LesDioscures.com

1426CO – Denier Cornelia – Lucius Cornelius Lentulus

Avers : L.LENT.C MARC COS (Lucius Lentulus Claudius Marcellus Consul, Lucius Lentulus et Claudius Marcellus, consuls)

Tête d’Apollon à droite.

Revers : Q (Quaestor)

Jupiter nu debout à droite, tenant un foudre de la main droite et un aigle de la main gauche. Etoile et Q à gauche.

British Museum 3.83g

1

10+

ATELIER : Apollonie d’Illyrie

Datation 49 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Cornelia et Claudia

Références : RRC 445/2 – B.65 (Cornelia) – Syd.1030

L’analyse du symbolisme et du contexte historique de ce denier révèle une monnaie conçue comme un outil de survie politique et de légitimation pour le camp pompéien.

1. Le Contexte Historique : L’Exil des Consuls

En janvier 49 av. J.-C., Jules César franchit le Rubicon. Paniqués, les deux consuls en titre, L. Cornelius Lentulus Crus et G. Claudius Marcellus, fuient Rome avec Pompée sans avoir eu le temps d’emporter le trésor public (Aerarium).

  • Le besoin d’argent : Arrivés en Grèce et en Épire, ils doivent lever et payer des troupes en urgence. Ce denier est frappé par un « atelier militaire mobile », probablement à Apollonie d’Illyrie.

  • La guerre de légitimité : Comme ils ne sont plus à Rome, ils doivent prouver au monde méditerranéen que la « vraie Rome » est là où se trouvent les consuls.

2. Le Symbolisme : La République contre la Tyrannie

Le choix des images sur cette pièce est un message codé destiné aux Romains comme aux alliés grecs.

  • L’Appel à l’Orient (Apollon) : En choisissant Apollon, les consuls ne font pas qu’honorer la ville d’Apollonie. Ils se placent sous la protection d’un dieu lié à la lumière et à la prophétie, s’opposant à l’image de César souvent associé à Vénus (sa prétendue ancêtre). C’est une manière de dire : « Notre cause est juste et éclairée. »

  • Jupiter Victor et l’Aigle : Jupiter est le garant du serment. Le représenter avec l’aigle (symbole de la légion) au revers signifie que les légions de Pompée sont les seules légions légitimes de la République. Le foudre de Jupiter est là pour châtier l’ennemi public, César.

  • L’Étoile et l’Autel : Ces éléments renforcent la dimension sacrée. L’autel symbolise la Pietas (le respect des dieux et des ancêtres), une vertu que les pompéiens accusent César d’avoir bafouée en marchant sur Rome.

3. Une Monnaie « Grecque » pour une Cause Romaine

Il est intéressant de noter que le style de ce denier est très « hellénistique ». Cela pourrait s’expliquer par le fait que les graveurs étaient probablement des Grecs locaux.

  • Le message est double : rassurer les soldats romains sur la légitimité de leurs chefs (titre de Consul) et impressionner les Grecs par une iconographie familière (Zeus/Jupiter) pour obtenir leur soutien financier et militaire.

En résumé

Le denier n’est pas qu’une pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique. Il affirme que malgré la perte de Rome, la légitimité (les Consuls), la force (Jupiter) et la protection divine (Apollon) sont restées dans le camp de Pompée.

Pour ce denier, l’autorité émettrice n’est pas un simple magistrat monétaire (comme c’est souvent le cas sous la République), mais le collège des deux consuls en exercice en 49 av. J.-C. : Lucius Cornelius Lentulus Crus et Gaius Claudius Marcellus.

Cette émission « exceptionnelle » souligne l’état d’urgence de la guerre civile.

1. Lucius Cornelius Lentulus Crus

Issu de la prestigieuse gens Cornelia, Lentulus Crus était un opposant acharné à Jules César.

  • Rôle politique : Élu consul pour l’année 49 av. J.-C. précisément pour contrer les ambitions de César. C’est lui qui, au Sénat, aurait expulsé violemment les tribuns de la plèbe Marc Antoine et Curion, fournissant ainsi à César le prétexte légal pour franchir le Rubicon.

