1558PE – Denier Petillia – Petillius Capitolinus

1558PE – Denier Petillia – Petillius Capitolinus Avers : CAPITOLINVS Tête laurée de Jupiter Optimus Maximus à droite. Revers : PETILLIVS Temple capitolin hexastyle de Jupiter Optimus Maximus, avec un fronton triangulaire richement décoré. British Museum 4.02g INDICE DE RARETE : 7 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 43 avant J.C. Matière : Argent Gens : Petillia Références : RRC 487/1 – B.1 (Petillia) – Syd.1149 Ce denier de Petillius Capitolinus, frappé à Rome en 43 av. J.-C., est une monnaie d’une grande richesse symbolique. Elle intervient à un moment charnière de l’histoire romaine, mêlant fierté familiale et dévotion religieuse dans un climat de guerre civile. Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte. 1. Symbolisme : Un « jeu de mots » numismatique Comme souvent sous la République, le magistrat monétaire utilise l’iconographie pour illustrer son propre nom (un procédé appelé « type parlant ») : Le Cognomen « Capitolinus » : Le choix de représenter le Temple de Jupiter Capitolin au revers est une référence directe au surnom du monétaire, Capitolinus. La Garde du Temple : Une tradition (citée notamment par Horace) rapporte qu’un ancêtre de la gens Petillia aurait été chargé de la garde du temple sur le Capitole. Une anecdote plus sombre raconte même qu’un Petillius Capitolinus aurait été accusé d’avoir volé la couronne d’or de la statue de Jupiter, avant d’être acquitté grâce à son amitié avec Octave. Les Ludi Romani : Selon l’historien Theodor Mommsen, ce denier pourrait aussi commémorer les Ludi Romani (ou Magni), des jeux organisés en l’honneur de Jupiter. La procession de ces jeux se terminait précisément au temple représenté sur la pièce. 2. Valeur Archéologique et Religieuse Le revers offre un témoignage précieux sur l’architecture du Temple de Jupiter Optimus Maximus (le plus important de Rome) : Architecture : Il est représenté comme un temple hexastyle (six colonnes). Le fronton est richement décoré de statues et de guirlandes suspendues entre les colonnes. La Triade Capitoline : Le temple abritait trois cellae dédiées à Jupiter, Junon et Minerve. L’avers renforce cette sacralité par le portrait de Jupiter, garant de l’ordre et de la victoire. 3. Contexte Historique : L’année 43 av. J.-C. L’année de frappe est l’une des plus tumultueuses de l’histoire de Rome : L’après-César : Jules César a été assassiné l’année précédente (44 av. J.-C.). Rome est plongée dans le chaos des guerres civiles. Le Second Triumvirat : En novembre 43 av. J.-C., Octave, Marc Antoine et Lépide forment le Second Triumvirat. Petillius Capitolinus est l’un des derniers magistrats à frapper une monnaie de style « sénatorial indépendant » avant que les chefs militaires ne prennent le contrôle total des ateliers monétaires. Un appel à la stabilité : En pleine guerre civile, le choix de motifs religieux traditionnels (Jupiter et son temple) peut être interprété comme une volonté de rassurer la population en rappelant les fondements sacrés et immuables de l’État romain. Peu d’informations biographiques nous sont parvenues sur Petillius Capitolinus en dehors de son activité monétaire, mais le peu que nous savons, mêlant histoire et anecdotes littéraires, dresse le portrait d’un personnage influent et controversé. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat : 1. Son rôle de magistrat (43 av. J.-C.) Petillius Capitolinus était l’un des triumvirs monétaires (triumviri monetales) en fonction en 43 av. J.-C. * Contexte de nomination : Il a exercé sa charge aux côtés d’un autre monétaire, P. Accoleius Lariscolus. Un privilège rare : Il est l’un des derniers magistrats à avoir pu choisir librement l’iconographie de ses pièces (faisant référence à sa propre famille) avant que les chefs militaires du Second Triumvirate ne monopolisent l’atelier monétaire de Rome pour leur propre propagande. 2. Le scandale de la « Couronne de Jupiter » Le nom de Petillius Capitolinus est associé à une célèbre anecdote rapportée par le poète Horace (Satires, I, 4) : L’accusation : Il aurait été accusé d’avoir volé la couronne d’or sur la statue de Jupiter dans le temple du Capitole (celui-là même qu’il a fait représenter sur ses deniers). L’acquittement : Malgré la gravité du sacrilège, il fut acquitté. Horace suggère, avec une pointe d’ironie, que cet acquittement était dû à ses liens d’amitié étroits avec Octave (le futur Auguste). Cet élément souligne qu’il faisait partie du cercle de soutien du jeune héritier de César. 3. Les origines de son nom (Cognomen) Le surnom Capitolinus n’était pas un simple titre honorifique, mais reflétait un lien profond avec le mont Capitole : Garde du temple : On pense que les membres de la gens Petillia occupaient traditionnellement des fonctions liées à l’entretien ou à la protection du Temple de Jupiter Capitolin. Un type « parlant » : En gravant le temple sur ses monnaies, Petillius ne célébrait pas seulement le dieu, mais réaffirmait la légitimité et le prestige de sa lignée en tant que « gardiens » du lieu le plus sacré de Rome. 4. Ses liens avec la Gens Petillia La gens Petillia était une famille plébéienne qui avait déjà produit des personnages notables, comme les tribuns du peuple qui s’opposèrent à Scipion l’Africain au IIe siècle av. J.-C. Cependant, Petillius Capitolinus reste le seul membre de cette famille connu pour avoir dirigé l’atelier monétaire de Rome. En résumé : Qui était-il ? Un partisan d’Octave, issu d’une famille chargée des rites ou de la garde du Capitole, qui a utilisé son mandat de monétaire pour laisser un témoignage architectural unique du temple de Jupiter tout en jouant sur son propre nom de famille. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Le nom de la famille Petillia apparaît dans l’histoire au commencement du second siècle avant notre ère avec Q. Petillius et son frère, tous deux tribuns du peuple en 569 (185 av. J.-C.)’. Le premier des Petillii qui parvint au consulat est Q. Petillius Spurinus, consul en 578 (176 av. J.-C.); il avait été préteur urbain cinq ans auparavant, et c ‘est pendant qu ‘il exerçait sa charge, que les livres du roi Numa furent découverts et brûlés. Le seul monétaire de cette