
Vénus Erycina : La Déesse venue de l’Ouest et son Culte à Rome
La déesse Vénus est sans doute la divinité romaine la plus célèbre, souvent identifiée à l’Aphrodite grecque, et connue principalement comme déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité. Cependant, le panthéon romain était riche en épithètes et en formes cultuelles de Vénus, chacune ayant sa propre histoire et signification. Parmi elles, Vénus Erycina occupe une place singulière, marquant l’une des premières introductions de son culte sous une forme hellénisée et sa connexion profonde avec la Sicile.
Les Origines Siciliennes : Éryx, le Mont Sacré
Le nom Erycina provient du Mont Éryx (aujourd’hui Erice), un promontoire montagneux situé dans la partie occidentale de la Sicile. Ce lieu était l’hôte d’un sanctuaire phénicien dédié à Astarté, déesse de la fertilité, de l’amour et de la guerre. Lorsque les colons grecs sont arrivés en Sicile, ils ont assimilé Astarté à leur propre déesse, Aphrodite, et le culte est devenu celui d’Aphrodite Érycine.
Selon la légende romaine, popularisée par Virgile dans l’Énéide, le sanctuaire d’Éryx aurait été fondé par Énée lui-même. Éryx était le fils d’Aphrodite (Vénus) et de l’Argonaute Butès, ou dans d’autres versions, un roi local. Après avoir été vaincu et tué par Hercule, il fut enterré sur place, consolidant le lien entre le lieu et la lignée divine de Vénus. Ce lien mythologique était crucial pour les Romains, car il rattachait directement le culte sicilien à leurs propres origines troyennes, faisant de Vénus Erycina une divinité ancestrale.
Le Transfert à Rome : Une Déesse Vénérée et Controversée
L’introduction officielle du culte de Vénus Erycina à Rome est directement liée à la Première Guerre Punique (264-241 av. J.-C.) contre Carthage.
Vénus Erycina de la Colline Capitoline (217 av. J.-C.) : Après la défaite désastreuse du lac Trasimène face à Hannibal en 217 av. J.-C., les Livres Sibyllins furent consultés. Ils ordonnèrent aux Romains de faire venir la déesse la plus ancienne d’Éryx à Rome. Le but était de s’assurer la faveur divine pour vaincre l’ennemi. Un temple fut dédié à la déesse sur la colline Capitoline. Ce culte, très officiel, mettait l’accent sur l’aspect protecteur et militaire de Vénus, garante de la survie de la cité.
Vénus Erycina de la Porte Colline (181 av. J.-C.) : Un second temple fut dédié à la déesse à l’extérieur de la Porte Colline, en 181 av. J.-C. Cette installation, située hors du Pomerium (la limite sacrée de Rome), contrastait fortement avec la vénérable installation Capitoline. Ce temple devint célèbre pour son lien avec la prostitution sacrée (Hierodulen), un aspect qui était présent dans les cultes orientaux de l’Aphrodite/Astarté sicilienne. Cette association donna à Vénus Erycina une réputation plus ambiguë, et le culte fut perçu par certains comme trop étranger ou libertin pour les mœurs romaines traditionnelles.
L’Héritage d’Erycina
Vénus Erycina illustre parfaitement la manière dont les Romains intégraient les divinités étrangères en les adaptant à leur propre contexte. Elle a évolué d’une figure phénicienne/grecque à une protectrice militaire, puis à une divinité associée à des pratiques cultuelles plus sensuelles et orientales.
Aujourd’hui, l’histoire de Vénus Erycina nous rappelle que la Vénus romaine n’était pas monolithique. Elle était une mosaïque de cultes locaux, d’adaptations mythologiques et d’influences politiques, reflétant la complexité de l’identité romaine antique.