anapias, qui portent leurs parents sur leurs épaules. La piété filiale, thème de tout le règne sicilien de Sextus, s'y lit à deux niveaux : le mythe local et le fils qui venge son père.
1670PO · RRC 511/4 · Phare de Messine / ScyllaRRC 511/4 — le phare de Messine surmonté d'une statue de Neptune, une galère au premier plan / Scylla brandissant un gouvernail. Le détroit, ses monstres et ses courants deviennent les alliés de Sextus : c'est là que les flottes d'Octave furent battues en 42 puis détruites par la tempête en 38.
Au printemps 39 av. J.-C., la famine à Rome contraint Octave et Antoine à traiter. Par l'accord de Misène, Sextus se voit reconnaître la Sicile, la Sardaigne et la Corse, la promesse du Péloponnèse, un consulat futur et l'augurat ; les proscrits réfugiés auprès de lui — sauf les meurtriers de César — sont amnistiés. En échange, il lève le blocus et garantit l'acheminement du blé.
La tradition a retenu le banquet qui scella l'accord, donné à bord du navire amiral de Sextus. Son affranchi Ménas lui aurait proposé de couper les amarres et de se débarrasser d'un coup des deux triumvirs ; Sextus aurait répondu qu'il fallait le faire sans lui en parler, mais qu'il ne pouvait, lui, manquer à sa parole (Plutarque, Antoine, 32).
La paix ne dure pas. Antoine refuse de livrer le Péloponnèse, Sextus reprend ses raids, et en 38 Ménodoros passe à Octave avec la Sardaigne. Les flottes d'Octave sont battues devant Cumes puis brisées par la tempête dans le détroit. Octave confie alors la guerre à Agrippa, qui construit une nouvelle flotte, l'entraîne dans le portus Iulius aménagé entre les lacs Lucrin et Averne, et l'équipe du harpax, un grappin lancé par catapulte.

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En août 36 av. J.-C., Agrippa bat une première fois la flotte pompéienne au large de Mylae, tandis qu'Octave, débarqué près de Tauroménion, échappe de justesse au désastre. Le 3 septembre 36, la bataille décisive se livre au large de Nauloque, sur la côte nord de la Sicile, entre Mylae et le cap Péloros : la flotte de Sextus est anéantie. Lépide, venu d'Afrique, tente de s'emparer de l'île pour son compte et y perd son rang de triumvir.
Sextus s'enfuit avec quelques navires vers Lesbos puis l'Asie Mineure, où il cherche à négocier avec Antoine tout en levant des troupes. Encerclé en Phrygie par les lieutenants d'Antoine, il se rend en 35 av. J.-C. à Marcus Titius, qui le fait exécuter à Milet. Les sources hésitent sur le responsable de l'ordre — Antoine lui-même ou son gouverneur Plancus (Appien, Guerres civiles, V, 144).
Sa mort met fin à la dernière force militaire pompéienne. En Occident, Octave reste seul maître ; il ne lui reste plus qu'à affronter Antoine, à Actium, quatre ans plus tard.
L'image de Sextus a été fixée par ses vainqueurs. Auguste, dans ses Res Gestae, se vante d'avoir « pacifié la mer, délivrée des pirates » ; Velleius Paterculus, officier de Tibère, en fait un jeune homme inculte, affranchi de ses propres affranchis. Lucain, au contraire, voit en lui un digne fils de Pompée, et les historiens modernes — notamment Kathryn Welch — ont réévalué son rôle : un aristocrate qui revendiquait la légalité sénatoriale contre des triumvirs qui l'avaient abolie.
Ses monnaies sont le meilleur témoin de ce programme. Elles ne parlent ni de pillage ni de royauté maritime, mais de piété filiale, de mandat du Sénat et de protection divine. Ce qui manqua à Sextus fut moins la légitimité que la capacité à transformer la maîtrise de la mer en victoire sur terre — et une marine capable de résister à celle qu'Agrippa bâtit contre lui.
Sextus Pompée — émissions d'Hispanie
Sextus Pompée — émissions siciliennes
Personnages & divinités liés
- Plutarque, Vie de Pompée, 74–80 — Mytilène, la fuite vers l'Égypte et le meurtre de Pompée sous les yeux de Cornelia et de Sextus.
- Plutarque, Vie d'Antoine, 32 — le banquet de Misène et la proposition de Ménas.
- Appien, Guerres civiles, IV–V — principale source continue : proscription, Sicile, Misène, Mylae, Nauloque (V, 118–122) et mort de Sextus (V, 144).
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII–XLIX — la période 43–35 av. J.-C.
- Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 72–79 — portrait hostile, de point de vue augustéen.
- Auguste, Res Gestae, 25 — la « mer pacifiée des pirates ».
- Suétone, Vie d'Auguste, 16 — la guerre de Sicile.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 477, 483 et 511.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Pompeia.
- Sear, D.R., The History and Coinage of the Roman Imperators, 49–27 BC (CRI), Spink, Londres, 1998.
- Buttrey, T.V., « The “Pietas” Denarii of Sextus Pompey », Numismatic Chronicle, 1960, p. 83–101.
- Woytek, B., Arma et nummi. Forschungen zur römischen Finanzgeschichte und Münzprägung der Jahre 49 bis 42 v. Chr., Vienne, 2003.
- Welch, K., Magnus Pius: Sextus Pompeius and the Transformation of the Roman Republic, Classical Press of Wales, 2012.
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