1469CO – Denier Cordia – Manius Cordius Rufus

1469CO – Denier Cordia – Manius Cordius Rufus Avers : RVFVS III. VIR (Rufus Triumvir, Rufus triumvir monétaire) Bustes accolés des Dioscures à droite, coiffés du bonnet avec deux bandes lauré surmonté d’une étoile. Revers : MN. CORDIVS (Manius Cordius) Vénus Verticordia debout à gauche, tenant une balance de la main droite et un long sceptre transversal de la gauche; petit Cupidon sur l’épaule. British Museum 4.01g INDICE DE RARETE : 3 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 46 avant J.C. Matière : Argent Gens : Cordia Références : RRC 463/1 – B.1 (Cordia) – Syd.976 L’étude de ce denier (frappé en 46 av. J.-C.) révèle une superposition complexe d’intérêts personnels pour le magistrat monétaire et d’impératifs politiques liés à la montée en puissance de Jules César. 1. Symbolisme Iconographique L’Avers : Les Dioscures et l’Origine Familiale L’avers présente les têtes accolées des Dioscures (Castor et Pollux), coiffés du pileus étoilé. Identité régionale : Les Dioscures étaient les divinités tutélaires de Tusculum, ville dont la gens Cordia était originaire. Leur présence sur cette pièce est une affirmation de la noblesse et de l’ancienneté de la lignée de Manius Cordius Rufus. Référence monétaire : En utilisant les Dioscures, Rufus renvoie aux premières émissions de la République romaine, se plaçant ainsi dans une continuité historique rassurante en pleine période de guerre civile. Le Revers : Vénus Verticordia et le Jeu de Mots Le revers montre Vénus Verticordia tenant une balance et un sceptre, avec Cupidon sur l’épaule. Un « jeu de mots » visuel : Le surnom de la déesse, Verticordia (« celle qui change les cœurs »), est une allusion directe au nom du monétaire, Cordius (dérivé de cor, le cœur). Ce procédé, appelé « armes parlantes », était courant chez les magistrats romains pour graver leur nom dans l’esprit des électeurs. Les attributs : La balance symbolise l’équilibre et l’équité (notamment monétaire), tandis que le sceptre rappelle son autorité divine. 2. Contexte Historique : L’Ombre de Jules César L’année 46 av. J.-C. est cruciale : c’est l’année du quadruple triomphe de Jules César et celle du calendrier julien de 445 jours (l’année de la « confusion »). Propagande Césarienne : Vénus est la figure centrale de l’iconographie de cette année. César prétend descendre de la déesse via Énée et son fils Ascagne (Iule). En choisissant Vénus, Mn. Cordius Rufus fait acte de loyauté politique. Il ne s’agit pas seulement de célébrer sa famille, mais de soutenir le dictateur qui vient de triompher à Thapsus. Nécessité Militaire : Ce denier a été frappé en quantités massives. Ce n’était pas un simple objet de prestige, mais un instrument financier destiné à payer les primes colossales promises par César à ses vétérans (on parle de 5 000 deniers par légionnaire). Restauration Morale : Le culte de Vénus Verticordia avait été instauré pour ramener la chasteté chez les femmes romaines après un scandale chez les Vestales. Dans le contexte de 46 av. J.-C., cela peut symboliser le souhait de César de restaurer l’ordre moral et la concorde après les déchirements de la guerre civile. Le saviez-vous ? Sur Manius Cordius Rufus est le seul membre connu de cette famille à avoir exercé la charge de triumvir monétaire, marquant ainsi l’apogée éphémère de sa lignée sous l’aile de César. Manius Cordius Rufus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur sa production monétaire et quelques rares inscriptions. Il appartient à une catégorie de magistrats romains dits « mineurs », mais dont le rôle était crucial pour l’économie et la propagande impériale. 1. Identité et Origine Nom complet : Mn. Cordius Rufus. Famille (Gens) : Il appartient à la gens Cordia, une famille plébéienne qui n’avait jamais atteint les plus hautes sphères du pouvoir (le consulat) avant lui. Origine géographique : Sa famille est originaire de Tusculum (une ancienne cité latine proche de Rome). C’est pour cette raison qu’il choisit les Dioscures sur ses pièces, car ces derniers étaient les divinités protectrices de sa ville natale. 2. Fonction : Triumvir Monétaire En 46 av. J.-C., il occupe la charge de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), soit l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies de bronze, d’argent et d’or. Le Collège de 46 av. J.-C. : Il travaillait aux côtés de deux autres monétaires : Titus Carisius et C. Considius Paetus. Une carrière ascendante : Bien que connu surtout pour ses monnaies, une inscription retrouvée à Tusculum (ILLRP 414) suggère qu’il aurait pu atteindre le rang de Préteur, montrant que sa loyauté envers César a favorisé son ascension sociale. 3. Allégeance Politique Manius Cordius Rufus est un partisan de Jules César. Son mandat de 46 av. J.-C. coïncide avec l’année où César est nommé Dictateur pour dix ans. La marque de César : En choisissant de représenter Vénus sur le revers de ses monnaies, il rend hommage à la Gens Julia (la famille de César), qui revendiquait une descendance divine de Vénus. Le contexte financier : Rufus a supervisé la frappe d’importantes quantités de monnaie pour financer les célébrations des triomphes de César et le paiement des légions après la bataille de Thapsus. Variante 1 avec la légende CORDIV au revers Référence : RRC 463/1b British Museum 3.83g Variante 2 avec la légende CORDI au revers Référence : RRC 463/1b British Museum 4g Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Manius Cordius Rufus fut triumvir monétaire vers 705, ou peu après (49 av. J.-C.). C’est le seul membre de la famille Cordia qui soit connu, et il faut éviter de confondre ses monnaies avec celles de Mucius Cordus. Cavedoni pense avec raison que Man. Cordius Rufus fut monétaire de Pompée en Orient à cause de la ressemblance de ses monnaies avec les types des médailles du Pont. L’égide de Minerve reproduit le type de pièces de bronze d’Amisus, de Chabacta, de Comana et d’autres villes du Pont ; la chouette se voit sur les pièces d’argent d’Amisus; l’aigle, aux ailes éployées, se rencontre aussi sur des bronzes de la