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1664CO – Denier Cornuficia – Quintus Cornuficius

1664CO – Denier Cornuficia – Quintus Cornuficius Avers : Anépigraphe  Buste de Cérès-Tanit à gauche. Revers : Q. CORNVFICI. AVGVR. IMP (Quintus Cornuficius, Augur, Imperator) Cornuficius debout à gauche, portant un voile et portant un lituus de la main droite. Junon Sospita debout à droite avec une corneille sur l’épaule, tenant une lance et un bouclier dans la main gauche et couronne Cornuficius. British Museum 3.65g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Afrique Datation : 42 avant J.C. Matière : Argent Gens : Cornuficia Références : RRC 509/5 – B.3 (Cornuficia) – Syd.1354 L’analyse du symbolisme et du contexte historique de ce denier permet de comprendre comment Quintus Cornuficius a utilisé la monnaie pour affirmer sa légitimité en tant que dernier rempart républicain en Afrique. 1. Contexte Historique : La résistance d’un proscrit (42 av. J.-C.) Le denier est frappé en Afrique Vetus (probablement à Utique) dans une période de chaos total pour la République romaine. Le défi au Triumvirat : Après l’assassinat de César, le Second Triumvirat (Octave, Antoine, Lépide) prend le pouvoir et proscrit ses opposants. Cornuficius, ami de Cicéron et fervent républicain, refuse de céder sa province d’Afrique aux partisans des triumvirs. Légitimité sénatoriale : Contrairement à ses adversaires qu’il considère comme des usurpateurs, Cornuficius frappe monnaie pour payer ses troupes et affirmer qu’il est le gouverneur légitime, nommé par le Sénat. Il mourra au combat peu après contre Titus Sextius. 2. Symbolisme de l’Avers : L’ancrage africain Tanit-Cérès : La tête féminine à gauche, couronnée d’épis de blé, est souvent identifiée comme une fusion entre la divinité carthaginoise Tanit et la déesse romaine Cérès. Signification : Ce choix symbolise la fertilité de la province africaine (le grenier à blé de Rome) et souligne le contrôle effectif de Cornuficius sur ce territoire stratégique. C’est une manière de dire que l’approvisionnement de Rome dépend de lui. 3. Symbolisme du Revers : Piété et Protection Divine Le revers est un condensé de propagande religieuse et politique : Cornuficius en Augure : Il est représenté voilé, tenant le lituus (bâton recourbé des augures). La légende Q·CORNVFICI·AVGVR·IMP souligne son rang prestigieux dans le collège des augures. Cela suggère que ses actions sont approuvées par les dieux, contrairement aux « tyrans » qui le poursuivent. Junon Sospita (La Préservatrice) : La figure féminine qui le couronne, armée d’une lance et d’un bouclier, est Junon Sospita. Le lien familial : C’était la divinité tutélaire de Lanuvium, ville d’origine de la gens Cornuficia. Le message : Elle représente la protection divine de sa lignée et de sa cause. Le fait qu’elle le couronne confirme son statut d’Imperator (général victorieux), acclamé par ses soldats. En résumé Ce denier n’est pas seulement une pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique. Cornuficius y combine ses racines familiales (Junon), ses fonctions religieuses (Augure), sa réussite militaire (Imperator) et sa maîtrise territoriale (Tanit) pour se présenter comme le seul chef légitime face à la dérive autocratique du Triumvirat. L’autorité émettrice derrière cette monnaie est Quintus Cornificius, une figure fascinante de la fin de la République, à la fois général, magistrat et intellectuel. Voici les informations clés sur ce personnage en tant que responsable monétaire : 1. Identité et Profil Nom complet : Quintus Cornificius (le Jeune). Statut : Membre de la gens Cornificia, une famille plébéienne montante. Il est le fils de Quintus Cornificius (l’Ancien), qui fut préteur en 66 av. J.-C. et juge au procès de Verrès. Carrière politique : Il gravit les échelons du cursus honorum : Questeur en 48 av. J.-C. sous Jules César. Préteur et Augure en 47 av. J.-C. (titre dont il est très fier et qu’il affiche sur ses monnaies : AVGVR). Gouverneur (proconsul) de l’Afrique Proconsulaire (Africa Vetus) à partir de 44 av. J.-C. 2. Un « Monétaire » de circonstance Contrairement aux triumviri monetales qui frappaient monnaie à Rome en début de carrière, Cornificius frappe cette monnaie en tant que gouverneur militaire (Imperator). Atelier itinérant : La monnaie n’est pas frappée à Rome, mais en Afrique (probablement à Utique ou Carthage) vers 42 av. J.-C. * But de l’émission : Ces pièces d’or servaient principalement à financer ses légions et à payer ses troupes dans sa lutte contre les forces du Second Triumvirat. Le titre d’Imperator : L’inscription IMP sur la pièce confirme qu’il a été acclamé par ses soldats, signe d’une légitimité militaire acquise sur le terrain. 3. L’Homme de Lettres Cornificius n’était pas qu’un soldat ; il était au cœur de l’élite intellectuelle romaine : Ami de Cicéron : Leur correspondance montre un respect mutuel. Cicéron le considérait comme un homme « intègre et pieux » (vir sobrius ac sanctus). Poète néotérique : Proche de Catulle (qui lui a dédié un poème), il écrivait lui-même de la poésie. Sa sœur, Cornificia, était également une poétesse célèbre, l’une des rares voix féminines reconnues de l’époque. 4. Sa Fin Sa carrière s’achève tragiquement en 42 av. J.-C. Après avoir résisté avec succès pendant un temps, il est finalement vaincu par Titus Sextius. Refusant de se rendre, il meurt au combat ou se donne la mort, marquant la fin de l’une des dernières poches de résistance républicaine en Afrique. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Cette famille plébéienne était, au dire de Cicéron, originaire de Rhegium. Elle n’apparaît pas dans les fastes de la république le dernier siècle avant qui a précédé notre ère. On connaît un Cornuficius qui était secrétaire (scriba) de Verrès pendant sa préture, l’an 680 (74 av. J.-C.); un Q. Cornuficius fut préteur en 688 (66 av. J.-C.) et brigua le consulat en même temps que Cicéron, l’an 690 (64 av. J.-C.). C’est de son fils, le plus illustre de toute la famille, que nous avons des monnaies. Le monétaire Q. Cornuficius eut une part active dans la guerre civile qui commença l’an 706 (48 av. J.-C.); il était alors questeur, et il fut envoyé comme propréteur en Illyrie par Jules César; rentré à Rome après avoir soumis cette province révoltée, il reçut la dignité d’augure dont il s’honore sur ses monnaies, et ce fut alors qu’il se lia avec Cicéron qui, augure comme lui, le traite de conlega, 708 (46 av. J.-C.);