  • Pendant la guerre : Il fuit Rome avec Pompée vers l’Orient (Illyrie/Grèce). C’est durant cet exil qu’il fait frapper ce denier pour financer les légions pompéiennes.

  • Fin de vie : Après la défaite de Pharsale en 48 av. J.-C., il s’enfuit en Égypte. Il y est arrêté et exécuté par les ministres du roi Ptolémée XIII, le lendemain même de l’assassinat de Pompée.

2. Gaius Claudius Marcellus

Membre de la branche plébéienne mais illustre des Claudii Marcelli.

  • Lignage : Il est le frère de Marcus Claudius Marcellus (consul en 51 av. J.-C.). Son choix de mettre un triskèle sur l’avers de la monnaie est un hommage direct à son ancêtre, le célèbre général Marcus Claudius Marcellus, conquérant de Syracuse en Sicile durant la seconde guerre punique.

  • Action militaire : En tant que consul, il commande une partie de la flotte de Pompée. Contrairement à son collègue Lentulus, il survit à la phase initiale du conflit mais s’efface de la scène politique après la victoire définitive de César.


Pourquoi leurs noms sont-ils associés ?

La présence de leurs deux noms (LENT MAR COS) sur le denier est un acte de propagande politique :

  1. Légitimité : Ils affirment que le véritable gouvernement de Rome (les consuls et le Sénat) est avec Pompée, et non avec César à Rome.

  2. Identité Familiale : L’avers célèbre la gloire des Marcelli (Sicile), tandis que le revers avec Jupiter rend hommage aux Cornelii (Jupiter étant une divinité protectrice majeure pour les Lentuli).

Note numismatique : Comme le précise LesDioscures.com, ce denier a probablement été frappé à Apollonie d’Illyrie, qui servait de quartier général aux forces pompéiennes au moment de la frappe.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

L. Cornelius Lentulus Crus. Consul en 705 (49 av. J.-C.)

Ce personnage fut consul en 705, avec C. Claudius Marcellus, et les monnaies que nous allons décrire portent les noms de l’un et de l’autre ; nous avons retraçé la biographie du second à la famille Claudia. Quant à L. Cornelius Lentulus Crus, nous le voyons dès l’an 663 (91 av. J.-C.) parmi les plus ardents accusateurs de P. Clodius qui avait violé les mystères de la Bona Dea ; il est préteur en 696 (58 av. J.-C.), et c’est à cause de son hostilité connue à l’égard de César qu’il fut nommé consul en 705. A l’approche de César il dut quitter Rome avec son collègue; il passa à Dyrrachium, puis en Grèce et en Asie-Mineure, et les monnaies qui portent son nom ont été émises dans les différentes villes que les deux fugitifs traversèrent avec l’armée de Pompée, jusqu’à Pharsale. Les types de ces monnaies le démontrent jusqu’à l’évidence, sans compter que la mention même des consuls sur ces médailles, nous prouve que l émission eut lieu dans des circonstances tout à fait extraordinaires.
Le n. 64, avec la triquetra,emblème de la Sicile, a été frappé dans cette île et rappelle en même temps des souvenirs chers à la famille Claudia. La pièce suivante ayant le même type de revers, doit sortir du même atelier; la lettre Q.qu’elle porte dans le champ,est l’initiale du mot Quaestor, et désigne probablement le questeur Nerius qui mis a son nom sur la pièce n. 68. Enfin, le n. 66 a certainement été frappé à Ephèse, puisqu’il représente la statue célèbre de la Diane adorée dans cette ville. Le questeur Nerius avait quitté Rome en emportant la réserve métallique de l’aerarium de l’Etat, et pendant qu’il se trouvait encore à Capoue, Cassius le somma d’avoir à restituer ces trésors qui devaient subventionner les soldats de Pompée. Après Pharsale, il s ‘enfuit en Egypte où il fut arrêté et il mourut en prison.

Lieux de découverte (16 exemplaires)

Cet article vous a été utile?Votre avis peut permettre a améliorer ce site, merci!