1750AN – Denier Marc Antoine – Marcus Antonius

1750AN – Denier Marc Antoine – Marcus Antonius Avers : ANTONI ARMENIA DEVICTA (Antoni Armenia Devicta, d’Antoine l’Arménie soumise) Tête nue de Marc Antoine à droite; derrière une petite tiare (arménienne). Revers : CLEOPATRAE REGINAE REGVM FILIORVM REGVM (Cleopatræ Reginæ Regum Filiorum Regum, À Cléopâtre reine au-dessus des rois et de ses fils qui sont rois) Buste drapé de Cléopâtre à droite, vu de trois quarts en avant; au-dessous, base de proue de navire. Bibliothèque nationale de France 3.87g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Alexandrie Datation : 32 avant J.C. Matière : Argent Gens : Antonia Référence : RRC 543/1 – B.95 (Antonia) I. Symbolisme des Portraits et Attributs Cette monnaie est l’une des rares émissions romaines à placer une souveraine étrangère sur un pied d’égalité avec un magistrat romain. L’Avers : Marc Antoine et la Tiare Arménienne La Tiare (Tiaré) : Placée derrière la tête d’Antoine, elle symbolise la capture du roi Artavasde II d’Arménie. Contrairement aux trophées habituels, ce symbole oriental souligne l’ancrage d’Antoine dans le monde hellénistique. Légende ANTONI ARMENIA DEVICTA : Cette mention (« L’Arménie vaincue par Antoine ») transforme la monnaie en un bulletin de victoire, validant son autorité militaire (imperium) alors qu’il s’éloigne de Rome. Le Revers : Cléopâtre VII et la Proue de Navire Le Diadème et le Drapé : Cléopâtre est représentée avec les attributs classiques de la royauté ptolémaïque. Son profil est réaliste (nez aquilin, menton prononcé), loin des représentations idéalisées, affirmant sa présence physique et politique. La Proue de Navire (Prora) : Située sous son buste, elle symbolise la puissance navale de l’Égypte, essentielle à l’effort de guerre d’Antoine. Légende CLEOPATRAE REGINAE REGVM FILIORVM REGVM : C’est le point le plus provocateur. Elle est titrée « Reine des Rois et de ses fils qui sont Rois ». Cela place Cléopâtre à la tête d’un empire dynastique englobant des territoires théoriquement sous protectorat romain. II. Contexte Historique : Les Donations d’Alexandrie Le denier est frappé juste après les Donations d’Alexandrie (34 av. J.-C.), un événement charnière qui scelle le destin du Second Triumvirat. Le Triomphe Oriental : Après sa campagne d’Arménie, Antoine célèbre un triomphe à Alexandrie plutôt qu’à Rome. Cet acte est perçu par le Sénat comme une insulte grave aux traditions républicaines. Le Partage de l’Orient : Lors de cette cérémonie, Antoine distribue des royaumes (Libye, Coélé-Syrie, Arménie, Parthie à conquérir) à Cléopâtre et à leurs enfants (Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée Philadelphe). L’Affront à Octave : En reconnaissant Césarion comme le fils légitime de Jules César sur ces émissions, Antoine remet directement en cause la légitimité d’Octave (fils adoptif). III. Impact Propagandistique Pour Octave, ce denier est une aubaine. Il l’utilise à Rome pour prouver qu’Antoine n’est plus un Romain, mais l’esclave d’une reine égyptienne (« l’orientalisation » d’Antoine). Argument de guerre : Octave s’en sert pour déclarer la guerre non pas à Antoine (ce qui serait une guerre civile impopulaire), mais à Cléopâtre (une menace étrangère). Nota : Ce denier préfigure la rupture totale qui mènera à la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. Il reste le témoignage numismatique le plus fort de l’union politique et sentimentale la plus célèbre de l’Antiquité. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Cléopâtre, reine d’Égypte, qui figure sur ce denier avec Marc Antoine, était la fille de Ptolémée Aulètes; elle était née à la fin de l’an 685 (69 av. J.-C.). Sa beauté, son faste et ses débordements sont célèbres. Jules César ne se laissa séduire qu’à demi par la reine d’Egypte, mais Antoine qui la rencontra pour la première fois en 713 (41 av. J.-C.) fut autrement captivé. Gouverneur de l’Orient, il s’établit avec elle à Alexandrie, et il oublia trop les incursions des Parthes sur le territoire romain. Pourtant, en 720 (34 av. J.-C.) il se réveilla de son indolence, conquit l’Arménie, fit prisonnier le roi Artavasde, et revint triompher à Alexandrie. C’est à l’occasion de ce triomphe que fut frappé notre denier, en l’an 720, et la tête de Marc Antoine est de même associée à celle de Cléopâtre sur de nombreuses monnaies autonomes de l’Égypte. Après la bataille d’Actium et la mort d’Antoine, Cléopâtre ayant essayé en vain de séduire Octave, se donna la mort, en 724 (30 av. J.-C.) Il n’est pas inutile de rappeler ici qu’il est souvent difficile de distinguer, sur les médailles, les portraits de Cléopâtre et d’Octavie, qu’on trouve associés à celui de Marc Antoine. Charles Lenormant a établi quelques principes qui permettent de distinguer iconographiquement ces deux femmes d’Antoine ; Duchalais et Bompois ont formulé ces règles encore avec plus de précision : 1° Cléopâtre était reine; dès lors elle devait toujours être représentée la tête ceinte du bandeau royal. 2° Toutes les fois que la tête de Cléopâtre accompagne l’effigie d’Antoine ou qu’elle paraît seule sur les médailles, on ne manque jamais d’exprimer dans la légende son titre de reine. 3° Ses cheveux sont généralement courts et frisés. Dès lors, il est impossible de confondre Cléopâtre avec Octavie qui ne porte jamais le diadème, et dont les cheveux sont arrangés avec art et affectation, roulés en partie derrière la tête, tandis qu une mèche retombe sur le front. 4° Ce n’est qu’à partir de 719, que Marc Antoine fit placer la tête de Cléopâtre sur ses monnaies; par conséquent toutes les pièces antérieures à 719 portent la tête d ‘Octavie. D’après ces règles, c’est la tète d’Octavie et non celle de Cléopâtre, comme on l’a dit souvent, qui figure sur les pièces de Marc Antoine frappées par M. Fonteius Capito, M. Oppius Capito, L. Sempronius Atratinus et L. Calpurnius Bibulus. Lieux de découverte (10 exemplaires)